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Par amour pour Bob
Il fallait une bonne dose de patience pour que Julian fasse du Marley. Dans une quasi indifférence, Julian a fait du reggae. Le public, peu enthousiaste, ignorant de son répertoire, avait aussi du mal à contrecarrer les effets néfastes du vent glacial qui soufflait sur le stade de Rose-Hill. Dans la tête de ce public, c?est Bob qu?il tient en haute estime. Certains arborent des t-shirts à son effigie. Difficile de faire sans le mythe. C?est donc Bob et son abondante tignasse natée qui lui manque. Mais sous les feux des projecteurs, c?est son fils, vêtu d?un pantalon gris, en toile, qui tente de le faire danser. Julian veut jouer au messager de paix. Mais le souvenir de Bob demeure. Il était à lui seul un emblème. Julian, malgré tout son talent, n?arrive pas à effacer Bob. Pourtant le benjamin des garçons de Bob joue à fond sur le rythme hypnotique et caoutchouteux du reggae.
Il veut transmettre un message, politique, philosophique et même mystique.
«Systems are here to divide, to use and abuse,» décrète-t-il dans son micro. Son chant est comme celui de son père, un chant fier et digne, mais le public reste en retrait. Ses refrains sont tout aussi militants que ceux de son père, mais rien n?y fait. Le public reste bon enfant.
Julian est pourtant un habile parolier. Ses textes sont lourds de sens. De la ballade amoureuse à l?hymne revendicatif, l?artiste se donne à fond, encadré par ses choristes et ses musiciens, les Uprising. Mais l?ombre gigantesque du prince métis a la dent dure. Julian n?arrive pas vraiment à reprendre le flambeau.
A mi-parcours, Julian commence à faire du bruit avec sa guitare. La batterie s?aiguise. Le ton du chanteur devient grave et mélancolique. Son sang palpite. Les hauts-parleurs font trembler le sol, les vibrations sont fortes et entraînantes. Et résonne bientôt Stir it up ! Et le public sort de sa torpeur. Enfin un Marley qui fait du Marley ! Puisque le reggae c?est le chant du c?ur, le public chante ce que lui dicte son c?ur. Dans un Get up, Stand up ! général, il reprend avec Julian, les morceaux de Bob et chante sa révolte contre l?esclavage et contre tout ce qui l?opprime. Dans la fièvre joyeuse du reggae de Bob, Julian est devenu seigneur. «Emancipate yourself from mental slavery», et le reggae redevient cet outil de prise de conscience que le fils fait renaître de ses cendres. Même si le talent est héréditaire, Julian ne pourra pas effacer Bob.
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