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L?âge de raison
Complètement larguées. «Vous savez où se trouve la faculté d?agriculture ?» La voix fluette, la silhouette aussi, Virginie Frédéric, étudiante en première année, interroge d?autres étudiants déambulant sur le campus. à ses côtés, Christina Ignace consulte fébrilement sa montre. «On est déjà en retard pour un cours de linguistique.»
Pas le temps de se poser des questions. De chercher à savoir pourquoi ce cours de lettres ne se tient pas dans les locaux de la faculté des sciences humaines. Des lieux que les deux jeunes filles fraîchement inscrites en BA Honours Joint Humanities in English and French, apprennent à connaître depuis la rentrée, lundi.
Il est plus de onze heures. Cela fait pratiquement un quart d?heure que le cours du Dr Daniella Police-Michel a commencé sans Virginie et Christina. Le regard vide, elles restent plusieurs minutes sans comprendre, devant un plan du campus. Enfin, quelqu?un pointe en direction des bâtiments se trouvant au bout de la pelouse verdoyante située devant la bibliothèque.
Au pas de course, Virginie et Christina traversent la pelouse. Nous les suivons, histoire de mieux cerner cet aspect de la transition du collège à l?université. Contrairement aux apparences, les deux copines ne sont pas des timides débutantes. De ces adolescentes insipides d?avoir été trop couvées. Après s?être trompées de porte et avoir rebroussé chemin, les deux anciennes du collège du Bon et Perpétuel Secours racontent qu?avant le campus, elles ont connu le monde du travail.
«On a plus de liberté»
«J?ai été employée comme caissière pendant un an à la Mauritius Commercial Bank», livre Christina. Et Virginie de renchérir, «Moi aussi. J?étais au département des ressources humaines.»
Ne plus percevoir un salaire mensuel de Rs 6 000 à Rs 7 000. Revenir à l?état de dépendance financière sur papa et maman. «Cela a été difficile», avoue Christina. «Il faut être forte et bien encadrée pour prendre la bonne décision.» Il est primordial aussi de savoir vers quelle filière s?orienter. «Je veux être chroniqueuse.» Petit moment d?hésitation. «Mais je crois que ça n?existe pas ici.»
L?engouement de la nouveauté est encore bel et bien présent sur le campus. «Cela nous est arrivé plusieurs fois. Quand on croise certains étudiants de deuxième ou de troisième année ils disent, «Sa sir premie lane sa, guet zor zar, fini kone.» L?anecdote est de Kevina Choolhun, nouvelle recrue en Computer Studies. «Pa kone kouma zot trouv sa, sipa ekrir lor figir sa.»
Ce n?est pas ses nouvelles copines rencontrées lundi : Chitra Chamilall, inscrite en Management et Ramila Vencatasami en Computer Studies qui risquent de s?égarer sur le campus de Réduit. Deux semaines avant la rentrée, c?est avec attention qu?elles ont suivi la session d?orientation organisée par l?union des étudiants de l?université. «On nous a montré où est le laboratoire, le gymnase, la salle commune, la cafétéria, le plaza?»
Du premier jour, ils gardent pour la plupart un souvenir marquant. «Mo ti mari strese», raconte Kevin Molico, inscrit en Computer Studies. Une semaine n?est pas encore passée que Kevin confirme que «tou finn bien sanze». Avec aplomb, il dit avoir acquis plus de confiance en lui-même.
Les filles aussi sont unanimes. «On a plus de liberté, les parents nous font plus confiance.» Révolue l?époque où il fallait être à la maison à 15 heures après la fin des classes à 14 h 30. «Les parents savent qu?on finit à 16 heures, mais ils sont plus flexibles.»
Au milieu des hochements de tête, nous abordons la question de l?uniforme. C?est le mot «liberté» qui revient. «C?est vrai qu?en portant l?uniforme du collège, on avait un sens d?appartenance qu?on ne ressent pas forcément à l?université», explique Kevina. «Aster la, jean avek top ki finn vinn iniform.»
Malgré les sourires de quelques éléments masculins de sa classe, c?est avec l?approbation de ses nouvelles copines que Kevina raconte qu?elle met plus de temps à choisir sa tenue pour venir en cours. «C?est parce qu?on est exposé à plus de regards.»
Si Kevin rigole en entendant parler de ces coquetteries, il nous livre volontiers les siennes. «Zame mo pa pou met enn sort ou soit enn pantalon latoil pou al kour.» Cet amateur de T-shirt griffé a aussi pris la précaution de se choisir un sac «plus petit», de se trouver une nouvelle coiffure nécessitant un volume important de gel.
Autre question primordiale : l?argent de poche. Garçons et filles sont unanimes. Pour ces jeunes de 19 ? 20 ans, le passage du collège à l?université est une vraie manne. «Kass la finn double». Certains avancent des chiffres : le collège équivalait à Rs 50 par jour alors que le campus vaut Rs 100 par jour. «Mo gagn mo sigaret tou», confie l?un de nos jeunes interlocuteurs.
Si les filles confirment avoir emprunté le même chemin de liberté, le comportement de celles que nous avons croisé, a des allures de cinglant démenti. Réticentes pour donner leur avis, elles préfèrent laisser s?exprimer les garçons et marquer leur approbation de temps en temps?
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