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“Nous sommes revenus à l’âge de pierre du contrôle des prix”

17 août 2005, 00:00

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● <B>Quelle a été la réaction de la Chambre de commerce et d’industrie lorsque le contrôle des prix a été réintroduit sur le lait ?</B>

La manière unilatérale avec laquelle cela a été fait nous ramène à l’âge de pierre du contrôle des prix dans la forme où elle a existé dans les années 70-80.

Cela nous a pris 20 ans pour amorcer la libéralisation des prix qui a commencé à la fin des années 80. Ce processus a été mené de manière graduelle et dans la concertation, entre la Chambre et les associations des consommateurs. Ce qui a permis de réduire graduellement la liste des produits dont les prix sont administrés. Il y a aujourd’hui dix produits dont les prix sont fixés et cinq qui sont assujettis à un système de maximum mark-up price contre des milliers de produits dans les années 70.

L’initiative du gouvernement d’imposer un mark-up sur le prix du lait remet en cause les acquis de la libéralisation et c’est cela qui est inquiétant. La libéralisation des prix a apporté une sophistication du commerce, un enrichissement de l’offre, une gamme et une qualité de produits qu’on ne retrouve pas chez nos voisins de l’Afrique sub-saharienne.

● <B>Vous craignez que la liste des produits administrés s’allonge…</B>

Ce qu’on a fait pour le lait peut être répété et sans consultation. Les opérateurs disent qu’ils n’ont pas été consultés. On s’est contenté de déterrer une vieille formule qui date des années 80 sans l’améliorer pour tenir compte des développements intervenus depuis sur le marché du lait.

Ceux qui importent du lait en vrac pour l’empaqueter localement et ceux qui importent des produits finis déjà sous emballages ont été logés à la même enseigne. On a omis de tenir en compte les frais locaux pour ceux qui importent du lait en vrac.

Avec une marge fixée à 14 %, leur situation est intenable. On estime que les importateurs de lait en vrac représentent environ 90 % du marché local. Ils pourront difficilement survivre car ils ont les frais d’empaquetage, de distribution et de marketing à payer. Quelque 200 emplois directs pourraient être menacés.

Un opérateur qui importe du lait déjà emballé, pourrait peut-être survivre. Mais il faut savoir que le fret coûte deux fois plus cher pour du lait déjà emballé et que l’emballage fait à l’étranger coûte aussi plus cher.

On risque donc de voir rapidement disparaître les opérations d’empaquetage de lait en vrac. En plus avec les marges réduites, ceux qui ne vendent pas un volume suffisant seront éliminés du marché. Certains nous disent déjà qu’ils ne pourront plus continuer à opérer. D’autre part, le prix du lait déjà empaqueté à l’étranger sera plus cher qu’avant le contrôle des prix.

On assistera nul doute à une concentration des parts de marché entre les mains de certains opérateurs tandis qu’avec la libéralisation du prix du lait à partir de 1994, il y a eu une multiplication des opérateurs et une offre plus diversifiée.

● <B>Mais malgré tout, nous sommes toujours dans une situation où un opérateur contrôle 65 % du marché...</B>

Cela résulte en fait de la fusion de deux producteurs de lait en Nouvelle-Zélande. Deux marques de lait qui occupaient déjà des parts importantes du marché sont revenues, presque par accident, à un seul importateur.

Malgré cela, la Chambre continue de penser que le marché du lait est un marché concurrentiel. Si on suit l’évolution de ce marché sur ses vingt dernières années, on se souviendra qu’il y a eu dans le passé des marques représentant 70 % de parts de marché, qui ont finalement disparues. C’est le consommateur qui décide.

● <B>Dans le débat de ces dernières semaines concernant le marché du lait, on a évoqué des marges de profits importants et le mot “ profiteering” a même été lancé…</B>

Il ne faut pas qu’il y ait de confusion entre marge et profit. La marge, c’est la différence entre le prix à l’importation et le prix à la vente au détail. La marge de 14 % accordée par le gouvernement doit couvrir les frais de dédouanement, les frais financiers, l’empaquetage, la distribution, le marketing et la publicité. Ce sont des coûts réels.

Il y a ensuite la marge de l’importateur, du grossiste, du distributeur et du détaillant. Le chiffre de 14 % date des années 80 quand on avait accordé une marge de 6 % à l’importateur, 2 % au grossiste et 6 % au détaillant.

