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La traversée du désert pour le marché des devises

31 août 2005, 00:00

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Le marché des devises est déséquilibré depuis une période plus longue que d’habitude. Le manque de devises perdure depuis plus de quinze mois, soit depuis mai 2004 environ.

Cette situation anormale a forcé la Banque de Maurice à vendre sur le marché interbancaire 219,3 millions de dollars pour la période entre mai 2004 et juillet 2005.

Le dernier bulletin de la Banque de Maurice indique qu’elle a enregistré une baisse de Rs 566 millions des net foreign assets de la Banque centrale entre juin 2004 et juin 2005. Les réserves en devises étrangères ont baissé de Rs 729 millions entre juin et juillet 2005.

Cette situation est directement attribuable aux interventions de la Banque centrale pour alimenter le marché. L’analyse classique est qu’il y a un manque cyclique de devises sur le marché entre avril et août environ, période creuse pour le sucre, le textile et le tourisme.

Pourtant, force est de constater que le manque de devises dure depuis au moins quinze mois. Durant cette période, la Banque centrale est intervenue chaque mois systématiquement – excepté en juin 2004 – pour émettre des devises sur le marché.

Le mal est donc plus profond. Une partie de l’explication est la faiblesse de l’euro qui est passé de 1,35 contre le dollar à 1,21 environ en un an. Les opérateurs ont réagi différemment à cette baisse. Nombre d’entre eux ont vite fait de convertir leurs euros en roupies pour couvrir les frais locaux et en anticipant une baisse continue de la monnaie européenne.

Ceci a contribué à faire apprécier la roupie contre l’euro. D’un autre côté, d’autres opérateurs ont immobilisé leurs actifs en euros, en attendant de meilleurs taux. Les dépôts en devises dans les banques commerciales ont augmenté de Rs 4,8 milliards entre juin 2004 et juin 2005.

“Outre la faiblesse de l’euro, il est également certain que le thème de la dernière campagne électorale stigmatisant le grand capital n’a pas incité de nombreux opérateurs à rapatrier leurs recettes en devises étrangères. Mais c’est un phénomène assez classique dans une année électorale”, déclare un observateur privilégié du marché des changes.

Pour un autre spécialiste, les élections générales ont engendré des spéculations quant à une dépréciation de la monnaie avec un nouveau gouvernement. Ainsi, plusieurs opérateurs ont voulu acheter des devises en avance tandis que ceux qui en détenaient déjà ont voulu les conserver.

Il y a donc eu, d’une part, une demande accrue pour des devises ; tandis que l’offre s’est tarie. “Tout le monde veut acheter mais personne ne veut vendre”, résume un cambiste.

Par ailleurs la baisse des taux d’intérêts l’année dernière – baisse trop rapide selon certains spécialistes – a encouragé de nombreux investisseurs, et non des moindres, à effectuer des placements en dollars et autres devises fortes.

Le National Pension Fund a investi pour l’équivalent de 300 millions de dollars en actifs étrangers. D’autres fonds de pensions et fonds d’assurances ont suivi l’exemple créant une demande énorme sur un marché déjà en manque de devises.

Par ailleurs, la politique de hedging du Mauritius Sugar Syndicate fait que le plus gros vendeur du marché vende ses devises longtemps à l’avance. Ce qui fait qu’il n’a bien souvent pas grand-chose à offrir. En juillet 2005, le syndicat a offert 2,1 millions de dollars à la vente. D’un autre côté, le plus important demandeur de devises, la State Trading Corporation voient ses besoins se multiplier à mesure que le cours du pétrole flambe sur les marchés internationaux.

Et le marché ne voit pas le bout du tunnel malgré les rentrées de recettes sucrières. Le marché est toujours à court de devises actuellement. “Il y a un gros manque actuellement. Je sais qu’il y a des listes d’attentes dans certaines institutions bancaires”, déclare un banquier.

Pour un autre opérateur du marché, il y a actuellement un marché parallèle virtuel : il y a un taux pour les petits montants et un autre pour les sommes plus conséquentes. Ceux qui détiennent des volumes de devises importants réclament une prime et ceux qui ont besoin justement de grands montants sont forcés de participer à la surenchère.

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