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Raddhoa aux abois
«Get out of my office». Cet ordre hurlé à l?égard de l?enquêteur Prem Raddhoa le 24 mars 2001 marquait à l?époque une guerre des polices à son paroxysme lors de l?enquête dans l?affaire Vanessa Lagesse.
Les journalistes qui attendent des développements dans cette affaire devant les bureaux de la Major Crime Investigating Team ne sont nullement étonnés de la tournure des choses.
Ils partagent déjà la déception de Thierry Lagesse quant à l?absence de résultats probants dans l?enquête. Tout le monde alors se désole de «cette guerre, au lieu d?une concertation d?énergie, d?une réunion de compétences et d?une synergie d?enquêteurs chevronnés».
Prem Raddhoa sera très vite mis au rancart. Avocats et parlementaires l?accusaient d?avoir obtenu des résultats par l?utilisation de méthodes peu conventionnelles, dont la brutalité et la détention des suspects qu?il cagoulait et interrogeait dans des endroits connus de lui seul.
Prem Raddhoa est retourné aux affaires depuis un mois, avec des responsabilités bien plus étendues. Il n?est pas seulement, comme en 2000-2001, responsable de la CID de Curepipe, mais il est également responsable de la MCIT et de la police des jeux.
Du coup, l?espoir renaît chez les parents des victimes des crimes ou d?enlèvements non élucidés jusqu?ici. Ils font la queue au bureau de l?enquêteur à Curepipe pour solliciter son intervention pour que des dossiers soient rouverts. Ils comptent tous sur la réputation que s?est forgée Prem Raddhoa alors qu?il était chef de la CID de Curepipe. Et des dossiers ont été rouverts.
«J?ai rouvert des enquêtes sur la disparition de petit Ackmez, d?Ismaël Dobah, sur le couple trouvé mort à Bassin-Blanc, sur la disparition d?un couple à Pomponette, sur le cycliste Rousset retrouvé mort dans un puits à Grande-Rosalie. Je reprends aussi l?enquête dans les affaires Dantier, et Matapullut.»
La liste des affaires non élucidées que Raddhoa tient entre ses mains est bien plus longue. Il promet des résultats probants dans plusieurs affaires sous peu.
Le surintendant Prem Raddhoa est également le patron de la police des jeux. Il affirme qu?une mafia des jeux existe bel et bien. «Le course fine pi», dit-il. Il affirme n?avoir pas encore mis les pieds aux Champ-de-Mars, mais qu?il détient d?ores et déjà certains renseignements précieux qui l?aideront dans sa tâche.
Devant la mine incrédule de ses interlocuteurs, il dit avoir déjà des résultats, notamment dans l?affaire d?une femme, une certaine Ajoodha, portée disparue depuis deux ans. Le mari a été arrêté et inculpé. Il dit aussi avoir déjà résolu plusieurs cas de vol. «Je vous promets des résultats spectaculaires dans deux mois», lance-t-il.
Dans quelle mesure les allégations de brutalité à son égard sont-elles vraies et comment évoluera-t-il dans ce nouvel environnement où officie le ministre de la Justice, Rama Valayden.
L?enquêteur a d?ailleurs été convoqué cette semaine par ce ministre ainsi que par la Commission des droits de l?homme qui prend au sérieux les allégations de brutalité à son encontre de la part de certains membres du barreau.
Prem Raddhoa a expliqué cette semaine à Dhiraj Setulsingh de la Commission des droits de l?homme et au ministre Valayden qu?il n?utilise pas la brutalité pour arriver à des résultats. «Je peux élever la voix lors d?un interrogatoire, d?ou les accusations de verbal assault. Mais il faut aussi comprendre que tous les suspects cherchent à se réfugier derrière des accusations de brutalité policière pour tenter de s?en sortir», a -t-il expliqué au ministre et au président de la Commission.
Mais, certains avocats n?en démordent pas. «Je n?ai pas de preuve, je ne l?ai pas vu ou ses hommes frapper des suspects. Mais je le soupçonne d?utiliser la brutalité, car il y a un schéma dans toutes les allégations de brutalité faites contre son équipe. Mon client dans l?affaire Gorah Issac, Cehl Meeah, avait en 2000 fait des allégations de brutalité et identifié les suspects qui n?ont jamais été poursuivis. Cehl Meeah, Bernard Maigrot et les autres parlent tous de brutalité, de cagoule, de contrainte pour signer de faux aveux. Tous ces suspects ne peuvent avoir inventé une histoire identique», explique Me Raouf Gulbul, avocat de Javed Ruhumatally, suspect dans l?affaire du hold-up de la MCB.
Me Yousuf Mohamed estime, lui, que Prem Raddhoa à un style bien particulier de travailler. «Il intimide les gens. Il m?a d?ailleurs intimidé au téléphone. J?ai déposé une plainte à la police, parlé au commissaire de police et au Premier ministre, et rien n?a été fait jusqu?ici. Est-ce que l?enquêteur est au-dessus de la loi», se demande Me Yousuf Mohamed. Shakeel Mohamed, Jean-Claude Bibi, Ashley Hurhranghee, Ivan Collendavelloo? ils sont nombreux ces avocats qui ont aujourd?hui des reproches à lui adresser.
