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La désillusion de Marie
Marie n?a que 40 ans et sa vie est une longue suite de drames. Dans le bidonville rocailleux de Tranquebar, aussi appelé Bangladesh, où elle a échoué avec ses huit enfants, elle n?a côtoyé que la misère noire et la violence.
Les disputes entre Christian et Jean-Christophe, ses deux fils âgés de 22 et 19 ans et Herman, son concubin de 28 ans, font partie de son lot quotidien. « Souvan zot ti gaign diskision me premie foi zot inn fer disan koule », relate-t-elle en frissonnant. Christian, son fils aîné, est entré dans une rage folle, mardi, lorsqu?il a su que son beau-père avait pris un de ses CD. « Demin gramatin to ava gaign li », lui a répondu ce dernier.
Il n?en a pas fallu davantage pour qu?une nouvelle dispute éclate. Mais cette fois, Christian aurait empoigné une machette et aurait asséné un coup à la tête de Herman. Jean-Christophe, qui « zame panne leve lame lor personn », lui aurait envoyé un coup de pioche au visage. En tentant d?intervenir, Marie aurait récolté une volée de coups. Herman, blessé à la tête, a dû se rendre à l?hôpital.
À y regarder de plus près, les deux frères n?ont jamais cessé de tourmenter leur mère. Employée comme garde-malade pour le moment, elle sera bientôt sur le pavé en raison du départ de ses patrons. « Premie-la marie, ena de zenfan.
Li rest enn kote. Deziem-la ena enn lasam kot so frer, so linz moi ki lave. Zot pa travay, zot manz kot moi, zot pran seki zot oule. »
Depuis la bagarre, ils font de brèves apparitions dans le quartier. Vendredi, l?un d?eux jouait au cerf-volant dans le terrain vague face à leur cahute. Mais ils disparaissent aussitôt, de crainte peut-être d?être attrapé par la police. Marie affirme que les autorités ont déjà interrogé son concubin lorsqu?il à l?hôpital. Ayant obtenu sa décharge jeudi, Herman ne veut plus entendre parler de Marie et de ses rejetons.
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