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Les Palestiniens reviennent dans les ?zones de la mort?

22 août 2005, 00:00

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Dans les ruines d?une maison abandonnée quatre ans plus tôt, Khadidja Salama s?assied sur un matelas et un large sourire éclaire son visage.

Avec le retrait israélien de la bande de Gaza, les Palestiniens osent à nouveau s?aventurer dans des quartiers transformés en champs de bataille de la lutte entre activistes attaquant les colonies juives et soldats israéliens les défendant.

Quiconque pénétrait ces ?zones de la mort?, comme les appelaient les Palestiniens, risquait d?être tué.

La maison de Khadidja Salama est située entre Neve Dekalim, plus grande colonie de Gaza jusqu?à son évacuation complète vendredi, et le camp de réfugiés de Khan Younès, bastion des activistes palestiniens de la seconde intifada.

?Je remercie Dieu pour cela?, s?exclame-t-elle en retrouvant une maison désertée en raison des tirs incessants.

?Dès que quelqu?un tirait une balle en direction de la colonie, l?armée répliquait de partout?, se souvient-elle.

Tout autour de Khan Younès, les bulldozers israéliens ont progressivement rasé les habitations qui servaient, selon l?armée, de postes de tirs aux activistes.

Pour les Palestiniens, ces destructions n?étaient rien d?autre que des punitions collectives.

?On dirait vraiment Hiroshima, mais à une moindre échelle bien sûr?, compare Marouane Aouade, un agent de sécurité palestinien, en désignant les décombres et les structures en métal tordues des maisons détruites.

Dans le camp de réfugiés, des photos de Palestiniens tués pendant la seconde intifada ont été accrochées sur les poteaux électriques. Leurs noms sont peints sur les murs à côté de slogans tels que : ?La résistance a vaincu l?occupation.?

Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a présenté son projet comme un moyen de ?désengager? l?Etat juif de son conflit avec les Palestiniens mais pour les groupes radicaux palestiniens, ce retrait est une victoire de leur lutte armée.

En accord avec les forces israéliennes, Aouade et ses hommes ont pris position près des colonies juives afin d?éviter toute attaque d?activistes et pour permettre à Israël d?achever son retrait dans le calme.

Il faudra probablement des semaines avant que le dernier soldat israélien ne quitte la bande de Gaza. Pourtant, la situation semble déjà apaisée côté palestinien : des garçons jouent au football pieds nus sur les dunes de sable entourant Khan Younès et quelques curieux s?approchent des miradors israéliens pour mieux apercevoir les colonies évacuées.

?Nous espérons qu?une fois tous les colons et tous les soldats partis, ce chapitre de sang et de destruction sera refermé?, déclare Khadidja Salama.

Démolition des maisons désertées

Reprenant leurs évacuations forcées après la pause de samedi pour cause de sabbat, les forces israéliennes ont pénétré hier à l?intérieur de Katif et d?Atzmona, deux des quatre colonies de la bande de Gaza où se trouvent encore des réfractaires.

A Katif, les occupants ont mis le feu à des gerbes de foin, à des pneus et à des planches à l?entrée principale. Des dizaines de soldats ont contourné l?obstacle et sont entrés en franchissant une barrière non loin de là. Une épaisse fumée noire s?élève dans le ciel.

Un colon de Katif, Haïm Ben-Arieh, a dit espérer une intervention divine pour empêcher l?évacuation : ?Le grand miracle peut se produire, ici à Katif, avec l?aide de Dieu.? Un peu plus tard, des policiers casqués et équipés de matraques en bois sont arrivés en car devant Atzmona et sont entrés dans la colonie, communauté agricole qui ne compte que quelques dizaines d?habitants.

Sur les 21 implantations juives progressivement construites dans la bande de Gaza depuis 1967, quatre n?étaient toujours pas, hier, totalement abandonnées par leurs habitants.

Après Katif et Atzmona, les unités israéliennes interviendront également dans la petite implantation de Shalev, déjà quasiment désertée, avant de se tourner demain vers la dernière colonie de ce territoire, Netzarim, bastion isolé de juifs ultras situé à proximité de la ville de Gaza.

Devant une habitation d?Atzmona, les opposants au retrait ont érigé un petit cimetière factice, en carton, qu?ils ont baptisé le ?cimetière des oppresseurs?. Deux des fausses tombes portent le nom, d?une part de Hitler, d?autre part de Yasser Arafat.

Plus de 85 % des 8 500 colons ont quitté ou ont été évacués de la bande de Gaza, mais les récalcitrants ont reçu le soutien de plusieurs centaines de manifestants, souvent jeunes, qui n?ont pas hésité à affronter les forces de l?ordre lors des évacuations forcées.

La mise en oeuvre du plan de retrait du Premier ministre Ariel Sharon a été deux fois plus rapide que les projections du gouvernement. Deux des quatre colonies de Cisjordanie concernées par le projet doivent cependant encore être évacuées et l?armée s?attend à un baroud d?honneur des ultranationalistes à Sanur et Homesh, en raison de la signification religieuse prêtée à ces implantations.

En accord avec l?Autorité palestinienne, les forces israéliennes devaient également commencer hier la démolition complète des maisons désertées de la bande de Gaza, territoire densément peuplé où les Palestiniens souhaitent construire des immeubles.

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