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En quête de sérénité

11 octobre 2005, 20:00

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Eric Ng Ping Cheun</B>

Les questions du présent baromètre, réalisé dans les jours suivant la proclamation des résultats des élections municipales, ont suscité un abondant commentaire des répondants, comme s’il fallait combler le vide laissé par la débâcle de l’Opposition. Jamais auparavant n’avions-nous senti une aussi grande liberté d’expression chez les économistes, les cambistes, les agents de change, les gestionnaires de portefeuille et les directeurs financiers interrogés dans le cadre de nos enquêtes. A un gouvernement qui a maintenant tous les leviers du pouvoir politique, ces analystes économiques et financiers ne demandent qu’une chose: il est temps de revenir à la réalité économique.

L’ampleur de la victoire du gouvernement aux élections municipales ne rassure pas les analystes : 67 % ne sont pas sereins, et 80 % ne sont pas optimistes, pour la communauté des affaires. Las d’attendre de bons signaux, ils entretiennent peu d’espoirs de voir une action d’éclat au niveau de la politique économique. Si les résultats des municipales confortent le gouvernement dans son opinion que sa politique sociale est payante, les grandes mesures souhaitées par nos analystes pour redresser l’économie relèvent, valeur du jour, du “wishful thinking”.

C’est pourtant le bon moment de prendre des mesures impopulaires. Car seul un Premier ministre adoubé par la population est capable de lui faire accepter des réformes douloureuses. Aussi, il peut mieux arbitrer les différents courants au sein de son équipe, pour décider des meilleures orientations économiques.

Le gouvernement est dans son rôle lorsqu’il fait du social. Mais s’il persiste à privilégier le social sur l’économie pendant le reste de son mandat, comme le pressentent 50 % des analystes, “nous sommes partis pour une situation économique désastreuse”, prévient l’un d’entre eux. Et ce n’est pas l’approche “rise pouse” de l’économie qui permettra d’amortir les trois chocs économiques évoqués par le ministre des Finances.

Ainsi, propose un analyste, il faut libérer l’industrie sucrière de toutes ses contraintes au lieu de rester frileux à tout impact social négatif majeur que pourrait entraîner une véritable restructuration de ce secteur. Dans l’industrie textile, il convient de revoir les lois du travail. Le prix du pétrole, lui, est incontrôlable, mais le gouvernement a plein pouvoir d’accélérer la mise en place de centrales privées de production d’énergie.

Alors que le pays subit des chocs exogènes, il faut bien relancer son économie. Des quatre moteurs de croissance (la consommation privée, l’investissement privé, la dépense publique, l’exportation), 70 % des répondants trouvent l’approche par l’investissement privé meilleure. Explication d’un analyste : “Le gouvernement n’a pas les moyens financiers de relancer l’économie mauricienne. La politique de dépréciation continue de la roupie n’est qu’illusoire pour le textile. Les ménages sont surendettés. Le privé devrait donc bouger un peu plus pour créer des emplois et prendre un peu plus de risques que d’habitude.”

Surtout, moins d’interventionnisme étatique ! Pour 57 % des répondants, la politique de contrôle des prix est excessive quand on sait que la cherté des produits est “le fait conjugué de la dépréciation accélérée de la roupie et des augmentations des prix des fournisseurs”. Un analyste ironise en disant que le gouvernement n’est pas assez interventionniste sur... le taux de change de la roupie, une monnaie qui mériterait d’être assujettie au contrôle des prix.

En tout cas, 83 % des analystes sont “insatisfaits” ou “pas suffisamment satisfaits” de la façon dont la Banque de Maurice gère la situation des devises. Au point que 86 % d’entre eux s’attendent à une nouvelle hausse du taux Lombard avant la fin de l’année. Sinon, prévient un analyste, “by not widening the interest rate differentials and by not intervening in the forex market, the Bank of Mauritius is only fulfilling the foreign currency earners fantasies of having a junk rupee with a low interest rate. This economic nonsense can only be resolved through a genuine commitment to a stability-bias.”

Alors qu’une offre de 100 millions de dollars trouvera preneur facilement sur le marché local, on est confronté actuellement à un rationnement de devises. Et pourtant, observe un analyste, “the Bank of Mauritius has accumulated forex reserves and booked large profits from those forex deals at the expense of the rupee which has devalued. The primary role of any central bank is to safeguard the purchasing power by keeping inflation in check. This central bank has done the contrary for the sake of making profits in the currency markets. Why is there a need to make so much profit?”

Seulement trois analystes sur dix sont “suffisamment satisfaits” des 100 premiers jours du régime. Les autres attendent passer la Noël, espérant voir commencer les choses sérieuses au début de 2006. Ce qu’ils souhaitent, c’est qu’après avoir traité la population comme une enfant gâtée, le gouvernement troquera ses habits de Père Noël contre ceux de Père Fouettard.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

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