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Majeed Khadaroo un amour d?orchidées
Silence total, couleurs sublimes, atmosphère mystique. On s?approche, on hume, on admire. Nous sommes au c?ur de Quatre-Bornes, pourtant on se sent comme à des années lumières de toute agitation. Cet univers onirique se trouve dans une des serres de Majeed Khadaroo, un homme dont les rêves sont peuplés d?orchidées. Au départ c?est intimidant. Pgalaenopsis, cattleya, cymbidiums. On se dit « mince alors, comment allons-nous communiquer avec cet homme qui ne parle que le langage des fleurs ? » Mais petit à petit, notre hôte inspiré, nous fait basculer dans son monde floral.
À l?âge de neuf ans déjà, ce fils de planteur de cannes à sucre, crée un rosier hybride. « J?ai greffé deux rosiers. Je voulais avoir des roses de deux couleurs différentes sur une même plante. » En 1960, un voyage en Angleterre et une visite au Kew Garden, vont métamorphoser sa vie. Il a le coup de foudre pour les orchidées et apprend que ces fleurs poussent encore mieux dans les pays tropicaux.
De retour à Maurice, Majeed se met en quête d?orchidées. À l?époque, très peu de gens connaissent cette fleur. « On m?a dit que c?était une perte de temps, d?argent et d?énergie, que c?est difficile de faire pousser des orchidées. » Mais passionné comme il est, il ne baisse pas les bras et passe des commandes à l?étranger.
Deux ans plus tard, Majeed possède déjà une petite collection. Le climat de Beau-Bassin n?étant pas propice à ses plantes, il déménage alors pour Quatre-Bornes et à partir de là, on ne peut plus l?arrêter. Il nous dit presque qu?il aime ses orchidées plus que ses enfants.
« Je ne peux pas décrire ce qu?on ressent quand on a l?amour des plantes. J?ai créé une douzaine d?orchidées uniques. Tous les jours vous attendez qu?elles fleurissent et quand trois ans après les fleurs sortent, c?est un plaisir intense, c?est un peu comme un enfant qui s?épanouit. » Il avoue avoir négligé sa famille et avoir abandonné son métier de chirurgien dentiste pour s?adonner à sa culture.
C?ur battant, Majeed a beaucoup voyagé et a traqué des orchidées dans plusieurs pays : Paris, Londres, Colom-bie, Pérou, Thaïlande, Inde. C?est ainsi que ses serres offrent une joyeuse diversité. On trouve environ dix mille plan-tes répertoriées dont Reyhaan bag, Falcon crest, Taj Mahal, Château Vallon et Bois d?oiseau.
Dans des bacs, sur les bords des fe-nêtres, sur des galets, elles sont partout, même sur des morceaux de bois ou de polystyrène qui arborent des fleurs chatoyantes. « J?avais 25 000 plantes, mais j?ai dû m?en débarrasser parce que seul, je ne pouvais pas m?en occuper. »
Une sensibilité à fleur de peau
Les orchidées ont une sensibilité à fleur de peau. Il faut s?en occuper tous les jours, les arroser, sécader les feuilles mortes, vérifier leur altitude, l?humidité, la température des serres. « Il faut les gâter, les écouter parce qu?elles vous disent quand elles ont soif ou quand elles sont malades. Et puis de temps en temps, il faut les emmener dans la maison, les admirer, les prendre en photo. »
Pas la peine de décrire ce qu?il ressent quand un cyclone s?abat sur ses plantes et quand des voleurs lui « rendent visite ». Majeed Khadaroo a par ailleurs écrit un bouquin sur la culture d?orchidées à Maurice, il s?est arrangé pour qu?ils soient sur des timbres-poste.
Grâce à l?Orchid Society of Mauritius qu?il a fondée avec d?autres collectionneurs en 1980, il espère propager ce virus pour les orchidées. « Parce qu?ils sont regroupés, les collectionneurs arrivent à partager leur expérience, à commander des plantes en groupe. Nous voulons aussi sensibiliser le gouvernement sur les orchidées qui disparaissent de nos forêts. »
Cette société compte aujourd?hui 120 membres et fêté son jubilé d?argent le 26 août. Elle est affiliée à l?American Orchid Society et jumelée aux Orchi-dophiles réunis de Belgique. Cela permet aux collectionneurs de Maurice d?être informés sur l?actualité des orchidées dans le monde.
Au moment de quitter notre hôte et son monde coloré, on se sent serein. Rien à emporter, sauf l?image d?un panorama, une atmosphère et le parfum des orchidées. Un petit bémol toutefois. Cette dernière phrase de Majeed : « Mon drame c?est qu?après moi, il n?y aura personne pour prendre la relève de mes serres. Enfin, peut-être qu?un de mes fils (il en a trois, un qui vit en Turquie, un autre à Singapour et un autre qu?il considère comme un globe trotter) reviendra à Maurice pour s?en occuper. Sinon il faudra vendre mes orchidées à l?encan. »
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