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« La solution : créer une voie pour éviter le centre de la capitale »

19 novembre 2005, 20:00

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<B>Les gouvernements passent, mais les embouteillages restent. Avons-nous trop de véhicules sur les routes ?</B>

Il y a environ 290 000 véhicules et 120 000 deux-roues. Le parc automobile a connu une croissance de 6 à 7 % ces quinze dernières années. Nous avons un réseau routier d’environ 2 000 km avec un parc automobile qui grandit à vue d’œil. Si l’on exclut les deux-roues, nous avons environ 160 véhicules pour 1 000 habitants, alors qu’en Europe et aux États-Unis, ces chiffres sont de 400 et 600 respectivement. La marge de progression est énorme et, si nous maintenons le rythme actuel, nous devrions atteindre 300 véhicules/1 000 habitants en 2020 – ce qui est assez considérable pour un pays en voie de développement.

Le problème concerne essentiellement la capacité ou non de notre réseau routier à accueillir un tel nombre de véhicules. Avec 2 000 km de routes, nous avons une très faible marge de manœuvre pour en construire de nouvelles. Aujourd’hui, nous avons 80 véhicules pour chaque kilomètre de route et en 2020, on atteindra 160 véhicules par km. Ce sera ingérable. Nous avons déjà le même niveau que certains « petits » pays comme le Luxembourg, la Suisse et les Pays-Bas, mais sans le même niveau de transport public.

<B>Y a-t-il d’autres facteurs ?</B>

Il faut savoir que la croissance du taux de motorisation s’accompagne d’une migration du transport public vers le transport privé. Cela veut dire que les personnes prennent leurs voitures pour se déplacer au lieu de prendre le bus. Une étude importante menée entre 1999 et 2001 par les ministères du Transport et du Plan ainsi que la Banque mondiale, l’Intregrated National Transport Strategy, a montré que la moitié des personnes descendant à Port-Louis chaque matin prend le bus alors que l’autre moitié utilise la voiture. Et chaque jour, le nombre d’usagers de voitures augmente. Quand on sait que les bus ne représentent que 6 % du trafic alors que les véhicules privés font plus de 73 %, on voit la logique et l’efficience des transports publics dans un petit pays comme Maurice.

<B>Quelles ont été les conclusions de cette étude ?</B>

Pour atteindre le développement durable recherché, il nous faut impérativement agir contre les embouteillages, qui font perdre au pays un milliard de roupies chaque année. L’étude a conclu qu’il fallait agir à deux niveaux : d’abord à Port-Louis, puis entre Curepipe et la capitale. Il nous faudra investir lourdement dans ces deux secteurs.

Chaque nouveau ministre du Transport promet de résoudre le problème de la circulation à Port-Louis…

Port-Louis pose effectivement problème, ses entrées nord et sud étant de véritables goulots d’étranglement, avec, en période de pointe, une quasi-immobilité, l’automobiliste ne roulant pas à plus de 8 km/h devant le front de mer, parfois plus lentement. L’asphyxie de Port-Louis a un lien direct sur l’économie du pays. La solution est simple : créer une voie (un by-pass) pour éviter le centre de la capitale.

<B>Cela fait des années que l’on parle de ring road et de dream bridge…</B>

Le gouvernement est actuellement en présence de plusieurs options de by-pass. Les deux plus importantes concernent un projet de rocade (ring road) et un pont sur la mer. La rocade, longue de neuf kilomètres, permettra d’éviter le centre de la capitale. Cette voie partirait de Montebello, avec un tunnel à travers la Montagne-des-Signaux pour sortir à Tranquebar, irait vers Vallée-des-Prêtres, puis serait parallèle à la route Militaire avant de rejoindre l’autoroute au Quai D.

Le projet de pont suspendu n’est pas le dream bridge. Ici, il s’agit d’un projet total s’étalant sur 2,4 km. La route commencera à côté de la rue Réserves, passera à travers Les Salines, puis sur un pont de 400 mètres pour rejoindre l’estuaire de la rivière Lataniers et enfin le rond-point de Roche-Bois. Le pont passera près du front de mer et ne sera pas trop haut, permettant le passage des petits bateaux de pêche. Ce projet est moins coûteux que celui de la rocade.

Toutes les études montrent que ces deux projets sont réalisables et devraient prendre, en tout, moins de quatre ans pour leur concrétisation.

