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Prévenance

19 août 2005, 00:00

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?Put people first?. Ce slogan est un lieu commun en politique. De Jean Chrétien à Bill Clinton, en passant par le Premier ministre chinois Wen Jiabao, de nombreux dirigeants ont usé du précepte, à un moment ou à un autre, pour leur projet de gouvernement. L?expression a cela d?efficace qu?elle réconforte instantanément, qu?elle propulse en priorité nationale des besoins élémentaires, bien entendu ignorés jusqu?à eux. Mais le titre d?une chanson ne suffit pas à en faire un tube. Ces dirigeants-là le savaient.

Quand le candidat américain à la présidence intitulait ainsi, en 1992, son programme économique, il explicitait immédiatement le slogan par un projet de créer 22 millions d?emplois et exposait les moyens concrets et chiffrés qu?il se donnait pour y parvenir. Quand Wen reprenait le slogan en 2004, suivait immédiatement un plan détaillé pour créer en cinq ans 14 millions d?emplois aux paysans et aux licenciés. L?Etat chinois, en pleine prospérité, cherchait ainsi à développer plus ?humain?.

Le ?put people first? de Ramgoolam n?a pas les mêmes accents. Il ne voit pas aussi loin, du moins pas avec autant d?acuité. A ce stade, le principe aura consisté en une poursuite de l?assistance en évitant de faire comprendre à l?assisté qu?il faudra demain qu?il se tienne seul sur ses pieds parce que la pression sera trop grande sur les dépenses publiques, parce qu?il faudra se battre pour survivre. Est-ce réellement dans l?intérêt de la population de lui envoyer comme signal que rien n?a changé sous le soleil ? Nous mettons déjà beaucoup ?people first? à la manière dont le fait le gouvernement aujourd?hui ? l?éducation gratuite pour tous, la santé gratuite pour tous, les logements sociaux. Dans une période où menacent la récession et le chômage, l?expression ne devrait-elle pas être autrement interprétée ? ?Put people first, tell them the truth??

Sans doute le transport gratuit indépendamment des niveaux sociaux ou la pension rétablie étaient-ils essentiellement des promesses électorales qu?il fallait honorer. Sans doute ne devrait-on retenir de ces épisodes que la magnanimité dont une population aime à savoir son chef capable. Sans doute faut-il y voir quelque chose du pied de nez aux prédécesseurs du gouvernement qui ont rendu l?école obligatoire sans donner les moyens aux enfants de s?y rendre. Mais s?il a vraiment l?intention de ?care for the people?, c?est à autre chose que des mesures cosmétiques que ce gouvernement doit s?atteler. Un programme social soit, mais fondé sur la responsabilité personnelle, la création d?emplois à travers la réforme du marché du travail, l?égalité des chances à travers la réforme d?un système de formation qui rejette aujourd?hui plus de 2 000 candidats et des mesures ciblées pour les 20 000 familles les plus démunies.

La tâche n?est pas aisée. Le ministre des Finances qui a la clé de changements socioéconomiques et qui annonçait un nouveau budget ou une série de mesures aussitôt après le discours-programme, ne l?a toujours pas fait. On serait plus rassuré si l?on entendait se bousculer dans les couloirs de l?Hôtel du gouvernement les experts identifiés pour assister l?équipe dans la réalisation de ses intentions. Ce n?est pas vraiment l?ébullition. La période des cent jours est pourtant aussi celle où les ambitions et l?enthousiasme sont les plus manifestes.

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