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Léoville L?Homme, un homme, une vie
La précédente chronique avait effleuré les différents aspects de la vie de Léoville L?Homme pour saluer les mérites de l?équipe rédactionnelle de Pahlad Ramsurrun, s?efforçant de ranimer le souvenir et l?influence des Mauriciens les plus éminents et ayant pour noms Sir Seewoosagur Ramgoolam, Robert Edouard Hart, Malcolm de Chazal, Marcel Cabon, Aunauth Beejadhur, Léoville L?Homme, Mohunlall Mohith, le pandit Cashinath Kistoe, Dookhee Gungah, pour ne rien dire des numéros spéciaux sur la visite de Gandhi à Maurice et sur Sri Aurobindo, livraison devant être présentée officiellement au public mauricien le lundi 5 décembre au centre culturel Indira-Gandhi à Phoenix.
La présente chronique vous propose de feuilleter la publication consacrée au poète, journaliste, bibliophile, maître à penser d?une des plus belles générations d?intellectuels et d?écrivains mauriciens, et reprendre ainsi contact avec les mille aspects d?une vie prolifique et prodigeuse.
Nous avons vu, la semaine dernière, Léoville L?Homme, apprenti typographe à La Sentinelle, recomposant un poème et s?apercevant qu?il pouvait faire mieux que le poète. Il dira plus tard, à propos d?un autre journaliste, Henri Sénèque, que les jeunes de son temps étaient tous capables de composer au pied levé un quatrain ou un sonnet et sur un thème imposé par une jeune fille au fleur ce qui n?exclut pas une certaine dose de sadisme.
Conscient de son potentiel littéraire, Léoville L?Homme fonde en 1880, à 23 ans, une revue, La jeune Maurice, avec l?aide de ses amis Hervé de Rauville, Ange Galdemar, Henri Robert, Félix Ducray, Henri Sénèque et Paul Chevreau. La jeune Maurice disparaît à la fleur de l?âge et Léoville L?Homme fait son entrée dans la rédaction de La Sentinelle.
Les conséquences de son entrée dans le journalisme sont importantes. D?abord, le journalisme lui ouvre des horizons insoupçonnés et l?oblige à s?intéresser aux questions économiques, historiques, politiques et diplomatiques. Il découvre aussi l?actualité étrangère et des géants de la littérature universelle, comme Hugo, Lamartine, Byron, Shelley, Annunzio. Ses relations avec son père, administrateur de La Sentinelle, sont parfois conflictuelles. Finalement, il s?engage de plus en plus dans la politique active alors dominée par la question du changement de la constitution de Maurice pour remplacer celle de 1832. Léoville se range, bien sûr, dans le camp des réformistes à la suite des William Newton, Onésipho Beaugeard, Virgile Naz et Gustave de Coriolis.
Il se joint alors avec Ange Galdemar à L?Argus que vient d?acquérir Charles Newton. Les trois rêvent d?en faire un journal moderne et indépendant, un journal prônant la démocratie. Il commence à signer ses articles du pseudonyme Léon Lauret qu?il conservera toute sa vie. Henri Leal lui propose de retourner à La Sentinelle en tant que rédacteur en chef du journal fondé par Rémy Ollier. Il accepte ce poste à la mort de Leal. Il a alors 26 ans.
Il ne tarde pas à entrer alors en conflit avec Virgile Naz et d?autres propriétaires de La Sentinelle à propos de la réforme constitutionnelle. Ils décident de se débarrasser et de Léoville et de son père, Pierre, toujours administrateur du journal. Léoville profite de son limogeage pour revendiquer son droit de militer en faveur du Droit, de la Liberté et de la Démocratie. Il n?a cependant pas l?esprit assez objectif et visionnaire pour englober dans son combat les droits de la classe ouvrière, composée d?anciens esclaves, de leurs descendants et des travailleurs engagés indiens venus les remplacer dans les plantations de canne à sucre.
Léoville L?Homme tonnera plus d?une fois contre ?l?invasion asiatique? ce qui ne l?empêche pas de composer de magnifiques poèmes à la gloire de Sita, l?héroïne de l?épopée du Ramayana, ou encore sur Bouddha. Pierre et Léoville L?Homme fondent alors un autre journal, Le Droit. Il paraît de 1885 à 1887. Ils le remplacent par La Presse Nouvelle qui tient le coup jusqu?à 1890. Pierre L?Homme meurt en 1893. Léoville L?Homme décide de créer tout seul La Défense qui paraît de 1897 à 1900. Il décide alors d?abandonner complètement le journalisme où il a connu davantage de déboires que de réussites.
La célébrité et la réussite, que lui refusent le journalisme et la politique, il les recevra de la poésie. Il publie en 1882, à l?âge de 25 ans, son premier recueil de poème, Pages en vers. Une quarantaine de pages mais qui contiennent deux poèmes aussi réussis que Eve et La bénédiction divine. Léoville L?Homme s?enhardit à en envoyer un exemplaire au poète réunionnais et parnassien Leconte de Lisle. Ce dernier lui adresse ses félicitations et une médaille au jeune poète et l?encourage à persévérer dans la voie poétique.
L?année suivante (1883), Léoville L?Homme ose une incursion dans l?art dramatique en publiant et en faisant jouer, au théâtre de Port-Louis, Le dernier tribut que le Dr Serge Rivière considère la première pièce de théâtre composée par un Mauricien. On y retrouve un thème qui domine la littérature mauricienne, à savoir la victoire navale des Français sur la Royal Navy, en août 1810, au Grand-Port. La valeur poétique de la pièce ne parvient pas à dissimuler tout à fait quelques failles dans la construction dramatique.
Il faut attendre 1887 et les 30 ans du poète pour voir la parution des Poèmes païens et bibliques, s?inspirant des plus grandes religions du monde : le christianisme, le judaïsme, l?islam et l?hindouisme. Léoville L?Homme fait preuve d?une égale maîtrise en passant d?une tradition religieuse à une autre, de la civilisation gréco-latine à celles de l?Inde et de l?Asie. Maurice Bouchor salue à Paris cette ?uvre et dit admirer ?la souplesse d?esprit? avec laquelle L?Homme peut assimiler des croyances aussi différentes les unes des autres.
Cette intrusion dans la poèsie-épique lui permet de s?inspirer d?autres épopées historiques plus récentes, telles La guerre de Crète (1887) pour pérenniser le souvenir du massacre de 500 Grecs par des Turcs, Les roses de la reine à la gloire de la reine Victoria qui fait droit aux revendications de la population de couleur de Maurice, une Ode à Mahé de Labourdonnais (1899) à l?occasion du bicentenaire de sa naissance. De même, Rémy Ollier, William Newton et le colonel Edouard Draper l?inspirent à merveille.
En 1897, à 40 ans, il regroupe ses meilleurs poèmes dans le recueil Poésies diverses. En 1905, il publie à nouveau Pages en vers contenant cette fois-ci 23 poèmes. La consécration lui vient de Paris en 1913. Le prince de Bauffremont, un grand ami de la littérature mauricienne au début du XXe siècle, publie, dans la capitale française, un hommage à Léoville L?Homme, poète de l?île Maurice. En 1921 et en 1926, il publie les dernières versions de ses recueils sous les tites Poèmes épars et Poésies et poèmes.
La prochaine chronique nous permettra de reprendre connaissance avec l??uvre en prose de Léoville L?Homme. Notre référence sera toujours le numéro d?Indradhanush sur la vie et l??uvre du prince des poètes mauriciens, numéro spécial que nous ne saurons assez recommander aux lecteurs de L?express que le patrimoine mauricien passionne au plus haut point.
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