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Les raisons de l?acharnement criminel

24 septembre 2005, 20:00

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Brisée-Verdière est encore sous le choc. Certains se demandent comment, d?autres pourquoi. Quelle hargne s?est emparée de Rakesh Ghumariah quand il a saisi Surekha, sa femme et Medha, sa fille, pour les poignarder à mort le 16 septembre dernier ? Au total, 49 coups à la mère et 22 à l?enfant ! On a du mal à croire qu?une telle violence puisse émaner d?un être humain.

Et pourtant, cette barbarie n?est pas isolée. En juillet dernier, les Mauriciens basculaient dans l?horreur, ressentaient du dégoût, de la colère, étaient animés par un vibrant désir de justice et de vengeance face à ces deux jeunes qui avaient violé, frappé et mutilé la petite Marie-Anita Jolita, deux ans et demi, avant de la jeter à la mer à Mahebourg.

Et à chaque fois, on se demande ce qui peut pousser des individus à s?acharner à ce point sur leurs victimes. « Il y a différents types de motivations qui poussent une personne à s?acharner sur sa victime. Infliger plusieurs coups de couteau implique une envie pathologique de faire disparaître sa victime, de l?effacer ou de vouloir littéralement la couper en petits morceaux. La plupart de ces actes sont le résultat de disputes interpersonnelles qui sont considérées par l?agresseur comme étant une juste cause. Le nombre de coups mortels infligé à la victime implique non seulement un désir de la torturer, mais aussi une volonté de vengeance : ?la victime doit souffrir autant qu?elle m?a fait souffrir?», explique Poonam Saddul, conseillère en psychologie et victimologue. Selon elle, dans les crimes de nature sadique (comme dans le cas de Marie-Anita), l?intention est d?infliger une douleur et une humiliation. La souffrance éprouvée par la victime excite sexuellement l?agresseur.

Pour Rima Ramsarran, Lecturer in Criminal Justice System, par cet acharnement, l?agresseur cherche à évacuer une frustration accumulée : « Pendant la période classique et néoclassique, on pensait qu?une personne commettait un crime après avoir pesé le pour et le contre. Si le pour l?emportait, elle passait à l?acte et si c?était le contre, elle se désistait. Aujourd?hui, on sait que le crime découle d?un comportement lié aux facteurs psychologiques (par exemple la façon dont la personnalité a été forgée), sociologiques (une perte d?emploi, etc.). L?individu soumis à cette pression accumulée, n?arrive pas à l?évacuer. Son seul recours est alors l?agression. »

<B>Deux possibilités en psychiatrie</B>

Ce type de comportement est-il le reflet d?un trouble psychologique profond ou d?une folie meurtrière passagère foudroyant un individu normal ? Les avis sont partagés. Nos deux interlocutrices évoquent un trouble mental dans la majorité des cas. Selon Poonam Saddul, ce comportement criminel est le fait d?individus qui ont une personnalité asociale, des impulsifs, égocentriques, marqués par une indifférence affective caractérisée par l?absence d?émotions, d?inclination altruiste et dominée par la froideur vis-à-vis de son prochain, et qui sont donc plus aptes à la violence explosive.

« Il est difficile de croire qu?une personne de 35 ans change tout à coup et passe d?une attitude normale à un comportement criminel. Les prédispositions sont présentes durant l?enfance et se développent au cours de la vie, par exemple, si la relation mère-enfant a été distante, froide, sans amour, sans affection physique, empreinte de négligence, etc. Cela dit, tous les criminels ne viennent pas forcément de familles brisées. De même, les enfants qui ont subi un traumatisme, peuvent être à risques et tâcher de le refouler, mais s?ils bénéficient d?un bon encadrement, ils ne se transforment pas forcément en criminels. »

