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Un dialogue rare
La campagne électorale menée dans le cadre des municipales marque une petite révolution. Non, ce n?est pas la lassitude de l?électorat qui est le fait marquant de cette période préélectorale. On a déjà vu pire. Le taux de participation, aux municipales de 1991, s?était élevé à 23 % seulement. Le véritable changement concerne l?absence de plastique sur nos murs, autour des ronds-points, et en haut des pylônes électriques.
Il y a habituellement, avant chaque scrutin, une débauche d?énergie fournie par les activistes des principaux partis pour couvrir le pays de plastique. Cela agresse notre vue, enlaidit nos régions et peut même occasionner des accidents fatals, mais les politiciens s?en accommodaient. Il a suffi d?une réunion entre les leaders des deux principaux blocs pour que le plastique ne fasse plus partie de l?arsenal du marketing politique.
Certes, il y a plusieurs artifices et procédés déloyaux qui font partie de la présente campagne mais on nous épargne ce spectacle hideux du plastique envahissant. En l?absence de ce dernier, qui est censé créer un impact psychologique sur l?électeur indécis, les politiciens vont être forcés de compenser leur argumentaire par du solide.
Au-delà de son effet positif sur notre environnement, il faut souligner le caractère exceptionnel du consensus obtenu par les leaders des deux principales formations du pays sur cette question. L?éventuelle interdiction du plastique a été soulevée par le leader de l?opposition lors d?une rencontre avec le Premier ministre pour parler du projet de loi sur l?Icac. Paul Bérenger a profité de l?occasion pour réclamer une position commune sur le non-usage du plastique pendant la campagne. Navin Ramgoolam s?est dit favorable à sa proposition. Le dialogue entre forces politiques opposées est rare dans notre système mais la preuve est faite qu?il est efficace.
Le consensus ne doit pas devenir une méthode de gouvernement car nul ne souhaite qu?une pensée unique s?installe. En revanche, sur certaines questions sensibles, seul le consensus peut faire progresser la situation. Considérons, par exemple, le mode de scrutin. Tous les partis, du PTr au MMM en passant par le PMXD, le MSM et le PMSD, se déclarent en faveur d?une dose de représentation proportionnelle mais jamais un gouvernement n?a présenté au Parlement un projet de réforme électorale. Un dialogue entre leaders politiques peut débloquer la situation.
La concertation entre adversaires politiques sera encore plus utile durant la période difficile qui va suivre les municipales. Si les cent premiers jours du régime Ramgoolam ont vu la distribution de cadeaux ? mirages, les jours suivants nous ramèneront à la réalité. Le prix des carburants, les difficultés de la zone franche, la réduction du prix du sucre exporté vers l?Europe et le déficit public aggravé par les promesses électorales du PTr vont susciter des tensions sociales. Si les politiciens de tous bords ne tiennent pas le même langage de rigueur, les mesures difficiles qui s?imposent ne passeront pas.
Pour autant, une coalition n?est pas souhaitable. Il faut soutenir l?esprit de consensus quand il est limité à des questions ponctuelles, pas quand il s?inscrit dans une stratégie électorale visant à imposer une alliance tactique.
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