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« Le besoin d?une éthique part de la dimension de l?être »
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« Le besoin d?une éthique part de la dimension de l?être »
<B> Éthique médicale, déontologie, sont-ce les mêmes principes, et pouvez-vous en donner une définition ? </B>
La déontologie est un code qui s?applique pour les professionnels, quel que soit leur métier. Et tous ces codes rejoignent les mêmes principes que l?éthique. L?éthique c?est le questionnement du sens : l?acte a t-il un sens pour moi et pour celui qui est en face de moi ? Elle ne concerne pas que la médecine, mais toute l?activité humaine. Le besoin d?une éthique part de la dimension de l?être. Nous existons grâce à plusieurs dimensions : le rationnel, le désir ou le sentiment. Et la société se fonde sur des croyances qui déterminent la nature de l?être humain. Les progrès de la science, ainsi que les nouvelles découvertes, ont modifié la cohésion initiale des choses. Il a fallu inventer un nouveau système de référence. Et notre siècle a plus besoin d?éthique que de nouvelles découvertes, car l?homme est capable du meilleur comme du pire.
<B>Lors de cette conférence, vous avez certainement eu l?occasion de côtoyer le milieu médical à Maurice. L?éthique est-elle mise en application ici ? </B>
J?aurais voulu avoir plus de temps pour pouvoir le faire. Je n?ai pas côtoyé le milieu médical mauricien autant que je voulais. J?ai été sollicité par plusieurs thèmes qui me tiennent à c?ur, comme le suicide, car je préside une association de prévention du suicide. Je me suis également beaucoup intéressé à la médecine en prison. J?aurais voulu rencontrer les gens du Samu, car je travaille aux urgences, mais je n?ai pas eu le temps d?aller sur ce terrain. En revanche, j?ai côtoyé des gens issus de milieux défavorisés. Quant au constat, je ne suis pas en position de me permettre de juger les choses. C?est aux Mauriciens de commencer le débat. Nous rencontrons les mêmes problèmes partout, et c?est la réflexion qui permettra d?aboutir à de nouvelles lois.
<B>L?éthique médicale est-elle une obligation ? Figure-t-elle dans le serment d?Hippocrate ? </B>
Le serment d?Hippocrate a, certes, des principes d?éthique. La notion de secret professionnel, par exemple, est très importante. Il faut aussi respecter le fait qu?un médecin à le devoir de prescrire les médicaments qu?il faut à son malade. Il ne faut pas non plus faire de discrimination envers les malades. Il existe aussi le principe de ne pas prescrire de poison à qui que ce soit. Tous ces principes qu?un médecin se doit de respecter se trouvent dans le serment d?Hippocrate et rejoignent les principes d?éthique qui sont l?autonomie, le libre choix du patient, le consentement libre et éclairé de ce dernier, la désignation d?une personne de confiance, l?obligation au médecin d?informer son patient, etc.
<B>On dit que l?erreur est humaine. Pourtant est-ce qu?un médecin se sent en paix avec sa conscience quand il a pris une mauvaise décision ? </B>
En effet, l?erreur est humaine et les médecins n?y échappent pas. En revanche, ils n?ont pas droit à la faute. Ne pas se lever alors qu?un malade nous appelle, c?est une faute. Il est certain qu?après une erreur, on ressent un fort sentiment de culpabilité, mais ce qu?il faut, c?est en tirer le maximum de leçons, notamment dans la formation.
<B>Dans le cas où des patients pensent avoir été victimes de négligences médicales, quels sont les moyens auxquels ils peuvent avoir recours pour le prouver, sachant qu?ils n?ont pas les connaissances voulues ? </B>
Le médecin a toujours l?obligation de garder une trace écrite du suivi du malade. Ce dernier a le droit de choisir un autre médecin pour étudier en détail ce dossier. Quand une faute est prouvée, le malade a alors le droit de porter plainte. Mais si c?est une erreur, on peut essayer de trouver un arrangement, ça se négocie et le malade est tout à fait en droit de demander des indemnités pour le préjudice qui lui a été causé, c?est normal.
« L?erreur est humaine et les médecins n?y échappent pas. En revanche, ils n?ont pas droit à la faute »</I>
<B>L?euthanasie est une pratique qui fait le plus appel à l?éthique médicale. Pensez-vous qu?on finira un jour d?en débattre ? </B>
Il est clair que nul n?a le droit de donner la mort à quelqu?un, et cela fait partie de l?éthique médicale française. Il est clair également que le médecin a l?obligation de soulager un malade qui souffre trop. Mais entre injecter une substance à un patient pour le tuer et alléger les souffrances atroces de celui-ci il y a un fossé. Nous sommes, d?une part dans l?éthique médicale, et d?autre part, nous basculons dans une autre dimension.
<B>Votre but est de lancer la réflexion autour d?un comité national d?éthique pour toutes les professions. Dans quel sens cela peut aider à la bonne marche d?un pays comme Maurice ? </B>
Je ne suis pas venu ici avec un but préparé dans la tête ! Les choses ont fait que je me suis retrouvé là, et l?idée est venue après. Je pense qu?il serait intéressant de lancer la réflexion car cela permettrait de soulever certains problèmes. Je ne prétends pas avoir la solution, ce sont les Mauriciens eux-mêmes qui l?ont. Nous avons des modèles, le tout est maintenant de s?en inspirer et pas de les copier bêtement. Je pense que c?est le moment opportun pour apporter cette réflexion. Ce comité de réflexion national permettrait de dégager de nouvelles lois, de prendre des grandes décisions. Toute décision, peu importe le domaine, ne peut pas être prise à la légère. Ce comité permettrait de pousser davantage la réflexion.
Propos recueillis par
<B>Charlotte ROUSSETY</B>
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