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Le triste sort de nos villes
L?enthousiasme n?est pas débordant. Tel est l?état d?esprit dans lequel les villes vont renouveler leurs conseils. Certains candidats aux prochaines municipales confient, après quelques portes-à-portes effectués, que l?intérêt des citadins est plutôt modéré. Mais pour les deux blocs politiques en présence, la conquête des municipalités est un enjeu hautement symbolique. Cela suffira-t-il à mobiliser les citadins ?
Les chiffres parlent d?eux-mêmes. Les taux de participation aux élections municipales sont très faibles. Durant ces vingt dernières années, la participation n?a dépassé qu?une seule fois la barre des 45 %. C?était en 1985 où elle a atteint 69,1%. Il faut dire que c?était une période particulièrement riche en événements et enjeux sur le plan politique.
Aujourd?hui, les activités n?attirent plus. Et les plateformes de communication se réduisent comme une peau de chagrin. Les villes ne sont plus ce qu?elles étaient. Ou ce qu?elles ont tenté de devenir depuis plusieurs décennies.
<B>?Des gestionnaires éclairés?
Pourtant, la ville a été le point de focalisation de la vie politique mauricienne au fil des siècles. Les conseils ont constitué une première expérience démocratique de la vie politique mauricienne, bien avant les conseils législatifs. ?Maurice a une riche histoire de démocratie locale?, rappelle Ananda Rajoo, ancien maire de Curepipe.
Dans le passé, les municipalités ont été presque toujours dirigées par des notables avec des compétences reconnues. Les secrétaires de la ville étaient, le plus souvent, des gestionnaires éclairés.
?Trente ans de cela, les municipalités avaient tout un rayonnement. Beaucoup de grands personnages politiques ont été maires au début de leur carrière?, rappelle Chit Dukhira, ancien secrétaire de la ville de Beau-Bassin-Rose-Hill. ?Aujourd?hui, il n?y a presque plus de personnes compétentes qui veulent s?installer au conseil municipal. D?ailleurs, beaucoup de conseillers ne connaissent même plus les rouages de ces conseils.?
Dans les années 1980, une ville comme Beau-Bassin-Rose-Hill a eu à sa tête ?de fortes personnalités, une équipe soudée?, comme le résume un autre ancien cadre de la ville. ?Beau-Bassin-Rose-Hill a été la ville phare de ces années là dans la mesure où elle a créé et innové, surtout dans les domaines culturel et sportif mais aussi au niveau de certaines infrastructures comme les gares, par exemple. Elle a favorisé l?émergence de groupes de musique notamment?, explique ce cadre qui a été en poste pendant trente ans.
Beau-Bassin-Rose-Hill peut cependant être considérée comme une exception. Durant les années ?70 et ?80, les conseils municipaux se sont ouverts à une panoplie de citoyens qui n?avaient pas forcément toutes les compétences requises pour avoir un regard éclairé sur les affaires d?une ville. Même s?il ne faut pas généraliser, cette concession au populisme a probablement fait du tort aux villes. Déjà, avec le PMSD puis le MMM, la politique a envahi peu à peu les conseils municipaux. ?L?idéal aurait été d?avoir des professionnels au conseil municipal, des urbanistes, des comptables?, intervient encore l?ancien cadre administratif de Beau-Bassin-Rose-Hill.
Les villes ont amorcé un certain déclin dans les années ?90. Les conseils n?avaient plus d?imagination, les projets étaient rares.
Aujourd?hui, c?est la National Development Unit et les secrétaires parlementaires privés qui abattent le gros du travail au niveau des collectivités locales. Les infrastructures municipales, comme les bibliothèques, fonctionnent tant bien que mal. Les services de voirie sont, le plus souvent, assurés par des sociétés privées. Et puis il y a la question des budgets?
La ville ne récupère pas suffisamment de revenus. C?est l?Etat qui subventionne bon nombre de projets. Les taxes locatives sont tout juste suffisantes pour couvrir les dépenses face aux salaires d?une armée de fonctionnaires. ?En 2005, une ville peut-elle s?enorgueillir de la construction de quelques drains et de l?ouverture d?une école maternelle ? Si elle n?a pas de budget, que peut-elle faire ??, s?interroge Ananda Rajoo. L?asphyxie financière a donc poussé les villes à offrir un service minimal.
<B>Le développement des villes ?bloqué? </B>
L?ancien maire de Curepipe situe le dysfonctionnement à un niveau politique. ?Lorsque les gouvernants ont compris que le pouvoir n?était plus dans les villes mais dans les campagnes, ils ont mis en place tout un arsenal légal pour réglementer strictement le fonctionnement municipal?, n?hésite-t-il pas à affirmer.
Les villes ont-elles été victimes de leur profil sociologique ? Car les lois ont finalement ?bloqué? le développement des villes et freiné le processus d?autorégulation des municipalités. ?Pourtant, sous l?administration britannique, on reconnaissait déjà que l?institution d?un ministère des Administrations régionales était un non-sens?, rappelle Ananda Rajoo.
La ville a aujourd?hui besoin de loisirs, de médiathèques, de salles de conférences, de stades. ?Malheureusement, les budgets ne sont pas suffisants. Les travaux pour la rénovation du Plaza, par exemple, n?ont pas encore commencé, en trois ans. Le pouvoir central tergiverse?, fait ressortir l?ancien cadre de Beau-Bassin-Rose-Hill. Il faudrait donc plus d?autonomie pour les villes et amender la loi.
Dans certains pays, un maire a autant de pouvoirs qu?un ministre. A Maurice, les maires n?ont aucun pouvoir. La moindre décision est sujette à l?approbation du ministère des Administrations régionales. Le plus souvent, celle du secrétaire permanent du ministère.
Les projets de plus d?un million, en d?autres mots la plupart des projets, doivent être soumis au Central Tender Board.
?Et puis, on a trop souvent mis l?accent sur les infrastructures et moins sur leur animation?, intervient Ananda Rajoo. Autrement dit, la ville a perdu de son attrait. Et cela les citadins le ressentent un peu comme une injustice, eux qui doivent s?acquitter de taxes pour des services qui sont gratuits dans les autres régions de Maurice. Il n?est donc pas étonnant aujourd?hui qu?ils se désintéressent à la fois du sort et de l?avenir de leurs villes. Et en 2005, rien n?indique que cette tendance va s?inverser?
Administration</B>
<B>Les fonctions d?un conseil municipal</B>
■ Les conseils municipaux sont chacun divisés en cinq départements : l?exécutif, les finances, les travaux, la santé et le bien-être. Ils ont la responsabilité de promouvoir le bien-être de la communauté, d?améliorer la qualité de la vie et de s?assurer que toutes ces facilités sont accessibles.
Les autorités construisent, entretiennent et gèrent les salles d?exposition et les bibliothèques municipales, les théâtres et les écoles maternelles, les terrains de jeux ou encore les cimetières. Les routes, le ramassage d?ordures, le déboisement, l?entretien de drains, de parcs municipaux, des toilettes publiques, des aires de parking, des gares, des abribus et autres font aussi partie des responsabilités. Les autorités se doivent aussi d?organiser, entre autres, des activités sportives ou de loisir.
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