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La volonté decommuniquer sans limites
La différence entre la Bettina Cadinouche du premier mandat de Navin Ramgoolam et celle du présent mandat est essentiellement une d?apparence physique. La belle a, en effet, sacrifié sa longue chevelure pour une coupe à la garçonne avec accroche-c?ur sur le front et les tempes. La garde-robe est résolument aux tailleurs-pantalons.
Un choix, spécifie-t-elle, non pas dicté par les coups de griffe dont elle a fait l?objet dans une certaine presse aujourd?hui défunte, mais par son affectation professionnelle récente. «Je viens de passer quatre ans comme copywriter à l?agence Circus, située à Floréal. Pour aller au studio, je devais régulièrement emprunter un escalier en colimaçon. L?environnement de travail fait évoluer les habitudes. De ce fait, ma garde-robe s?est étoffée de pantalons.»
C?est sans nul doute d?Annie, sa mère, une Française qui a fait de Maurice son pays d?adoption après son mariage avec le dermatologue mauricien, feu Elias Cadinouche, que Bettina tient son aisance à s?exprimer. Les enfants Cadinouche ? ils sont trois ? sont élevés selon les valeurs républicaines de liberté, d?égalité et de fraternité et ont pour pratique religieuse le libre-arbitre. «Ce qui fait que je ne me sens Mauricienne à part entière.»
À sept ans, Bettina décide qu?elle sera un jour avocate. Si bien qu?à la fin de ses études au Lycée Labourdonnais, elle s?envole pour la France et se fait admettre à l?université de Montpellier. Elle étudie pour obtenir un Diplôme d?études universitaires générales (Deug) en droit. Mais bien qu?ayant réussi son examen, elle réalise qu?elle est «trop littéraire, trop diffuse» alors que le droit suppose la concision. Elle n?insiste pas, optant alors pour une licence en commerce international qu?elle accomplit à la Réunion. Un des plus importants modules de ses cours a trait à la communication. Pour elle et pour son professeur, c?est une révélation.
Elle doit accomplir son stage de fin d?études à l?étranger et frappe à la porte du Commissaire à l?artisanat, cellule qui conseille et fait la promotion de l?artisanat réunionnais à l?étranger. Cette instance lui offre une demi-bourse pour la réalisation d?une étude de marché au Japon. Elle s?envole pour Tokyo, la valise remplie d?échantillons de broderies de Cilaos, de vanille et d?huiles essentielles. C?est avec un art consommé que Bettina qui a indéniablement un talent de conteuse, relate son périple japonais, notamment son étonnement quand les douaniers décompressent au beau milieu de la journée en faisant du tai-chi-chuan devant leur comptoir.
Sa licence obtenue, Bettina se laisse embaucher par le Conseil Général de la Réunion pour organiser le premier Festival du livre de l?océan Indien. Tour de force qu?elle réussit en huit mois avec pour toute aide une seule assistante. Impressionné, le Conseil Général la recrute pour diriger la section livres à la Direction de la culture. Si Bettina s?y plaît, elle a besoin de défis. Elle lâche tout au bout d?un an pour être responsable de la communication de la commune de Ste-Marie.
Elle rejoint par la suite le groupe Caillé, numéro deux de la grande distribution et de l?automobile pour s?occuper de leur communication interne et externe. Elle crée et anime, pendant plus de deux ans, leur journal d?entreprise qu?elle nomme Le Petit Caille Illustré.
Opportunité unique
Femme en quête de nouveaux défis à relever, elle est séduite par le chant d?une autre sirène, celle de la mairie de St-Denis qui recherche une attachée de presse. Bettina prend alors toute la mesure de l?univers politique français à la Réunion. «J?ai travaillé sur des campagnes électorales tant cantonales que présidentielles. C?était passionnant d?être au c?ur de la stratégie politique, d?autant plus que j?étais Mauricienne et qu?à ce titre, mon implication n?était pas affective. Mais je ne ferai jamais cela à Maurice.»
Bettina finit par avoir la nostalgie de son île natale qu?elle a quittée 14 ans plus tôt. Elle rentre. On est alors en 1996. Cela fait un an que Navin Ramgoolam a été élu Premier ministre et Alain Gordon-Gentil, ami de la famille Cadinouche, agit comme responsable de sa communication. Ce dernier qui a suivi le parcours de Bettina, propose à la jeune femme de l?aider. Elle accepte d?abord en raison de leur amitié. Ensuite, c?est parce qu?elle a conscience qu?une telle offre pour une professionnelle de la communication est une opportunité unique.
Si elle est mise en garde contre d?éventuelles critiques, elle est choquée par leur violence. «C?était des coups bas parce que j?étais une femme qui a longtemps séjourné hors du pays. Mais bon, j?ai les épaules larges. Cela ne m?a pas empêché d?agir en professionnelle et d?être disponible pour tous les journaux, y compris ceux qui m?avaient injustement salie.»
Après deux ans et demi au Press Office, Bettina, qui rêve de connaître Madagascar, va à la rencontre de la Grande île où elle reste un an. à son retour, elle se met en quête d?un emploi. Elle réalise avec effroi lors d?une interview pour un emploi de directeur de communication au sein d?un grand groupe du secteur privé ? poste correspondant à son profil professionnel ? qu?on lui a collé une étiquette politique au dos et qu?elle n?obtiendra pas l?emploi pour cette raison. «C?était subtil mais bien présent.» Elle n?insiste pas. Heureusement qu?il y a l?agence Circus où elle découvre l?univers fantastique de la communication à travers les yeux du secteur privé.
Au début du mois, un émissaire du nouveau Premier ministre la contacte pour lui proposer le poste de Senior Advisor en communication. Elle est agréablement surprise car cela signifie que «mes compétences sont reconnues, qu?il y a un climat de confiance établi entre le Premier ministre et moi ». Cependant, elle s?accorde une réflexion car sa vie est construite entre Floréal où elle travaille et Tamarin où elle vit. Elle pense à l?étiquette politique et aux portes qui lui seront fermées au nez mais décide que c?est un risque à courir.
Disponibilité totale
Sa communication sous l?actuel mandat de Navin Ramgoolam ne sera guère différente du premier mandat de ce dernier. «Je suis dans la même logique qui est de communiquer de façon la plus fluide qui soit entre le gouvernement et la population, en sachant que la presse est la courroie de transmission.»
Ce qui changera, c?est le mode de communication. «Avant, c?était l?ère de la télécopie. Aujourd?hui, ce sera davantage le courrier électronique et l?habituel téléphone. Je compte aussi dépoussiérer le site Internet du gouvernement, avec l?accord du Premier ministre bien entendu.»
Il a été question de boycott de certains titres de presse par le gouvernement. S?alignera-t-elle sur les consignes ? Bettina réplique qu?il n?y a pas eu et qu?il n?y aura pas de boycott. «Je suis une professionnelle de la communication. Ma disponibilité pour la presse, qu?elle soit écrite ou parlée, sera totale. Si le Premier ministre veut montrer du doigt tel ou tel titre au cours d?une de ses conférences de presse, c?est son droit et son choix. Il est un grand communicateur. Mon rôle à moi est de faciliter la communication entre l?état et la population par presse interposée. C?est ce que je ferai et pour toute la presse.»
Bettina ignore combien de temps elle restera en poste. Sa seule certitude est que sa proximité avec le pouvoir n?aura pas d?impact sur sa personnalité. «Je suis et resterai toujours la même Bettina? »
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