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« Je ne dois pas être sacrifié pour le bon plaisir de Bert Cunningham »
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« Je ne dois pas être sacrifié pour le bon plaisir de Bert Cunningham »
<B>Depuis que Bert Cunningham a décidé de claquer la porte, des allégations sont faites sur votre probité. Que répondez-vous à vos détracteurs ? </B>
Je compte intenter un procès en diffamation à toute personne portant atteinte à mon intégrité et à celle de ma famille. Si j?étais un corrompu, je n?aurais jamais été nommé adjoint au contrôleur des douanes. Pensez-vous que Paul Bérenger, alors ancien ministre des Finances, aurait donné son feu vert ? Avant de nommer un fonctionnaire à un poste aussi important, la Public Service Commission doit avoir un « clearance » de la police.
Il lui fallait aussi assurer que mon dossier était « clair » avant de ratifier cette décision. S?il y a des preuves que je suis un corrompu, pourquoi nul n?est venu de l?avant pour me dénoncer à la police ou devant l?Icac ?
Pourquoi, soudainement, on découvre que je suis un type véreux ? Moi qui ai risqué ma vie durant les années quatre-vingt en arrêtant les passeurs de drogue à l?aéroport ?
Durant ces périodes de terreur, les sbires d?un trafiquant de drogue sont venus chez moi avec une tente remplie d?argent, me demandant de ne pas aller travailler tel jour.
<B>Pourquoi ne pas les avoir dénoncés ? </B>
C?est facile maintenant de me demander pourquoi? J?avais peur. Ma femme attendait notre premier enfant et je craignais qu?ils ne sortent une arme de leur tente et nous agresse, elle et moi. J?étais connu pour être intraitable. Quelques jours après, j?ai arrêté le passeur qui voulait faire entrer 18 kg d?opium dans le pays.
<B>Quelles sont vos relations avec Bert Cunningham ? </B>
Au départ, elles ont été cordiales. On devait travailler ensemble. Bien sûr, ce n?était pas le grand amour entre nous, car j?estimais que le poste me revenait.
Je suis entré à la douane en 1978 en tant que cadet superintendent. Après avoir gravi tous les échelons, je me faisais coiffer au poteau. J?ai dû saisir la Cour suprême et le ministère des Finances pour être nommé Associate Comptroller.
Durant les trois dernières années, j?ai travaillé sans problème à ses côtés. Les choses ont commencé à se détériorer lorsque j?ai mis à jour deux scandales, bien malgré Bert Cunningham. Depuis, il m?a mis à l?écart.
<B>À quels scandales faites-vous référence ? </B>
Il y a d?abord eu l?affaire des passeports. Je n?ai pas compris comment un camionneur a pu venir prendre livraison de documents et d?appareils aussi sensibles alors que l?opération aurait dû être conduite par la police. Le montant des passeports avait aussi été déclaré dix fois moins cher que le prix vendu à l?État. Cherchez qui est le corrompu ?
Ensuite, il y a le cas où la Revenue Authority a décidé de condamner un importateur à Rs 800 000. Cunningham renverse cette décision, passe un accord avec le contrevenant pour qu?il ne paie pas cette amende, en échange de renseignements. L?importateur doit quand même laisser une garantie bancaire. Ces renseignements n?étant pas fiables, la douane décide d?encaisser la garantie. On apprendra à la banque que le document est un faux. C?était clair qu?un douanier avait subtilisé la garantie et j?en ai informé Cunningham.
Lorsque je le remplace trois mois après, j?apprends par une lettre anonyme que celui qui a volé le document court toujours et j?informe la police.
Peut-être que si Cunningham avait agi dès le départ, l?importateur aurait échappé à une tentative de meurtre au couteau. Le douanier fautif, apprenant qu?une enquête était en cours, a eu peur et avait décidé de lui faire la peau sur le parking d?un centre commercial.
À son retour, Cunningham est monté sur ses grands chevaux. Ce qui est agaçant, c?est que ni le ministère des Finances, ni la Revenue Authority n?ont daigné lui demander des explications.
<B>Certains vous reprochent quand même votre train de vie comparé à vos revenus ? </B>
Ils peuvent aller vérifier. J?étais encore en Form IV quand mon père m?a acheté une maison à Beau-Bassin. En revenant de mes études en Inde, en 1977, mon père m?a offert ma première voiture. C?est vrai que tout le monde n?a pas eu cette chance.
J?ai vendu cette maison pour en acheter une autre à Quatre-Bornes et j?y habite toujours. Ce n?est que récemment, grâce aux économies et aux rewards accumulés durant mes vingt-sept ans de carrière, que je me suis acheté un bungalow à Flic-en-Flac.
En me portant candidat comme directeur des affaires internes à la Mauritius Revenue Authority, j?ai déclaré mes avoirs, tout cela peut être vérifié. Venez visiter ma maison et voyez dans mon garage, je n?ai qu?une voiture, une Toyota Vitz.
<B>D?autres évoquent vos liens de parenté avec le chairman de la MRA?</B>
Ce qui m?agace, c?est qu?on veut aussi éclabousser ma belle-famille en me traînant dans la boue. Dhiren Dabee est mon beau-frère, il est aussi un professionnel intègre et sérieux.
Depuis que je postule pour un poste à la MRA, je ne le rencontre pas et je ne lui parle même plus au téléphone. Il n?était d?ailleurs pas présent dans le panel qui m?interviewait. C?est une accusation basse et gratuite de dire que je profite de ma parenté avec lui pour briguer un poste.
<B>Si on vous nommait à la place de Bert Cunningham demain, que changeriez-vous à la douane ? </B>
Je ne suis pas intéressé par le poste de Cunningham. Je l?ai d?ailleurs dit lors de mon entretien avec la MRA. Il y a un consensus dans le pays pour qu?il dirige ce secteur et il a le soutien des politiques.
Je me vois plutôt à la tête des affaires internes et je ne sais pas pourquoi il est mécontent. Je ne vois pas pourquoi je dois être sacrifié pour le bon plaisir de Monsieur Cunningham. Il ne peut dicter à qui que ce soit.
Il ne peut pas demander que je parte s?il reste. C?est inacceptable et je ne le mérite pas. Comme nos fonctions seront différentes, je ne crois pas que je lui mettrai des bâtons dans les roues. Il faut aussi dire qu?il est l?une des rares personnes à bénéficier du soutien des politiques pour mener à bien ses réformes.
<B>On dit que votre beau-frère est intervenu auprès du Premier ministre pour que vous soyez appelé à exercer des pouvoirs exécutifs en l?absence de Cunningham?</B>
Je ne crois pas que Dhiren Dabee aurait agi de la sorte. J?ai personnellement écrit au Premier ministre, Navin Ramgoolam, lorsque Bert Cunningham était en vacances pour lui demander de rétablir une injustice que j?ai dû subir sous le précédent régime durant ces trois dernières années.
Avant c?était quelqu?un de la Revenue Authority ou le secrétaire financier qui assurait l?intérimat. Parfois, il n?y avait personne. J?ai essayé d?avoir des explications avec le secrétaire au cabinet mais on ne m?a même pas envoyé un accusé de réception.
Cette fois, le Premier ministre a dû rechercher l?avis du State Law Office et je ne crois pas que Dhiren Dabee a tranché. Il a dû déléguer.
Propos recueillis par Vel MOONIEN
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