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?Faire de Maurice une référence en médecine de pointe?

4 août 2005, 00:00

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● Quelles sont vos priorités en tant que ministre de la Santé ?

Il y en a tant. Mais il faut d?abord voir les plus urgentes. La priorité de mon ministère est d?améliorer le niveau et la qualité des soins offerts à la population, d?ouvrir l?accès aux services, de veiller à ce que la population bénéficie des services sanitaires de façon équitable, et de répondre à la fois aux attentes du personnel mais aussi des patients. Il ne faut pas oublier que le patient est roi. Tout doit être fait pour que le patient soit satisfait quand il quitte l?hôpital.

● Comment se traduiront ces intentions dans le concret ?

Nous terminerons la construction du nouvel hôpital, Jeetoo qui a suffisamment tardé. Ce dossier sera traité de toute urgence en raison du danger que cet établissement représente tant pour le personnel que pour les patients.

Un hôpital pour enfants avec un personnel spécialisé sera construit. Ce projet aussi bénéficiera de toute l?attention du gouvernement. Il faut achever au plus vite le département des consultations externes de l?hôpital Victoria pour le désencombrer.

Il n?y a plus de place également à l?hôpital SSR. Il faut l?agrandir et rénover son département des urgences. Je crois d?ailleurs que tous les départements des urgences des hôpitaux doivent être revus pour réduire le temps d?attente des patients. Chaque patient doit être accueilli avec courtoisie, compassion et obtenir un service efficace.

● Qu?en est-il du recrutement des médecins ?

Nous devons ensuite remplir les postes vacants pour des médecins généralistes. Pour cela, il faut recruter. D?ici septembre, 75 médecins seront sur le marché.

Je pense aussi au recrutement à l?étranger et sur une base contractuelle de médecins spécialistes dans des filières telles que la chirurgie, l?anesthésie, la cardiologie et la radiologie. Cela, en attendant que ceux qui sont en formation dans les universités de Montpellier et Bordeaux achèvent leur spécialisation.

En parallèle, il faut que les généralistes se spécialisent dans ces mêmes domaines afin d?augmenter leur nombre. Ces spécialisations se feront au Mauritius Institute of Health en collaboration avec les universités françaises et indiennes de renom.

● Quels sont les amendements que vous comptez apporter ?

Je veux amender le Medical Council Act pour conférer à ce conseil l?autorité nécessaire pour qu?il enquête sur des cas de négligences médicales alléguées dans le secteur public. Il pourra aussi revoir les critères d?éligibilité quant à l?enregistrement des médecins-spécialistes afin qu?un plus grand éventail de diplômes de spécialistes, plus particulièrement du Royaume-Uni, soit reconnu. De plus, l?autorité pourra introduire un examen d?entrée pour les médecins nouvellement qualifiés avant qu?ils ne soient autorisés à pratiquer dans le pays.

J?amenderai le Dental Council Act pour permettre aux étudiants de poursuivre leur formation pratique localement sur les patients sans être, au préalable, inscrits auprès du conseil des dentistes. Je veux revoir des législations dont les Food Regulations et le Private Health Institutions Regulations, appliquer des mesures de rétention face aux infirmiers. Certaines recommandations ont d?ailleurs été approuvées par le High-Powered Committee.

Je veux faire voter le Human Tissue Removal Preservation and Transplant Bill pour autoriser les transplantations d?organes sous certaines conditions. Il faut, par ailleurs, mettre l?accent sur la prévention, l?information et la détection précoce des maladies, plus particulièrement celles non transmissibles (MNT). Celles-ci ont atteint des proportions épidémiques.

Accorder une attention prioritaire à la lutte contre le VIH-sida est aussi nécessaire. Nous allons rencontrer les acteurs sociaux pour un état des lieux de la progression de ce mal. Tout comme nous envisageons une réforme complète de la Aids Unit.

● Croyez-vous que la caravane de Santé a été un outil de prévention efficace contre les MNT ?