Ce n?est pas uniquement au barreau que Prem Raddhoa n?est pas tenu en odeur de sainteté, mais également au sein de la police où il ne compte pas que des amis.
De fait, la guerre des polices se poursuit. En tant que responsable de la MCIT, Prem Raddhoa a un droit de regard sur tous les délits et crimes commis à Maurice. Jaloux de leurs prérogatives, certains enquêteurs essayent de le garder loin de certaines affaires. Il s?est récemment plaint de n?avoir pas été informé de la découverte du cadavre de Gérard Gervigny, ex-Mr Mauritius, à Albion.
Depuis, on parle de «directives données pour qu?il ne soit pas informé de la tournure de certaines affaires», et un haut gradé de la police est, en ce moment, montré du doigt dans cette nouvelle escalade de la guerre des polices.
Gyan Unmar, ex patron de la MCIT qui est aujourd?hui en congé préretraite, n?y va pas de main morte. «Attendez que les affaires élucidées se retrouvent en cour et vous verrez s?il est un super flic. Si Maigrot qu?il a inculpé est condamné, je donne ma fiche de paye en cadeau. Attendez aussi que certaines affaires élucidées à Curepipe soient portées en cour et vous verrez le résultat. C?est du tam-tam et de la grosse publicité, un point c?est tout», explique cet enquêteur.
Prem Raddhoa n?est nullement bouleversé par cette situation. «Je suis conscient que je fais face à des animosités, des blocages et de la jalousie venant de la police, des membres du barreau et de certains journalistes. Je garde le moral et je vais de l?avant. Je suis en bons termes avec mes supérieurs hiérarchiques et avec le commissaire et si Me Mohamed prétend que je ne suis pas answerable au commissaire mais au Premier ministre, il se trompe. Il ne connaît pas le fonctionnement de la police», affirme-t-il.
Quoi qu?il en soit, Prem Raddhoa bénéficie de la confiance du public. Au bureau de l?enquêteur, à Curepipe, on voit défiler chaque jour des pauvres et des riches qui viennent solliciter son intervention.
Il jouit aussi, à en croire Me Mohamed, d?une certaine indulgence et d?une impunité certaine du monde politique qui attend des résultats que les moyens justifient.
<B>«Spéculations» sur le montant du hold-up à la MCB
Le SP Raddhoa a voulu tenter un autre coup d?éclat hier en affirmant que ce n?est pas la somme de Rs 51,8 millions qui a été volée lors du hold-up de la MCB en février dernier, mais Rs 78 millions. Il a attribué cette disparité à un vol de devises étrangères que les responsables de la MCB n?auraient pas rapporté.
Interrogé, Philippe A. Forget, assistant directeur général de la MCB, a apporté les éclaircissements suivants :
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«La somme volée lors du braquage en février 2005 est très exactement Rs 51,8 M. Ce chiffre a été vérifié et contre-vérifié et, est le seul chiffre exact en la circonstance.
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Il n?y avait et il n?y a aucune raison pour la MCB de ne pas rapporter le chiffre exact de ce qui lui a été volé. Le chiffre de Rs 51,8 M est celui qui a été communiqué à la police, à la Banque de Maurice et à nos assureurs. C?est le chiffre que nous avons plusieurs fois confirmé publiquement et nous le confirmons à nouveau. Tout autre chiffre est obligatoirement spéculatif.
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Si c?est sur la seule base de la déclaration dudit Vinesen que cette conclusion d?un vol de devises a été atteinte, la MCB souligne que l?on peut, y compris au moment des faits, acheter des devises librement sur le marché, tant dans les banques (où l?on était tout de même sur le qui-vive par rapport aux grosses coupures de Rs 1000 et de Rs 2 000) que chez les divers autres «foreign exchange dealers» autorisés de la place
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Il faut souligner que cette «piste» ne correspond même pas à la réalité physique, puisque les devises étrangères ne sont pas, de toute façon, conservées dans le même coffre. Le coffre abritant les devises se trouve, en fait, à un autre étage ! Dans le coffre principal dans lequel le hold-up a eu lieu, il n?y avait que des roupies, dont la somme de Rs 51,8 M volée.»
<B>Brutalité policière alléguée</B>
■ Le médecin légiste fait état de «bodily injury» pour Vinesen Subharoyan Atmah Charya Gujalu est catégorique dans son rapport : « There is no doubt that he has sustained bodily injury two days ago.» Vinesen Subharoyan, arrêté dans le cas du hold-up de la Mauritius Commercial Bank est détenu depuis le lundi 10 octobre. Il s?est plaint de douleurs dans différentes parties du corps à la suite de brutalité policière alléguée de la part de Prem Raddhoa.
D?où l?examen par le médecin légiste à la suite d?une requête de sa femme par le biais de son avocat. Le rapport a été soumis au ministre de Droits de l?homme, Rama Valayden. Son frère, Visen, arrêté jeudi dernier, devait également subir des examens médicaux. Son avocat, Me jean-Claude Bibi, a écrit au Bar Council, avec copie au ministre Valayden, pour interpeller les hommes de loi sur ces cas de brutalités policières.
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