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?Un trophée qui nous rappelle qu?il ne faut jamais baisser les bras?

2 août 2005, 20:00

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● Qu?avez-vous ressenti en recevant vendredi dernier le ?Tecoma Award? du magazine ?Eco Australe? récompensant l?entrepreneur de l?année ?

J?ai évidemment été très heureux. Mais j?ai été aussi embarrassé d?être là tout seul à recevoir ce prix alors qu?il revient en fait aux 16 000 travailleurs du groupe Ciel Textile.

Ce trophée est surtout une reconnaissance de la manière dont nous avons pu renverser la situation au sein de l?entreprise après les difficultés de ces dernières années. Ce résultat est le fruit de l?énorme travail collectif du président, Arnaud Dalais, de mon collègue, Eddy Yeung, des six directeurs exécutifs, des 150 managers et des 16 000 employés de Ciel Textile.

J?ai une pensée spéciale pour Arnaud Dalais qui possède des qualités humaines exceptionnelles. Dans la crise que le groupe a traversée, il a su créer un climat propice qui nous a permis, mes collaborateurs et moi, de travailler dans la sérénité et avec le sang-froid qui s?imposait.

● Justement, comment avez-vous vécu cette crise et quels ont été les éléments clés qui vous ont permis de redresser la barre ?

Avec la crise politique et sociale à Madagascar en 2001, le groupe a enchaîné des années très difficiles en 2002 et 2003. En 2002, on a licencié 12 000 personnes à Madagascar. à l?époque, beaucoup de personnes nous avait déjà enterré.

Quand on est dans ce genre de situation, il n?y a qu?une chose à faire : se retrousser les manches et se mettre au travail. C?est ce que nous avons fait.

Quand une entreprise vit une crise, le pire qui puisse lui arriver c?est de perdre non seulement ses clients mais aussi ses cadres et ses compétences. Si cela arrive, c?est fini.

Effectivement quand l?entreprise va mal, certains sont tentés d?aller voir ailleurs et pour les autres entreprises, c?est le moment propice pour essayer de débaucher les meilleurs éléments. Nous avons pu garder la majorité de nos effectifs. Chez nous, aujourd?hui, c?est la même équipe et certains ont été attribués de nouveaux rôles.

Ce ?Tecoma Award ? est pour moi la preuve qu?avec beaucoup de volonté, du courage et un effort soutenu au travail, rien n?est impossible. Ciel Textile aura sûrement d?autres difficultés à surmonter à l?avenir, mais ce trophée sera là pour nous rappeler qu?il ne faut jamais baisser les bras.

C?est un encouragement non seulement pour Ciel Textile mais pour tout ce secteur où on a vu de nombreuses fermetures d?entreprises ces dernières années.

● Vous et Ciel Textile recevez ce ?Tecoma Award? en 2005, l?année de tous les dangers pour le textile-habillement avec l?abolition des quotas?

Cela peut effectivement sembler paradoxal. 2005 était l?année de toutes les peurs pour ce secteur. Et c?est précisément cette année qu?un des plus importants groupes de textile est récompensé pour, entre autres, sa performance financière.

● Comment se porte Ciel Textile aujourd?hui ?

La situation financière est bonne. Les chiffres cette année seront mieux que ceux de l?année dernière. Bien que les mouvements monétaires récents annoncent une année difficile. Madagascar, où nous comptons désormais 6 000 employés, contribue de manière importante à notre profitabilité.

Par ailleurs, le niveau de satisfaction de nos clients est bon, ce qui est de bon augure, car un client satisfait revient.

Nous avons intégré au sein du groupe un concept de unbeatable value qui est la qualité de notre offre et qui repose sur cinq principaux critères : le développement produit, le délai de livraison, la flexibilité, la fiabilité de notre performance et le service et la communication.

En gros, nous offrons des produits plus pointus, le plus vite possible, avec des réassorts rapides pour des clients plus exigeants mais qui paient mieux. Nous bougeons vers le up market. Plus on s?améliore, plus on peut travailler avec une clientèle différente et cela se reflète dans les prix.

Le travail de tous les jours consiste à améliorer inlassablement les divers aspects que je viens d?énumérer. En interne, les indicateurs progressent positivement.

Ciel Textile est constitué de six business units qui ont chacune leurs spécificités. Chacune d?elle en est à un stade différent dans ce processus qui vise le up market. Il y a encore de la marge pour progresser davantage.

?Il faut par tous les moyens empêcher toute nouvelle fermeture d?usine afin de préserver la masse critique et la diversité de l?offre.?

● Quelle est la stratégie future du groupe concernant justement son expansion régionale ?

Madagascar demeure très importante dans notre stratégie. Ciel Textile produit des pulls, des chemises et des T-shirts qui ont chacun un temps de fabrication différent. Plus le temps de fabrication d?un vêtement est long, plus il est difficile de le produire de manière compétitive à Maurice. C?est pour cela que nous avons besoin de la Grande île. Le pourcentage que nous produisons à Madagascar comparativement à Maurice dépend justement de ce temps de production.

Un pull prend 100 minutes à être confectionné. Nous en produisons 50 % à Madagascar et 50 % à Maurice. La chemise a un temps de confection de 40 minutes. Nous pouvons faire 70 % à Maurice et 30 % à Madagascar.