En psychiatrie, on évoque les deux possibilités. D?abord le trouble psychologique. « La folie meurtrière telle quelle n?existe pas. En revanche, il y a des types de folie relatifs à l?hystérie, à la fureur après des crises d?épilepsie ou la prise de drogue ou d?alcool. On peut aussi constater une évolution délirante survenant sur une personnalité paranoïaque. La personne est alors plus susceptible. Il y a une période d?incubation pendant laquelle elle engrange tous les événements jusqu?à ce que cela dépasse un seuil et explose, provoqué par une situation ou une déception particulière. Elle ressent alors une rage d?en finir. Elle n?est plus elle-même, mais se trouve dans un état psychotique. Je pense que cela n?arrive pas soudainement. Il y a un trouble qui sommeille et qui peut se manifester en fonction des actes de la personne ? par exemple, si elle boit trop d?alcool, cela altère sa personnalité. À grande échelle, cela affectera ses performances sexuelles, elle peut développer une jalousie pathologique à l?égard de son conjoint, imagine qu?il a un amant, multiplie les bagarres et cela se solde par un crime », explique un psychiatre.

<B>Une décompensation psychotique</B>

Dans un deuxième temps, ce comportement criminel peut être adopté par des personnes dites normales, mais qui subissent un stress tel qu?elles vont faire ce qu?on appelle, une décompensation psychotique. Elles peuvent alors être victimes de délires, d?hallucinations, de confusions qui vont aboutir à une crise (c?est le fameux « elle a pété un plomb ») et finalement au crime : « Chaque être humain est guidé par l?instinct animal. Grâce à l?intellect, il arrive à le maîtriser pour vivre en conformité avec la loi, mais il se peut que brusquement, à cause d?un fait déclenchant, cette pulsion le dépasse et le submerge. »

Au moment de l?acte, ces types de criminels sont dans un état de totale confusion. Ils sont en phase de dissociation, incapables de se contrôler parce qu?ils ne sont plus en contact avec la réalité. Et bien souvent, ils ne se souviennent plus exactement de ce qui s?est passé.

<B>La récidive</B>

Un criminel peut-il commettre un nouveau meurtre ? Selon le psychiatre, il existe trois cas de figure : « Dans les cas d?épisodes psychotiques aigus, 40 % des criminels vont commettre un meurtre une seule fois et seront traités pendant six mois à l?hôpital psychiatrique, 40 % peuvent récidiver et commettre des crimes deux ou trois fois malgré le traitement. Si cela se répète à trois reprises ou plus, il faudra le placer sous traitement médicamenteux à vie ». Dans le troisième cas, les 20 % restants ne vont jamais guérir mais continueront à régresser après avoir commis le meurtre. Ils peuvent devenir schizophrènes.

<B>Grands crimes et meurtriers</B>

Ces dernières années, Maurice a été le théâtre de meurtres sanglants. Dans les années 95, une femme, à Rivière-des-Anguilles, en avait assassiné une autre avant de découper ses organes en petits morceaux. Cinq ans plus tard, en l?an 2000, Sandya Toora, une jeune femme, employée dans une agence de voyages, a été criblée de balles par son fiancé, Prashan Dowlut, qui s?est suicidé après. L?affaire Vanessa Lagesse défraye encore la chronique. Dans la nuit du 10 mars 2001, la styliste de 32 ans avait été battue à mort, traînée dans la salle de bains et placée dans une baignoire. Et plus récemment, il y a eu les affaires Matappallut, Dantier, Marie-Anita Jolita et Brisée-Verdière. Le monde a aussi été marqué par des criminels. Gilles de Rais et Élisabeth Bathory au Moyen Âge, Jack l?Éventreur, le boucher de Hanovre, le nécrophile de Winnipeg au cours des années 20. Avec six crimes à son actif, Jack L?Éventreur est aujourd?hui détrôné par John Wayne Gacy, qui a tué 33 jeunes, Elmer Henley, lui, a violé, torturé et tué 27 adolescents. Dean Coll, surnommé « l?homme aux bonbons », en a tué 30. Dennis Nilsen attachait le corps de sa dernière victime sur une chaise lorsqu?il allait travailler et indiquait qu?il le faisait car il trouvait que c?était bien d?avoir quelqu?un à la maison à son retour. Ted Bundy a tué 32 femmes et retournait tranquillement chez lui après son forfait sans soulever le moindre soupçon !

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