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Enlèvement raté : Nazira et Toseef entre frustration et peur
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Enlèvement raté : Nazira et Toseef entre frustration et peur
«Mo nepli anvi sorti. Moris nepli paradi aster, linn vinn lanfer.» Affalée sur un fauteuil dans son salon, une main protectrice posée sur son ventre rond, l?autre palpant parfois ses blessures suturées au visage, Nazira Khan paraît désorientée. Depuis qu?elle a été enlevée sous les yeux de son mari, Toseef, dimanche soir, elle s?est terrée chez sa famille à Quinze-Cantons. Ce n?est qu?hier après-midi qu?elle a regagné sa maison pour rejoindre Toseef.
Mariée depuis mars à cet homme d?affaires pakistanais avec qui elle travaille, Nazira attend avec impatience la venue de leur premier enfant (elle est enceinte de sept mois). «Hier pou mo al fer mo analiz, monn fer pratikman tou mo fami vinn ar moi.» Et Toseef est tout aussi impatient qu?elle : ce sera le premier petit enfant de la famille Khan.
Dimanche soir, le couple est invité à rompre le jeûne du ramadan à Vacoas. Au retour, Toseef s?arrête au distributeur automatique de la MCB de Bell-Village pour verser un chèque. Nazira patiente dans la voiture. Le virement effectué, il revient vers le véhicule, notant la présence de deux hommes qu?il croit être des utilisateurs habituels de la billetterie. Alors qu?il s?apprête à ouvrir sa portière, il reçoit un coup de poing en pleine mâchoire. Stupéfait, il réalise qu?un individu a pris sa place et que l?autre s?est mis sur le siège arrière. La voiture démarre sous son nez.
Nazira, tout aussi choquée, examine les malfrats qui l?ont prise en otage. Agés d?une trentaine d?années, les deux portent casquette, chemise sur jean et veste. L?un a un mouchoir rouge noué sur la bouche et porte une boucle d?oreille. Elle leur dit qu?elle est enceinte et demande ce qu?ils veulent. «Zot pa ti ena okenn zouti ar zot. Zot finn dimann moi komie kas mo kapav donn zot. Monn dir lor mo kont ena zis Rs 5 000. Zot finn fer moi telefonn Toseef pou dir li amenn kas-la divan NTA Cassis san averti lapolis».
Coups de fil et mensonges
Ils se garent devant le Dry Cleaning et la font passer sur le siège arrière en la tenant par la main. «Si mo pa ti enceinte, mo ti pou sey sove». L?un d?eux se rend à pied à la rencontre de Toseef. Ayant aperçu une jeep de la police, il regagne la voiture, excédé. «Zot dir moi : to mari inn kouyonn nou. Zot ankoler e zot pe zoure. Monn sey rasir zot. Lerla mo fer mo lespri travay pou get kot pou gaign kas.»
Ils démarrent en trombe et prennent la direction de Pointe-aux-Sables. Nazira leur parle alors d?un oncle habitant Quinze-Cantons auprès de qui elle peut obtenir de l?argent. Ils lui prennent son alliance et son bracelet en or avant de s?engager dans des chemins de traverse pour gagner La Louise. Comme la batterie du portable de Nazira est plate, ils font halte chez un de leurs amis à Bonne-Terre pour obtenir un autre portable dans lequel ils insèrent la carte SIM de Nazira. A ce stade, la jeune femme a de nouveau dû prendre place à l?avant.
Ils l?obligent à téléphoner à son parent et à mentir. «Zot finn dir moi dir ki Toseef inn fer aksidan ek inn touy enn dimounn. E ki bizin Rs 10 000 pou li gaign kosyon. Mo tonton dir moi li ena zis Rs 2 000 ar li. Zot agase». Pour gagner leur confiance, elle téléphone à un autre oncle habitant Vacoas aussi. Celui-ci lui promet Rs 3 000. Le point de rencontre est la route l?Abattoir à La Caverne. Voyant que les parents de Nazira tardent, les malfrats s?exaspèrent.
«monn panse Asterla mo pe mor»
Nazira aperçoit alors son père et son frère qui ont repéré leur voiture mais elle fait mine de ne pas les connaître. Son autre frère, qui est dans un van, essaie de leur barrer la route mais les bandits réussissent à s?enfuir et roulent alors à tombeau ouvert en direction de Quatre-Bornes. A ce moment-là, le courage de Nazira l?abandonne. «Monn panse asterla mo pe mor. Monn ferm lizie. Monn nek pans mo mari ek mo bebe. Ziska ki mo tann enn gran bruit kolizyon. Mo pa ti ena sintir. Monn nek trap tablo de bor. Parbriz inn vinn lor moi. Monn santi disan koul lor mo figir. Monn tann zot dir : nou sove.» Elle trouve encore la force de s?extraire du véhicule et demander aux badauds de l?emmener à l?hôpital Victoria.
Pendant ce temps-là, Toseef, abruti par les événements, vit le poids de l?attente au poste de police des Casernes centrales. Il est d?ailleurs très remonté contre la majorité des policiers qui, précise-t-il, ne lui ont jamais demandé le numéro d?immatriculation de sa voiture et qui l?ont traité «as if I was the kidnapper. They even denied me the right to go and buy something to drink from the store nearby». Il ne comprend pas comment la police a mené cette enquête et pourquoi elle n?a toujours pas retrouvé les malfrats. «It seems your police can only check cars ! Nobody?s safe in Mauritius? »
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