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Le jour qui vient
S?il y a une constante entre le discours de Paul Bérenger lorsqu?il était Premier ministre et celui de Navin Ramgoolam, qui l?est aujourd?hui, c?est bien leur insistance sur le fait que la valeur principale d?une nation qui veut réussir repose principalement sur le sacrifice et la discipline. Après cent jours de gâteries et de grâce, l?heure de la rigueur revient? pour ne rien changer à l?essentiel. Reste que les choses pourraient ne pas se passer comme l?entendent les dirigeants de l?Alliance sociale. Une nouvelle tâche attend désormais le gouvernement.
La première, et non la moindre, est la désacralisation de l?État. Après avoir amené la population à croire au miracle, l?Alliance sociale se doit désormais de remettre en perspective le rôle de l?Etat. Celui-ci n?est pas le deus ex machina des man?uvres politiques de l?Alliance sociale. Sa fonction de tuteur ne peut régner indéfiniment au détriment des impératifs économiques. Le retour de l?économie est programmé pour les jours à venir. L?anachronisme interventionniste et régulateur cédera rapidement à la pression des défis économiques. Pendant toute la campagne des législatives et durant ces cent derniers jours, le Premier ministre a affirmé que l?économie n?est pas la seule déterminante dans les choix d?un gouvernement. Il lui faudra rapidement justifier le contraire. La seule déclaration à l?effet que le travail sera récompensé pourrait tout aussi bien être perçue comme une énième promesse, ou encore comme une manière déguisée pour faire avaler des pilules amères.
Le gouvernement a su redonner confiance à la population. Il a fait la démonstration qu?une politique sociale qui cible prioritairement la classe sociale la plus vulnérable est possible. Idéologiquement, elle veut même faire revivre le socialisme à un moment où seul le système de pensée propre au marché libéral triomphe.
Mais le retour à la réalité exige une autre ascèse au-delà des seules déclarations de foi et des initiatives qui participent du culte de l?individu. Le challenge consiste à présent à travailler la psychologie populaire à faire sienne la devise du travail. À préparer aussi l?opinion publique à pérenniser son adhésion à l?action du gouvernement. Ce sont deux critères importants pour garantir le consensus général sans lequel la réforme, soit dit en passant terme proscrit du vocabulaire du gouvernement, ne serait qu?un vain mot.
La mise en ?uvre du retour au travail et à la discipline passe également par une révision du discours sur des acteurs sociaux et économiques. La réforme du service civil, qui n?implique pas obligatoirement une compression du personnel, mais davantage une nouvelle politique d?embauche et des mécanismes et conditions d?emploi, est un chantier que le gouvernement est condamné à labourer tôt ou tard. Tous les pouvoirs ont reporté cet exercice. Dans l?état actuel des choses, un nouveau retard serait non seulement synonyme d?immobilisme, mais plus grave encore d?inconscience. À ce chapitre, et le moment venu, il faudra pouvoir faire preuve de fermeté face aux revendications des syndicats. À terme, le pouvoir aura à faire face à la fièvre activiste de tous les acteurs sociaux. Comme pour les gouvernements précédents, il s?agira à l?Alliance sociale de ne pas reculer devant le refus de changement de certains. L?urgence nous ramène à la transformation de la société, et non aux quelques mesures ponctuelles qui servent à la glorification du Welfare State.
Autant de paris que doit relever le gouvernement. Lorsqu?on a légitimé un pouvoir en s?appuyant sur des promesses, il faut aussi accepter d?en subir les conséquences. La principale d?entre elles est la peur de bouleverser les conventions et les idées reçues. Chaque jour qui vient nous démontrera désormais la volonté du gouvernement de vraiment changer les choses.
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