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Le tourisme selon Ramgoolam

10 septembre 2005, 20:00

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Deux mois après son arrivée à la tête du gouvernement et c?est déjà l?heure d?un premier bilan pour Navin Ramgoolam. Le Premier ministre affiche sa satisfaction sur le volet justice sociale. Mais c?est au sujet de la relance économique qu?il se montre le plus combatif et entreprenant. Il se fixe même un objectif majeur et ambitieux pour l?année prochaine : « Faire de 2006, l?année du renouveau pour le tourisme mauricien. »Les priorités sont économiques. Tout le discours de Ramgoolam est centré sur la relance. Rama Sithanen, ministre des Finances, avait déjà fait du tourisme un pilier capital du développement économique du pays. Ramgoolam décide que tout devra être fait pour que la croissance soit à deux chiffres dans ce secteur en 2006. Il énonce ses priorités pour faire de cette année, celle du tourisme.

« Avec l?arrivée de Corsair, ce sont 50 000 touristes supplémentaires que nous accueillerons par an. » Ramgoolam explique que ce deuxième transporteur français desservira également Maurice à partir d?autres aéroports que celui de Paris. Et annonce la négociation de nouvelles dessertes d?une ligne autrichienne. Il pense également discuter des possibilités de collaboration dans le domaine touristique avec l?émir du Qatar durant sa visite à New York. La conquête des marchés touristiques secondaires, comme l?Inde, est également élevée au rang de priorité.

Pour Ramgoolam, si le gouvernement met la main à la poche pour financer davantage les campagnes de promotion de la Mauritius Tourism Promotion Authority, le secteur privé ne devrait pas être en reste. « Nous bann lotel ausi bizin fer enn zefor. » Il estime ainsi que le secteur montrerait sa bonne volonté s?il donnait la même somme que le gouvernement pour le marketing touristique. L?hôtellerie et Air Mauritus sont invités à s?entendre. Ramgoolam estime que les deux doivent pouvoir s?entendre pour élaborer des politiques de tarification complémentaires.

<B>Le grain de sable qui a enrayé la machine</B>

Le tourisme doit prospérer et l?investissement doit redémarrer. Et Ramgoolam croit avoir trouvé le grain de sable qui a enrayé la machine de l?investissement jusqu?ici : le Board of Invesment (BOI). Il fustige à la fois le BOI et l?ancien président du conseil d?administration : « A regarder ce qui s?est passé, on peut se demander si ce n?aurait pas été mieux qu?il n?y ait pas de BOI. » Mais il n?y aura pas non plus de révolution.

Interrogé sur l?urgence de trouver un nouveau président de conseil d?administration, Ramgoolam rassure.

« L?actuel directeur, Gérard Sanspeur, continue le travail comme il se doit. Je veux voir comment le BOI fonctionne, identifier les problèmes qui surgissent, puis les régler. »

Quelques problèmes liés à trois gros projets d?investissements commencent déjà à être réglés. Le Fast Track Investment Committee que préside Ramgoolam devrait ainsi faire avancer trois projets d?Integrated Resort Scheme (IRS) au Morne, à Beau-Champs et à Flic-en-Flac.

Car il n?est pas question de froisser les investisseurs. Le Premier ministre assure que les décisions seront prises rapidement. Et insiste, comme l?a fait Rama Sithanen avant lui, que les projets IRS « pa pou freeze ». Ils seront juste réexaminés.

Le contrôle des prix est un sujet d?angoisse depuis quelque temps. Et le Premier ministre cherche à rassurer le secteur privé. Il explique qu?il n?est pas « pour le contrôle des prix. Et c?est pas ce que nous avons voulu faire jusqu?ici ».

C?est le capital confiance et efficacité que Ramgoolam veut rétablir dans le pays. À raison peut-être. Car ce sont bien les deux indicateurs les plus chers aux investisseurs.