La caravane de Santé a permis de dépister bien des MNT et prévenir les complications qui y sont liées. Néanmoins, avec les centres de santé offrant déjà ces services et la même proximité à travers le pays, il y a double emploi. Son utilité a donc été revue par rapport à sa rentabilité. J?ai décidé qu?une journée hebdomadaire sera consacrée au dépistage des MNT dans tous les Area Health Centres. Cependant, le service mobile continuera à opérer dans les écoles et les lieux de travail pour ceux qui n?y ont généralement pas accès. Nous ne négligerons pas l?aspect prévention qui est l?éducation à un mode de vie sain et une réduction des facteurs de risques des MNT.

● La Santé est budgétivore et la médecine de pointe onéreuse. Certains pensent qu?il faudrait ponctionner une somme symbolique de la population pour les soins de pointe?

Il est vrai que la médecine de pointe coûte cher et qu?elle est une charge lourde pour le budget national. Mais ce gouvernement pense fermement que la Santé fait partie de l?Etat providence. Rendre la santé payante d?une quelconque façon ne figure pas dans notre programme.

● On vous prête l?intention de ne pas renouveler le contrat des médecins indiens en poste à Maurice. Qu?en est-il ?

Les contrats des médecins sont renouvelés au fur et à mesure qu?ils arrivent à échéance. Il est toutefois normal que, progressivement, les médecins indiens cèdent la place à leurs confrères mauriciens fraîchement diplômés. Le service accueillera sous peu la première cuvée du SSR Medical College. Beaucoup d?autres médecins qualifiés rentreront au pays après leurs études.

● Quels rapports entretiendrez-vous avec le secteur privé ?

La collaboration entre ces deux secteurs existe déjà depuis longtemps. Avec le projet de faire de Maurice un centre de référence en médecine de pointe, je souhaite que la collaboration publique-privée soit consolidée, le secteur privé sera appelé à être partie prenante de l?initiative. Cependant, en tant que citoyen, mon réflexe est de dire que le coût des services dans le privé est prohibitif.

Je pense que, dans un esprit de partenariat, nous devrons trouver une formule qui permettra à un plus grand nombre de personnes d?accéder aux soins privés. Je crois que j?aurai un grand rôle à jouer pour arriver à un juste milieu.

● Le centre de radiothérapie de l?hôpital Victoria, mis sur pied en 1968 pour traiter le cancer, dispose toujours de 45 lits comme à ses débuts. Le nombre de cancers a, lui, augmenté. Comment allez-vous y remédier ?

Mon ministère travaille sur une stratégie globale en vue d?agrandir l?unité de radiothérapie. Sa capacité sera doublée et une salle supplémentaire de 30 lits sera aménagée pour les leucémiques. Nous finalisons actuellement les détails d?infrastructures.

● Pour enrayer la progression du VIH-Sida chez les usagers de drogue par voie intraveineuse, le précédent gouvernement n?était pas contre l?introduction d?un programme de réduction de risques reposant, entre autres, sur l?échange de seringues et l?utilisation de la méthadone et de buprénorphine pour le sevrage. Vous alignerez-vous sur cette position ?

Vu que 93 % de la transmission du VIH-sida se fait par voie intraveineuse, nous explorerons toutes les stratégies possibles de réduction de risques. Nous attendons d?ailleurs l?arrivée d?un consultant des Nations unies pour nous aider dans cette tâche. Mais je dois dire que l?utilisation de méthadone et de la buprénorphine va à l?encontre de notre protocole.

● Les acteurs engagés dans la lutte contre le VIH-sida estiment que le sevrage des usagers de drogue par voie intraveineuse doit se faire dans des unités spécialisées au sein des hôpitaux régionaux. Cela, afin d?atténuer la pression sur les centres et sur les familles accompagnant les toxicomanes?

Traiter et suivre médicalement les usagers de drogue par voie intraveineuse ne peuvent se faire à l?hôpital pour des raisons de sécurité. Les toxicomanes ont un comportement imprévisible et souvent violent, en particulier en période de sevrage.

En les mettant en contact avec d?autres patients, on risque de mettre en péril la sécurité de ces derniers. Ce n?est pas pour rien que le centre récemment ouvert à l?hôpital Brown-Séquard est isolé du reste de l?établissement. Le traitement des toxicomanes doit se limiter aux centres de désintoxication et de réhabilitation.

Propos recueillis par Marie-Annick SAVRIPÈNE

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