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Paris s?entiche de poivre rose
L?île Maurice oublie par moments qu?elle est l?étoile et la clé de la Mer des Indes mais aussi de la Route des Epices. Bernard Broquère se charge, en 1980, de nous rappeler cette vérité historique quelque peu éclipsée par la prépondérance économique de notre King Sugar, prépondérance mise en péril par une menace de réduction de 39 % du prix préférentiel obtenu sur le marché européen. Il est le PDG de la Société Internationale de Transactions. Elle vend sur le marché européen environ 2 000 produits exotiques dont 70 épices et condiments. Il est connu, en France, pour avoir fait connaître, dans les années 1960, les fruits et les légumes des Antilles. Auparavant, rares étaient les Français à les connaître et à pouvoir se les procurer à Paris et dans les principales villes de l?Hexagone. La démocratisation de l?accès, en France, des fruits et légumes antillais connaît un succès si vif et l?engouement pour les produits des îles est tel que Broquère se met à prospecter le potentiel réunionnais. Il y monte une compagnie à participation locale et se met à exporter des brèdes et légumes de l?île s?ur dont la margoze, le giraumon.
Il sillonne la Réunion, y compris ses parties boisées, pour faire l?inventaire du potentiel existant. Au cours d?une tournée de prospection, il découvre le poivre marron et le poivre rose. Pour les Réunionnais, il s?agit d?un dangereux poison. Broquère recueille ces baies très recherchées et les fait analyser en France. Le résultat lui donne raison. Elles sont parfaitement comestibles. Il commence alors l?exportation vers la France du poivre rose de la Réunion. En 1975, il parvient à en exporter 40 kg. L?année suivante, ce volume passe à 300 kg. Il décuple en 1977 pour atteindre 20 tonnes en 1978. Cette année-là, le poivre rose reçoit la palme du meilleur nouveau produit introduit en France au Salon international de l?Alimentation. La demande pour les baies roses de l?île à grand spectacle se fait plus pressante. Rungis fait savoir qu?il peut en recevoir au moins cent tonnes par an. Les Etats-Unis lorgnent à leur tour le poivre rose. Or la production réunionnaise de poivre rose ne parvient pas à dépasser 25 tonnes par an.
En 1979, Broquère débarque à Maurice. Il se rend compte que le poivre rose y est également disponible. Il commence les démarches afin que l?exportation de ces baies puisse aussi se faire de Maurice. Il s?adjoint les services du Dr Alfred Orian comme coordonnateur du projet. L?établissement sucrier met un bâtiment agricole à leur disposition. Ils reçoivent quelque 200 000 bocaux pour le conditionnement sur place du poivre rose. La production mauricienne de 1980 n?est pas brillante en raison des dégâts causés par les cyclones ?Claudette? et ?Hyacinthe?. Elle atteint tout de même 10 tonnes et le prix de vente est plutôt intéressant. L?avenir apparaît d?autant plus rose que deux établissements sucriers s?intéressent à la production du poivre rose.
Ce n?est pas tout. Rungis est intéressé à acheter d?autres produits mauriciens comme le cardamone, notre safran, le tamarin, le chou de palmiste, notre carambole, le café de Chamarel, le piment. Des agriculteurs sont tentés de cultiver à Maurice le melon Cantaloup. Sa production, en été, ici, correspondrait à l?hiver européen. Il existe aussi des possibilités de déshydratation à Maurice de certains produits. La valeur ajoutée dans certains cas n?est pas à négliger. Avis donc aux amateurs.
Que disent Guy Rouillard et Joseph Guého du poivre rose, dans Les plantes et leur histoire à l?île Maurice, leur livre encyclopédique ? Ils distinguent très savamment, pour commencer, le poivrier rose (Schinus molle L.) du poivrier marron (Schinus terebinthi folius Raddi). Le rose est un arbuste originaire de l?Equateur et du Pérou, introduit en 1830 en Californie par des missionnaires franciscains d?où son nom de ?poivrier de Californie?. Ses baies roses sont aromatiques et son goût est piquant et douceâtre à la fois. Elles sont utilisées comme condiment et employées comme adultérant au poivre noir (Piper nigrum). Ingérées en grand nombre, elles deviennent toxiques, provoquant des irritations gastrointestinales, accompagnées de vomissements et de diarrhées chez les enfants. Son introduction à Maurice se fait dans les années 1970. La plante est notamment cultivée dans les jardins de l?Hôtel Trou aux Biches et celui du Morne.
Le poivrier marron, en revanche, est un arbuste brésilien, produisant une abondance de baies rouges à saveur poivrée. Ses fruits sont largement disséminés par les oiseaux. Il devient envahissant, surtout en basse altitude. Ils font aujourd?hui l?objet d?un petit commerce d?exportation en tant qu?épice. Leur consommation abusive peut être nuisible aux enfants et adultes délicats. Duncan mentionne le poivrier marron pour la première fois, en 1863. Guého et Rouillard précisent que Maurice a importé 66 tonnes de poivre en 1996. La presse ne dit pas grand chose du poivre de 1996 à nos jours. Elle nous apprend seulement que Madagascar a exporté, en 1998, 895 tonnes de poivre mais sans préciser la couleur.
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