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?L?éthique donne du sens à un acte médical?

20 septembre 2005, 20:00

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● Jeudi, vous animerez une conférence publique sur l?éthique médicale. Le fait d?en parler signifie-t-il qu?elle souffre de manquements ?

L?éthique médicale est un sujet sur lequel j?ai énormément travaillé. Depuis deux ans, je dirige le groupe de réflexion éthique de la Société des médecins d?urgences de France qui répond aux questions et aux problèmes que pose la médecine d?urgence face à des situations, à des décisions médicales à prendre aux urgences. Quatre-vingt pour cent des personnes mourant aux urgences meurent à la suite d?une décision médicale, soit de limitation, d?abstention ou d?arrêt thérapeutique. Par exemple, une personne âgée dans le coma, à qui l?on découvre une hémorragie cérébrale au-delà de toute ressource thérapeutique. Faut-il la maintenir sous respiration artificielle ?

● L?éthique médicale ne serait alors qu?un justificatif pour l?action des médecins ?

Pas du tout. L?éthique médicale n?est pas de dire ce qui est bien ou mal. ça c?est la morale. Elle n?est pas non plus de choisir entre le moindre mal et le mal. L?éthique, ce n?est pas la loi mais des principes de l?ordre de l?être mais elle peut déboucher sur des lois. Pour le médecin, c?est répondre à des questions précises. L?éthique médicale doit tenir compte des connaissances scientifiques actuelles pour évaluer les chances de guérison du malade, tenir compte de ce qu?il veut à travers ses confidences directes ou indirectes à sa famille. Pour le médecin, l?éthique c?est ce qui donne du sens à son acte médical. Finalement, c?est une question de justice distributive. Le médecin qui a placé un patient sans aucune chance de guérison dans un service de réanimation doit se demander s?il ne l?a pas fait au détriment d?un autre patient. Finalement, la dernière question est celle de se demander s?il est digne humainement de maintenir un malade en coma irréversible sous respirateur ?

● Les médecins du Service d?aide médicale d?urgence ont-ils le temps de se poser toutes ces questions ?

C?est vrai que les médecins du SAMU n?ont pas le temps de s?interroger ainsi. Leur priorité est de tout mettre en ?uvre pour sauver le malade. En cas de doute, ils doivent pratiquer ce qu?on appelle la réanimation d?attente. Ce n?est qu?une fois le malade intubé, qu?on a le temps de recueillir des informations sur lui, de les analyser, de discuter avec sa famille et de prendre en considération la démarche éthique au terme de laquelle on décide soit de la poursuite du traitement, soit de la limitation ou de son arrêt. Une fois la décision médicale prise, on commence la phase de réanimation compassionnelle. Quand il n?y a plus rien à faire sur le plan médical, tout reste à faire sur le plan humain. Il faut entourer le malade et ses parents.

● Quelles sont les recommandations du groupe de réflexion que vous présidez et qu?en avez-vous fait ?

D?autres professionnels comme les sociétés de réanimation et les pédiatres se sont posé ces questions avant nous. Les principes éthiques sont les mêmes pour tous, à savoir le droit au patient d?être informé des conséquences et des possibilités, que toute action du médecin réponde aux principes généraux et universels et apporte un plus d?humanité à sa pratique, le principe d?être l?avocat du malade et de tout mettre en ?uvre pour lui en évitant l?exclusion, la discrimination, et sous lequel on classe aussi l?acharnement thérapeutique. Il y a également le principe du double effet, c?est-à-dire considérer qu?une intervention positive peut entraîner une réaction négative et finalement le principe de justice distributive que j?ai déjà évoqué. Nos recommandations ont été envoyées au comité national de la bioéthique et le gouvernement français s?inspire des recommandations finales de ce comité pour légiférer.

● Dans quelle mesure est-il important pour un pays d?avoir un comité national de bioéthique ?

Je connais la situation dans divers pays et je sais qu?il existe un comité d?éthique au ministère de la Santé. Mais le public n?a pas le droit à la parole. Ce qui m?intéresse aujourd?hui, c?est de lancer la réflexion autour de la nécessité d?un comité national d?éthique et pas que pour le médical mais pour toutes les professions. Un comité d?éthique national valide les façons de faire et crédibilise tout ce qu?un pays peut envisager en termes de réflexion et de recherche.

● Vous présidez aussi une association de prévention du suicide. Peut-on vraiment prévenir ce mal ?

On le peut. Pour cela, il faut d?abord se battre et supprimer les tabous tels que ?parler du suicide le provoque?, ?ceux qui en parlent ne passent pas à l?acte?, ?il est courageux de se suicider? ou encore ?il est lâche de le faire?. Tout cela est fausseté. On ne se suicide pas pour mourir mais pour arrêter la souffrance psychique qui est plus pernicieuse et douloureuse que n?importe quelle douleur physique. Les sujets vulnérables sont les dépressifs, les jeunes, les personnes âgées, les détenus. Ceux-là envoient toutefois des messages verbaux ou comportementaux à leur entourage mais celui-ci ne les entend pas car il n?a pas le temps. Prévenir le suicide, c?est mettre des personnes de ressources, formées à l?écoute là où il faut, c?est-à-dire des infirmières sociales dans les écoles, des travailleurs sociaux dans les maisons de retraite et recourir aux médecins de famille. Le suicide est une maladie de société qu?on ne retrouve pas chez certaines sociétés préservées comme les Touaregs, en Afrique, par exemple. A force de nous remplir le ventre, la tête, les poches, les zones érogènes, nous oublions de vivre. Et le fait de vivre, c?est tout simplement communiquer.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

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