Un T-Shirt se fabrique en cinq minutes et nous n?en produisons que 10 % dans la Grande île. Nous aurions pu produire tous nos T-shirts localement mais cela coûte encore moins cher à Madagascar. Les bénéfices que nous réalisons à Madagascar contribuent à améliorer notre bilan global.

Notre objectif pour le futur n?est pas de get bigger mais de get better afin de viser un marché plus rémunérateur. Notre ambition est de devenir le meilleur en terme de customer satisfaction dans les trois années à venir.

● Au-delà de la région, Ciel Textile a aussi des projets pour l?Asie. Où en êtes- vous ?

L?objectif premier est de renforcer notre position à Maurice. Comment ? La stratégie des clients est de réduire le nombre de fournisseurs. Dans cette mouvance Maurice et la région sont out of the map. L?éloignement de la région et sa petite masse critique posent problèmes.

Il faut donc aller vers des régions comme l?Inde qui est appelée à se développer et devenir très importante, ce qui ne manque pas d?attirer les grands acheteurs.

En ayant des opérations sur place, cela permet de développer des relations avec des clients qui ne viendront jamais à Maurice. Une fois une relation établie, le client ne se souciera pas de savoir si sa commande a été exécutée en Inde ou à Maurice.

Le problème de perception d?insignifiance que nous avons sera ainsi résolu. Nous avons un savoir-faire que nous devons déployer en Inde ou ailleurs.

Pour le moment, nous avons une usine de chemises ? casual shirts ? au Bangalore. Elle est opérationnelle depuis six semaines environ et elle emploie 200 personnes. Dans trois ans, elle aura une capacité de production de 1,5 million de chemises annuellement. Actuellement Aquarelle produit 5 millions de chemises chaque année.

En février 2006, nous ouvrirons une deuxième usine mais cette fois pour produire des chemises de ville haut de gamme. Nous nous sommes associés avec un partenaire italien qui est un des meilleurs fabricants de tissus au monde.

Cette association avec ce partenaire italien sera également bénéfique pour notre fabrique de tissus, Consolidated Fabrics Ltd en termes de partage de savoir-faire.

Après la chemise (Aquarelle), ce sera au tour du t-shirt (Tropic Knits) de s?implanter en Asie. Le fabricant de pulls Floréal Knitwear ira probablement s?implanter en Chine.

Notre objectif est d?être deux fois plus grand en Asie qu?à Maurice tout en maintenant une activité industrielle importante localement.

● Hormis Ciel Textile qui va donc bien, comment jugez-vous la situation en général dans l?industrie du textile-habillement ?

Ce qui m?inquiète le plus, c?est que l?industrie rétrécit alors qu?elle doit absolument conserver une masse et une taille critiques.

Il y a aujourd?hui une douzaine de grosses compagnies qui représentent entre 75 et 80 % de la main-d??uvre dans ce secteur. Le reste travaille dans des petites unités qui sont souvent des sous-traitants pour les grosses boîtes.

Il y a donc eu une contraction et il ne faut pas que l?industrie rétrécisse davantage. Parmi la douzaine de grandes entreprises les plus importantes, certaines sont rentables, d?autres sont en situation d?équilibre et d?autres encore sont en difficulté.

Il faut vite identifier ces dernières et imaginer des solutions pour leur venir en aide. Il faut par tous les moyens empêcher toute nouvelle fermeture d?usine afin de préserver la masse critique et la diversité de l?offre.

Si un acheteur est à la recherche d?une compagnie fiable pour passer une commande importante, il ne trouverait que six fabricants de t-shirts, deux chemiseries, deux fabricants de pulls et deux de pantalons. C?est peu.

Il y a ceux qui pensent qu?à l?avenir, l?industrie textile de Maurice se résumera à la production de t-shirts. Il ne faut pas que cela se produise. On ne peut pas limiter l?offre au t-shirt uniquement.

Même si on produit les meilleurs t-shirts du monde, il arrivera vite un moment où l?acheteur se dira que finalement cela ne vaut pas la peine de se déplacer uniquement pour des t-shirts et il ira ailleurs.

C?est une des raisons pour laquelle il faut mener campagne pour une extension de la dérogation du third-country fabric sous l?Agoa. Il faut aussi une masse critique régionale. Plus la région sera forte, plus ce sera bon pour Maurice.

● Le ministre des Finances et de l?Economie, Rama Sithanen, annoncera bientôt des mesures d?accompagnement pour les principaux secteurs de l?économie. Que préconisez-vous pour le textile et la confection ?

Il faut immédiatement venir en aide à ceux qui sont actuellement en difficulté. On pourrait considérer l?adoption d?un nouveau mode de mise sous administration judiciaire inspiré de ce qu?on appelle le chapter 11 aux Etats-Unis. Ce type d?approche donne de meilleures chances de survie à une entreprise en difficulté.

Par ailleurs, il faut attirer de nouveaux investisseurs et de nouveaux investissements dans des activités à capitaux intensifs.

On doit aussi trouver les moyens pour réduire les coûts de l?électricité et les tarifs pour le fret aérien. J?espère que l?ouverture annoncée du ciel rendra les tarifs encore plus compétitifs.

Il convient aussi d?imaginer les moyens pour encourager la sous-traitance. Il faut d?une part inciter les grandes entreprises à recourir à la sous-traitance à travers des incitations fiscales. D?autre part, les petites entreprises sous-traitantes doivent être encadrées et aidées notamment en terme de financement.

Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN

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