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Hommage au chercheur-archiviste Noël Régnard
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Hommage au chercheur-archiviste Noël Régnard
Des amis généalogistes rendent un hommage émouvant à Noël Régnard dans La Vie Catholique du 12 août 2005. Ils nous apprennent son décès, survenu ?paisiblement? à Curepipe, un mois plus tôt, le 11 juillet dernier. ?Paisiblement? s?impose car on ne peut imaginer Noël autrement que paisible et serein. Ces généalogistes reconnaissants nous apprennent qu?il est le fils de Louis Jules Gabriel Maurice Régnard, ingénieur, et de Marguerite Simone Chevreau et qu?il est né le 29 août 1920 à Moka.
Ils ne nous disent cependant pas qu?il pouvait se glorifier d?appartenir à une lignée d?ingénieurs, de bâtisseurs et d?innovateurs, à qui on doit en grande partie l?introduction et le développement de l?usage du béton armé dans les constructions à Maurice. On peut compter à son actif le château de Val Ory, Moka, célèbre pour avoir hébergé le shah d?Iran, Rezâ Châh, pendant son exil à Maurice, en pleine guerre mondiale 1939-45. Une histoire de la famille Régnard s?impose. Que ceux, qui la connaissent le mieux, s?organisent pour l?offrir à ceux que l?histoire de notre île passionne.
Je n?ai pas eu le privilège de connaître intimement Noël Régnard mais il m?honorait de son amitié et avait de l?estime pour les travaux et recherches du ?pseudo-historien? que je suis, pour reprendre l?étiquette appropriée qu?un confrère particulièrement lucide vient d?épingler sur mon dos, sans doute parce que je refuse de consulter la girouette de service pour savoir d?où vient le vent politiquement correct avant de prendre ma plume.
Je m?efforce simplement de me mettre à l?école de Noël Régnard et d?autres passionnés par l?histoire de Maurice qui consacrent le meilleur de leur temps libre pour améliorer leurs connaissances de notre patrimoine historique, chercher les renseignements qui leur paraissent faire défaut aux documents crédibles disponibles et surtout conserver pieusement les souvenirs, les documents, les illustrations qui leur paraissent précieux mais qu?ils savent devoir être dispersés après leur départ de cette vie terrestre. D?où mes hésitations, en titrant cette chronique : qu?est-ce qui vient en premier et qu?est-ce qui est plus important chez un Noël Régnard, du chercheur ou de l?archiviste ?
Il possède en lui la réponse à cette interrogation car tout bon chercheur est aussi bon archiviste, bon compilateur, afin de pouvoir retrouver le renseignement recherché quand la mémoire fait défaut avec la précision et l?exactitude voulues. Cela ne nous dit pas si le chroniqueur doit faire le chercheur précéder l?archiviste ou l?inverse. On cherche certes ce qu?on ne possède pas.
Mais l?archiviste sait aussi anticiper de futures recherches pouvant ne pas se matérialiser. Inconsolable est en tout cas l?archiviste n?ayant pas archivé ce que cherchera demain un chercheur plus curieux que les autres. Pareille mésaventure ne pouvant, bien sûr, arriver à un Noël Régnard ayant toujours réponse à tout.
Si je ne sais pas grand-chose des fructueuses activités de Noël Régnard au sein de la Société de l?Histoire, de la Société royale des Arts et des Sciences, du Comité des souvenirs historiques, de l??Ancient Monuments and National Reserves Board?, en revanche je lui dois de passionnantes et motivantes découvertes sur l?histoire de notre pays, grâce à la collection de numéros de sa ?Revue Rétrospective de l?île Mauirce?. Elle paraît de façon continue de janvier 1950 à novembre 1955 (bientôt un demi-siècle). Mais avant de parler du contenu de cette précieuse revue, contenu qui fera l?objet d?une prochaine chronique, il convient de s?attarder sur la préface de cette collection, précieuse entre toutes. Elle la situe dans la lignée de ?Mauritiana?, la revue historique, animée entre autres par Léoville L?Homme, et qui paraît de 1908 à 1911, et dans celle de la ?Revue Historique et Littéraire de Maurice? (1887-1894) et de la ?Nouvelle Revue Historique et Littéraire? (1897-1901).
?La Revue Rétrospective? de Noël Régnard renonce sagement à sa section littéraire car il est difficile de courir deux lièvres à la fois et, pour ne pas être sans doute grand chasseur devant l?Eternel et se vouloir disciple de son Fils, Verbe Incarné, Noël Régnard sait mieux que tous que ?nul ne peut servir deux maîtres?, ni deux loyautés. En revanche, l?on est en droit de déplorer le parti pris de Noël Régnard et de ses collaborateurs de ne publier dans ?La Revue Rétrospective? que des documents inédits ou très rares, en s?autorisant quelques ?légères retouches?, concernant plus particulièrement la ?ponctuation et l?accentuation?. Je laisse les lecteurs de cette chronique imaginer les après-midi houleux réunissant les Noël Régnard, les Antoine Chelin, les Guy Rouillard, les Auguste Toussaint, les Raymond d?Unienville, les France Staub, pour décider s?il convient ou non de remplacer, dans un document historique, une virgule par un point virgule, s?il ne faut pas rendre plus grave un accent trop aigu, s?il faut écrire le nom du fondateur de Port Louis en un ou deux mots ou encore s?il faut prendre au sérieux ses paraphes penchant du côté de ? ?Labourdonnaye?.
La postface est encore plus émouvante. Elle annonce malheureusement l?arrêt de la publication de ?La Revue Rétrospective?. Avec le recul du temps, on peut se demander comment l?intelligentsia de l?époque a pu ne pas mobiliser toutes ses forces et ses ressources pour supplier Noël Régnard et ses amis collaborateurs de renoncer à cet arrêt de publication, pour chercher de nouvelles pistes d?activités historiques, ne pouvant qu?être aussi intéressantes et fructueuses que les précédentes, quitte à leur offrir tout le soutien financier nécessaire et requis. Déjà, un secteur privé d?intelligence, d?imagination et de perspicacité pour pouvoir distinguer la pérennité de l?éphémère. L?aurait-elle fait que vaine aurait été la création de ?La Gazette des Iles de la Mer des Indes?. Son créateur n?aurait eu qu?à offrir ses modestes services à une ?Revue Rétrospective de l?île Maurice? hélas trop tôt disparue.
Dans cette postface, Noël Régnard tient à remercier plus particulièrement ses plus proches collaborateurs : Roger O. Béchet, Patrick D. Barnwell et Georges Visdelou-Guimbeau. Mais ses plus vifs remerciements vont à Mme Henri Régnard qui lui a confié les manuscrits légués par son père, ?l?excellent? historien Albert Pitot. Le décès de Noël Régnard offre occasion à ceux que l?histoire de Maurice intéresse de rappeler tout ce que nous devons à cet historien même si certains peuvent lui reprocher de ne pas s?être suffisamment libéré de l?atmosphère prévalant à la fin du XIXe siècle dans son milieu social. Mais comment pouvait-il anticiper les reproches virulents et même officiels et même ministériels que ses parasites et plagiaires lui feront un siècle plus tard ?
Nous y reviendrons ainsi que sur le contenu de l?excellente ?Revue Rétrospective de l?île Maurice? de l?inoubliable Noël Régnard.
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