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Jean Renat Anamah, le choc malgache
Lui généralement aussi généreux avec les mots qu?avec les gestes, Jean Renat Anamah a le souffle court. L?émotion contagieuse. On ne revient pas indemne de Madagascar. Dans son cas, cela se voit, cela s?entend. Le danseur et chorégraphe porte toujours des traces. Entre les rayures de son pull à col roulé, il a souffert les rigueurs de l?hiver dans la Grande île. Il y a séjourné du 7 au 12 juillet dans le cadre du Labdihy, ?laboratoire chorégraphique? organisé par la compagnie malgache Ariry.
Anecdotique ? Non. Pas quand on a le sens du rythme à fleur de peau. L?événement, donc, consistait à regrouper une douzaine de danseurs et chorégraphes des pays d?Afrique de l?Est et d?Afrique australe pour une ?mission humaine.?
?Danser, c?est avant tout témoigner?
Véritable remise en question. Comment danser la pauvreté, le dénuement extrême ? ?Danser, ce n?est pas uniquement de la libre expression, c?est avant tout témoigner de ce qui se passe autour de soi,? explique Jean Renat Anamah. ?à travers notre gestuelle, nous participons à notre échelle à l?aide humanitaire.?
Partage artistique aussi. Celle des difficultés somme toute inhérentes à la vie d?artistes sous les latitudes africaines. Selon les dires du Mauricien, les carrefours ont pris des allures d?exutoires, où ?des confrères ont crié le manque d?encadrement institutionnel et la problématique de trouver un soutien financier pour monter des spectacles.? Autant de sujets qui ont fait écho en Jean Renat Anamah. Invité à prendre la parole, il a pour sa part fait un exposé portant sur les rapports entre l?artiste et la société. ?Il y a un vide. Soit, on se laisse aller dans ce vide, ou on éloigne la société de ce vide à travers nos créations.?
Pour éviter de rester dans une position gémissante, Ariry, chef de file de la compagnie Rary, ?avec qui je partage la même démarche chorégraphique,? a eu l?idée de confronter ses invités à une boucherie. ?Il nous a emmenés voir l?exécution des zébus. ?C?était horrible.?
Choc du dehors, jaillissement du dedans. Une fois revenu à l?atelier, les participants au Labdihy ont retranscrit en pas de danse le thème du sang, de la déchéance. ?Nous nous sommes aussi laissés aller à nous exprimer par la danse sur ces enfants de rue mis au monde sans futur, sans avenir.? Liens tronqués entre société et citoyens, mais aussi ceux qui existent entre les pays de la zone océan Indien et Afrique.
?Revenir au langage du quotidien?
?J?ai fait des rencontres surprenantes. C?est fou comme il peut y avoir des similitudes entre, par exemple une vision kenyane et la mienne?, poursuit Jean Renat Anamah. Un travail de comparaison qui a aussi porté sur l?évolution de la scénographie. ? Le concept d?écriture chorégraphique est trop chargé de prouesses techniques. Je pense qu?il faut revenir au langage du quotidien.?
RENCONTRES
Laboratoire de la danse contemporaine
■ Le Labdihy, ou laboratoire de Dihy (la danse en malgache) a réuni des adeptes de la danse contemporaine du Kenya, d?Ouganda, de l?Afrique du Sud, de la Zambie, de la Réunion et de la Grande île. Au total, 18 danseurs et chorégraphes.
Le maître d??uvre, la compagnie Rary, dirigée par Ariry qui n?est pas un inconnu du public mauricien. En sus d?avoir présenté ses créations, il a aussi animé des ateliers à l?intention des danseurs locaux. Du côté mauricien, en sus de Jean Renat Anamah, l?île était représentée par Eva Dalais.
Par ailleurs, la compagnie Faham ( groupe mixte Réunion-Maurice) a présenté Passagers du vent, pièce créée à l?issue d?une résidence de création à l?université de la Réunion à Ste-Clotilde, en mai 2005.
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