Aujourd’hui, le marché a évolué. Il est plus sophistiqué et plus concurrentiel, ce qui implique des coûts additionnels pour le marketing et la publicité.

Les taux de profits dans ce créneau sont très raisonnables et même souvent presque en- dessous de la moyenne, 2 % seulement. New Zealand Milk Mauritius a réalisé un chiffre d’affaires de Rs 713 millions pour un bénéfice de Rs 15,5 millions, ce qui donne un taux de 2 %.

Par ailleurs, il est bon de rappeler que parmi les produits dont les prix sont administrés par un système de mark-up, la marge accordée varie entre 25 et 45 %. La marge de 14 % pour le lait est donc une aberration et un anachronisme.

● <B>Vous craignez la disparition de certains importateurs de lait en vrac mais la possibilité que la State Trading Corporation (STC) se lance dans l’importation du lait a été évoquée…</B>

Dans un marché concurrentiel, les opérateurs privés peuvent continuer leurs activités même avec la présence d’un importateur étatique. Si le gouvernement pense qu’un opérateur public peut faire du bien au marché, nous ne disons pas non car nous sommes pour la concurrence. Mais nous sommes pour une concurrence saine et à pied d’égalité. Il ne faudrait pas que l’organisme public obtienne des avantages déloyaux.

À la rigueur, on préférerait la concurrence d’un organisme public au contrôle des prix. Si le gouvernement veut par ce moyen vérifier la réalité des prix, nous n’avons pas d’objections.

<B>“Si le gouvernement pense qu’un opérateur public peut faire du bien au marché, nous ne disons pas non car nous sommes pour la concurrence. Mais nous sommes pour une concurrence saine et à pied d’égalité.”</B>

● <B>Malgré les objections de la Chambre concernant le principe même du contrôle des prix, le consommateur a l’impression que le gouvernement est intervenu pour le protéger des abus des commerçants malhonnêtes…</B>

Il n’y a rien de plus émotionnel que la variation des prix des produits de consommation courante. Les consommateurs voient toujours les prix augmenter plus vite qu’en réalité. Même quand une hausse est justifiée, le consommateur le vit mal.

Toute action visant à réduire ou à empêcher une hausse des prix est effectivement applaudie et les consommateurs ont tendance à diaboliser ceux qu’ils jugent responsables de la hausse des prix.

C’est déraisonnable pour un gouvernement d’alimenter ce sentiment et de se porter comme garant de la justesse des prix. Pour un pays comme Maurice, un net food importer, qui est impuissante face aux fluctuations des prix et des taux de change, le gouvernement se met en porte à faux en créant l’illusion qu’il peut influencer sur les prix.

L’Automatic Price Mechanism pour réglementer les prix des produits pétroliers a été au contraire un succès. Mais il est dommage de constater qu’il a été perverti par l’intervention des politiques. En attendant, le déficit de la STC grandit.

La Chambre de commerce et d’industrie milite depuis des années pour la mise en place d’organismes de régulation tels que l’office of fair trading et le competition tribunal. Les lois ont été votées et il faut que ces institutions deviennent opérationnelles.

● <B>Les consommateurs se plaignent que les prix ne baissent jamais même quand, par exemple, les taux de change sont plus favorables…</B>

Tout opérateur qui peut faire un bénéfice additionnel n’hésitera pas à le faire. Un opérateur qui importe une gamme de produits, doit parfois utiliser les bénéfices réalisés sur un produit qui se vend bien pour compenser les pertes enregistrées sur un autre produit.

Je ne conteste pas qu’il y a des imperfections à corriger mais il faut des instances indépendantes pour surveiller le marché.

De plus, je suis un partisan du dialogue. Je pense que le gouvernement peut, à travers la Chambre, organiser des consultations avec les opérateurs pour résoudre les problèmes ponctuels. à travers le dialogue, on peut trouver des solutions.

On ne doit pas perdre de vue que le commerce contribue à 11 % du produit intérieur brut. C’est un secteur qui emploie 75 000 personnes et qui a créé 10 000 nouveaux emplois ces cinq dernières années. Les investissements cumulés dans le commerce se sont élevés à Rs 12 milliards entre 2000 et 2004.

Dans notre stratégie d’ouverture économique, le commerce est un secteur qui peut créer des emplois et de la valeur ajoutée. C’est un secteur qu’il faut réguler mais pas tuer. Le contrôle des prix peut être un frein à l’investissement et à l’entrepreneuriat

<I>Propos recueillis par </I> <B>Stéphane SAMINADEN</B>

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