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Sucre : le choc !
?Coup de massue!?. ?Tragédie!?. ?Très grave pour le pays!?. Le sucre mauricien perd 36% de sa valeur sur le marché européen. L?onde de choc a parcouru tout le pays à l?annonce de la décision, hier soir, à Bruxelles. Dès 2009-2010, l?industrie sucrière sera privée de Rs 3,6 milliards par an.
Tant craint, le pire s?est produit. Le Conseil européen des ministres de l?Agriculture a dégagé l?accord pour la réforme de son régime sucrier, après d?âpres négociations. Elle se traduit par la baisse de 36 % du prix garanti, inférieur de trois points à la proposition initiale, étalée sur quatre ans. De fait, quand la réduction sera effective en 2009-2010, la tonne de sucre mauricien se vendra à Rs 12 100, contre Rs 19 000 actuellement. Pour la prochaine récolte, le manque à gagner serait de Rs 500 millions.
Au cours des tractations, la présidence britannique a soumis deux documents de compromis. Dans le premier, en date du 22 novembre, Maurice et les pays du bloc Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) ont obtenu un sursis d?une année. Hier, un nouvel élément a été inclus en notre faveur (voir tableau). La réduction de 25 % prévue en 2008-2009 passe à 17,1%.
Que soit trois points de gagnés (Rs 300 millions en valeur réelle) ou une réduction atténuée pendant les trois premières années, le pays reste en état de choc. Pour le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, ?c?est la déception. La baisse est un coup de massue. Nous nous attendions à une baisse de prix plus raisonnable?. Même son de cloche à la Chambre d?agriculture. Le secrétaire général, Jean Li Yuen Fong affirme que ?la baisse est extrêmement grave pour le pays?. Car la chute de 36 % de revenus sera insoutenable.
Vulnérables à une réduction si violente, les petits planteurs n?en reviennent toujours pas. ?Je suis estomaqué. Ces 36 % poussent l?industrie sucrière dans le couloir de la mort?, clame Guirdharry Juggessur, président de la Mauritius Cooperative Agricultural Federation.
<B>?Indignation? des ACP
Pour l?opposition, la baisse est synonyme de ?tragédie?. L?ancien ministre de l?Agriculture, Nando Bodha, indique que le pays aurait pu supporter une réduction oscillant entre 20 et 25 %, étalée sur une plus longue durée.
Tard dans la soirée, les ACP ont réagi aux concessions faites pour dégager cet accord. Le groupe se dit ?indigné? par les compensations de huit milliards d?euros accordées aux betteraviers européens par rapport aux minces 40 millions mis sur la table pour les ACP. ?Nous sommes de loin les plus grands perdants dans cette réforme?, a indiqué l?ambassadeur George Bullen, président du groupe consultatif ACP sur le sucre.
On ne le dira jamais assez. La bataille se situe au niveau des mesures d?accompagnement que la Commission européenne versera aux ACP afin qu?ils se préparent à mitiger les effets de la baisse. Les 40 millions d?euros avancés pour 2006 ne seront guère suffisants.
Le 8 décembre, le commissaire au Développement, Louis Michel, sera au pays dans le cadre d?une réunion des bailleurs de fonds pour les Comores. Ce sujet de financement sera abordé. Toujours dans le cadre de la réforme, Arvin Boolell rencontre aujourd?hui le ministre français de l?Agriculture, Dominique Bussereau, qui sera en visite officielle le 2 décembre.
Cette aide financière permettra au pays de financer son plan de réforme, qui coûtera Rs 23,5 milliards sur dix ans. Tous les partenaires s?accordent à dire que son exécution dans les brefs délais est essentielle, ?tout en procédant de manière réfléchie?. Il consiste en une transformation de l?industrie sucrière en celle de la canne qui passe par la centralisation, l?investissement dans des projets de diversification au sein du secteur et surtout l?allègement du nombre des travailleurs.
Dès lundi, à son retour au pays, le ministre de l?Agro-industrie et son équipe s?y mettent. Arvin Boolell estime que l?autre guerre se situera ?au niveau de l?Organisation mondiale du commerce, pour décréter le sucre produit sensible, avec des clauses de sauvegarde?.
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