<B>Et pour la zone urbaine s’étendant entre Curepipe et Port-Louis ?</B>

Nos cinq villes forment maintenant une véritable communauté urbaine, sorte de super-mégapole, et le problème concerne aujourd’hui la mobilité d’une ville à l’autre. Cette communauté urbaine compte 650 000 habitants, plus de la moitié de la population mauricienne.

Pour répondre à ce besoin de mobilité interurbaine, Maurice a un atout immense : l’ancienne voie ferrée qui reliait Port-Louis aux Plaines-Wilhems. C’est une aubaine fantastique que nous envient de nombreux professionnels d’autres pays. L’ancienne voie ferrée, outre l’avantage d’être presque entièrement conservée, va en plein cœur des cinq villes. C’est le rêve de tout expert en transport !

La solution réside dans le mass transit (MT) et cela, qu’importe la technologie que nous allons utiliser.

<B>Qu’est-ce que c’est ?</B>

Le MT fait partie de la grande famille des transports publics. Il est amené à jouer un rôle essentiel. La technologie peut être de trois principaux types : bus, métro-léger et monorail. Mais qu’importe le type, le tracé serait celui de l’ancien chemin de fer Plaines-Wilhems–Port-Louis. Le gouvernement se trouve donc devant trois options.

L’option bus est, de loin, la moins chère. On introduirait des bus accordéon, avec un plancher bas et des moteurs situés à l’arrière. Les passagers seraient à l’aise, la moitié debout, la moitié assise. Ce type de bus est très environment friendly, avec des moteurs diesel ou diesel-électriques. Il est utilisé fréquemment dans les capitales européennes.

L’option métro-léger (Light Rail Transit) est la deuxième option moins chère et comporte plusieurs types, avec des planchers bas et plusieurs portes.

Le monorail est le plus onéreux et l’option la moins répandue au monde. C’est un grand rail qui se trouve sur un socle en béton et sur pilotis. Les Mauriciens qui ont été à Kuala-Lumpur, en Malaisie, ont dû le voir.

« Quand on sait que les bus ne représentent que 6 % du trafic, on voit l’efficience des transports publics dans un petit pays comme Maurice. »</I>

<B>Pourquoi pas le métro, comme à Singapour ?</B>

Pour une question de rentabilité. Le métro est rentable et efficace à partir du moment où l’on a affaire à 12 000 à 15 000 passagers de l’heure en période de pointe. Nos calculs montrent que nous ne serons qu’à 6 000 passagers/heure à Maurice.

<B>Quel sera le tracé exact de ce MT ?</B>

Il fera approximativement 25 km et comprendra, de Curepipe, des arrêts à Floréal, Vacoas, Phœnix, Quatre-Bornes, Ollier, Rose-Hill, Beau-Bassin, Chébel, Richelieu, Saint-Louis, Victoria et Gare du Nord/Immigration.

J’estime que les gouvernants doivent mettre leur casquette de visionnaire et prendre une décision rapide. Rappelez-vous lorsque la construction de l’autoroute Port-Louis/Phœnix avait été décidé, plusieurs voix s’étaient élevées contre. Imaginons Maurice sans cette route aujourd’hui !

<B>Dans combien de temps, ce projet devrait se concrétiser ?</B>

J’estime que la construction devrait prendre trois ans et si l’on compte une année pour les procédures et appels d’offres, le projet devrait être terminé et opérationnel en décembre 2009.

En attendant, nous sommes donc obligés de prendre notre mal en patience…</B>

Il y a un certain nombre de mesures transitoires qui doivent rapidement être prises. D’abord, les autorités doivent donner un coup de pouce aux opérateurs de bus afin qu’ils puissent améliorer leurs services et leur flotte. Il faut ensuite investir dans la gestion coordonnée du trafic routier. Par exemple, sur le tronçon rond-point Caudan/rond-point Quai D, qui fait environ trois kilomètres, on avance à une moyenne de 8 km/h. Dans les grandes villes, la vitesse moyenne sur un tel tronçon est de 15 km/h. Une solution serait de coordonner tous les feux sur le front de mer afin que celui qui ne fait que passer par Port-Louis le fasse de manière continue.

Je le redis, si les décisions sont rapidement prises, les difficultés actuelles que nous éprouvons ne seront plus qu’un mauvais souvenir…

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