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Frédéric perd une jambe au travail
«Kinn arive ! Kinn ariver ankor ? » La bouche sèche, les yeux hagards, prête à vaciller, Marie-Julie Bergicourt, 41 ans, croit qu?on vient lui annoncer la mort de son fils. Depuis une semaine, l?ouvrière agricole est très perturbée. Son aîné, Frédéric, a eu la jambe compressée, vendredi dernier, par un câble tiré par un tracteur dans un champ de cannes dans la région de Mont-Blanc, à Mare-Gravier, Chamouny. Et il a dû se faire amputer.
Travaillant pour le même employeur, Marie-Julie s?apprête à rentrer vers midi quand ses collègues l?appellent pour lui apprendre la mauvaise nouvelle. Elle a vu son fils, la jambe droite en sang coincée par ce « royard » utilisé pour tirer la benne remplie de cannes. Le plus triste dans l?histoire est que le malheureux, qui travaille dans un « chassé » contigu, remplaçait son frère à ce poste depuis quelques jours à peine. Le frère ayant, lui aussi, été victime d?un accident similaire. La benne est tombée sur sa jambe.
À l?hôpital Nehru, les médecins ont tout fait pour sauver la jambe de Frédéric. Mais comme ses os ont été broyés, ils ont dû l?amputer, jeudi, juste au-dessus du genou. Soit deux jours avant qu?il ne fête ses 20 ans.
C?est très mal parti pour Marie-Julie qui avoue que désormais, « tou mo mem, tou pu lor mwa ». Frédéric étant infirme, elle devra maintenant subvenir aux besoins de la petite famille de celui-ci.
Frédéric vit à St-Martin, Baie-du-Cap, avec sa concubine, Rosemay Henriette, 31 ans, et son fils de 2 ans. Pour les voisins de Marie-Julie, à Lotus Road, Chemin-Grenier, la malchance poursuit la famille. « Un traiter vivait dans la maison dans laquelle elle habite. Avant sa mort, il disait que personne ne pourrait y vivre. Dès que cette famille s?est installée ici, un des leurs a eu la jambe brisée en quatre morceaux, un autre s?est blessé par une benne et voici le dernier qui se fait amputer », commente un homme. Les Bergicourt, eux, ne savent plus trop quoi penser?
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