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Petits planteurs : se regrouper ou mourir
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Petits planteurs : se regrouper ou mourir
Quand on évoque l’impératif d’améliorer la compétitivité du sucre mauricien, on oublie souvent que cette urgence s’applique aussi et surtout aux petits planteurs. Ils contribuent à hauteur d’environ un tiers à la production nationale, et ils ont au moins vingt ans à rattraper sur la modernisation.
Les différents plans de réforme de l’industrie sucrière en ont tenu compte. Cependant, l’acte n’a pas suivi les intentions déclarées de combler ce fossé entre petits et grands planteurs. Depuis août dernier, les choses commencent à changer.
Ce qui fait le malheur des petits planteurs c’est la petitesse de leurs cultures.
De fait, il ne leur est pas possible de réaliser des économies d’échelle sur la préparation des terres et sur les intrants. Pas possible non plus de mécaniser la récolte qui est de loin l’activité qui coûte le plus en termes de salaires.
Les planteurs doivent donc impérativement se regrouper. Cela fait des années qu’on entend ce leitmotiv. Les gouvernements ont essayé quelques formules timides sans résultats. Les planteurs n’y ont pas mis du leur, ayant cédé aux préjugés. Ou conviendrait-il peut-être mieux de dire que le moment n’était pas encore mûr pour eux d’accepter de perdre leur autonomie au sein d’un collectif.
L’imminence d’une réduction du prix du sucre à l’exportation – dans le meilleur des cas, de 30 % en cinq ans – force les petits planteurs à réévaluer leurs chances de survie. Le vieillissement et l’incertitude de la relève sont une autre puissante motivation pour se regrouper. Autant dire, c’est maintenant ou jamais l’heure d’obtenir leur adhésion à un vrai projet de réforme.
Se regrouper au sein d’une société agricole</B>
Le ministère de l’Agro-industrie n’entend pas rater l’occasion. Un steering committee, présidé par le ministre Arvin Boolell, se penche sur le sort des petits planteurs au rythme d’une fois par semaine. Cette instance est désormais en mesure de leur faire une proposition formelle : qu’ils acceptent de se regrouper au sein d’une société agricole légalement constituée, pour la durée d’au moins un cycle cultural. En retour, l’État veillera à ce que leurs champs soient épierrés gratuitement. Les concasseurs ont déjà donné leur accord de principe. Ils enlèveront les grosses pierres qu’ils récupéreront en guise de paiement.
Les planteurs hésitent. Qui gérera la société ? Comment sera décidée la répartition des gains ? Quelle autonomie auront-ils pour disposer de leurs terres ? Seront-ils indemnisés pour la récolte qu’ils devront sacrifier pour l’épierrage ? Autant de questions qui détermineront s’ils accepteront de se regrouper.
Les autorités sont en mesure de les satisfaire. Chaque société sera gérée par un conseil d’administration composé de planteurs propriétaires. La distribution de gains se fera de manière égalitaire et au prorata. Le planteur est obligé de rester au sein de la société le temps d’un cycle, à savoir sept ans, afin de permettre à la société de recouvrer son investissement dans la préparation des terres.
Le ministère étudie la possibilité d’indemniser les planteurs pour la récolte sacrifiée pour les besoins de la préparation des champs. Tout indique qu’une décision sera prise en faveur des planteurs.
De plus, ils continueront à bénéficier des subventions traditionnelles sur les boutures et les engrais. Le Sugar Planters Mechanical Pool achète des équipements pour l’épierrage fin. Mais les sociétés agricoles seront libres de sous-traiter, notamment aux compagnies sucrières qui possèdent déjà connaissances et équipements. Celles-ci ont déjà assuré les autorités de leur entière collaboration.
L’État se montre ambitieux et veut regrouper jusqu’à cent hectares sous une société agricole. On est loin des petites exploitations de dix hectares envisagées sous la Land Area Management Unit d’il y a dix ans. Le modèle de société agricole existe déjà parmi les gros planteurs.
Cette formule est privilégiée aux trusts et autres coopératives agricoles car elle est jugée plus souple.
Sept régions ciblées pour commencer</B>
Le ministère de l’Agro-industrie s’embarque sur une campagne pour expliquer le mérite de se regrouper. Sept régions sont ciblées pour commencer : Queen Victoria (Flacq), La Martinière (Chamouny), Plaine-des-Papayes, Beau-Bois (Moka), Petite et Grande-Retraite (Flacq), Goodlands et Rose-Belle. L’objectif est de préparer les terres et de les replanter d’ici la fin de l’année prochaine. « Il n’y a aucune obligation pour le planteur d’accepter notre proposition. Notre tâche est de lui faire comprendre que s’il refuse, il mourra d’une mort certaine. À lui de choisir », explique un responsable.
Le projet est géré par la Mauritius Sugar Authority. Elle a contracté un prêt de Rs 500 millions à cette fin. Le montage financier n’est pas fini. Une part des éventuelles compensations versées par l’Union européenne dans le cadre de la réforme de son régime sucrier devrait y être consacrée. Le conseil des ministres européen se rencontre mardi, à Bruxelles, pour finaliser le plan de réforme.
<B>Une espèce menacée</B>
Qui est le petit planteur ? Pour le ministère de l’Agro-industrie, c’est un agriculteur qui cultive la canne sur deux hectares. L’Institut de recherche de l’industrie sucrière y inclut aussi tous ceux qui exploitent jusqu’à quatre hectares. La Farmers Service Corporation s’adresse à tous ceux produisant sur dix hectares tout au plus. La classe des petits planteurs fut créée vers la fin du xxe siècle quand les ouvriers engagés achetèrent des lopins de terre aux propriétaires de domaines coloniaux. Puis, l’État a créé une structure institutionnelle pour les aider à améliorer leur productivité. Mais cette activité est insuffisante pour assurer la survie de l’agriculteur, l’obligeant à prendre un emploi ailleurs. Un petit planteur sur cinq est fonctionnaire. Selon les statistiques, 28 000 petits planteurs exploitaient jusqu’à 10 hectares en 2003. Ils cultivaient 22 350 hectares, soit 31,5 % de la superficie totale sous canne. Ils représentent environ un tiers de la production nationale en sucre.
Le petit planteur est âgé, pas très éduqué et mal adapté à une industrie sucrière qui se sophistique. Leurs champs ont en moyenne un rendement inférieur à ceux des planteurs usiniers, à savoir, entre 60 à 70 tonnes de cannes à l’hectare. Le gouvernement vient d’amender le Sugar Industry Efficiency Act pour les exonérer de tout frais de conversion de terres agricoles. Cette mesure concerne ceux qui cultivent deux hectares, soit 25 700 personnes. Les autorités prévoient qu’à terme, entre 15 000 et 18 000 petits planteurs continueront à cultiver la canne. Les autres voudront profiter de l’amendement de la loi et de la situation de leurs terres près des zones urbanisées. Avec les investissements dans la préparation des terres et dans l’irrigation, le rendement des terres restantes devrait augmenter, ce qui devrait compenser pour le rétrécissement de la superficie cultivée.
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