<B>À l?heure des questions</B>

<B>C?est la première fois que vous évoquez le nom de Corsair. Est-ce cette compagnie qui sera le deuxième transporteur français ? </B>

Il y avait des négociations en cours, c?est pour cela que nous n?avions rien annoncé. Mais c?est bien cette compagnie qui est intéressée à desservir Maurice.

<B>Allez-vous tenir compte des fragilités d?Air Mauritius en libéralisant l?accès aérien ? </B>

Il y a des faiblesses d?Air Mauritius que nous devons prendre en considération. Mais il faut également un agencement des pratiques. Il n?est pas concevable que les hôteliers baissent leurs tarifs pour attirer la clientèle à certaines périodes et qu?Air Mauritius augmente ses prix au même moment.

<B>Vous avez évoqué un rapport sur le tourisme. Pouvez-vous en dire davantage ? </B>

C?est un index sur la compétitivité des secteurs touristiques de plusieurs pays du monde. Maurice figure en dernière position. L?étude explique que nous ne sommes pas assez compétitifs et qu?on ne fait pas suffisamment d?efforts pour attirer les touristes.

<B>Avez-vous eu à arbitrer récemment des divergences entre vos ministres sur les dossiers tourisme, IRS ou contrôle des prix ? </B>

Il ne faut pas faire un one man show. Il ne faut pas qu?un seul ministre dise qu?il veut ceci ou cela. Chaque ministre doit pouvoir exprimer ses opinions mais, à la fin, ce sont les décisions du Conseil des ministres qui priment. Il y a différents points de vue, notamment sur l?Air Access. Le Premier ministre est là pour arbitrer et après avoir écouté, je crois que la direction que l?on a adoptée est bonne.

Sur les prix, je ne suis pas pour le contrôle. Personne ne l?est d?ailleurs. Nous voulons de la compétition. Un Compétition Bill sera voté avec la mise en place d?un Office of fair trading.

<B>La State Trading Corporation (STC) importe 75 tonnes de lait de l?Inde. Pourriez-vous nous donner les détails sur cette importation ? </B>

C?est un arrangement de gouvernement à gouvernement. Mais la STC indienne opère avec un apport du privé, c?est ce qui nous intéresse également. Ce que nous voulons, c?est faire baisser les prix dans la mesure du possible, sans interférer à tout bout de champs sur le marché.

<B>Comment la démocratisation de l?économie s?insère-t-elle dans votre orientation de faire de 2006, l?année du renouveau du tourisme ? </B>

La relance du tourisme est importante, car c?est un secteur qui aide facilement à résorber le chômage et redynamiser l?économie. Mais, en même temps, il y a des efforts à faire. Il n?est pas possible que l?industrie du tourisme fasse bien et que cela n?ait pas de répercussions positives sur la population. Nous ne voulons pas que les mêmes entrepreneurs ou groupes fournissent les légumes, la pâtisserie, par exemple, pour les groupes hôteliers. Il faut partager.

<B>Comptez-vous évoquer les questions sucre et textile lors des réunions avec des chefs d?État étrangers à New York ? </B>

Certainement. Il y aura une réunion des pays ACP sur le sucre. Nous aurons également quelques consultations sur le dossier textile.

<B>Il y a une polémique autour de la forêt de Ferney. Quelle décision prendrez-vous ? </B>

C?est l?ancien régime qui a décidé de construire cette route. Comme on l?a dit dans la presse, je ne comprends pas pourquoi la route de Ferney est devenue une priorité alors que la question de la congestion routière est toujours entière à Port-Louis. Je crois en la protection de l?environnement.

Mais il y a eu des contrats signés. Si on arrête les travaux, les indemnités que l?État devra payer pourront aller jusqu?à Rs 300 millions. Il faut donc trouver des solutions. Mon souci est de protéger l?environnement, je l?avais fait savoir durant la campagne électorale. C?est pourquoi nous avons discuté avec Nature Watch. Mais j?ai fait savoir aussi que je n?accepterai pas les menaces.

<B>Propos recueillis par Rabin BHUJUN</B>

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