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L?esprit du manifeste
Il ne sert à rien de mesurer si l?exécutif est parvenu à embarrasser le président de la République ou non. Les hommes font des choix. C?est à eux de les assumer. Aussi longtemps que leurs actes n?entravent pas le bon fonctionnement des institutions, ils sont les seuls juges de ces actes. Les enfantillages des uns et des autres ne devraient pas occulter l?essentiel.
Le discours-programme de l?exécutif reste dans l?esprit des propos tenus lors des grands rassemblements politiques de l?Alliance sociale et des propositions de son manifeste électoral. Les intentions du gouvernement ont le mérite de la cohérence. C?est un discours qui s?appuie sur une critique du gouvernement sortant. La man?uvre est caractéristique de tout nouvel exécutif et la majorité actuelle n?allait pas se priver de ce plaisir. Reste que c?est une technique qui justifie les politiques de rigueur. Quoi qu?il soit vrai que jusqu?ici le gouvernement de l?Alliance sociale a évité soigneusement l?utilisation de termes comme rigueur ou sacrifice. A la place, le leitmotiv sur la démocratisation de l?économie a la primauté dans le discours-programme.
Ce référent politique, idéologique et économique ébauche la philosophie générale du gouvernement. C?est le nouveau vernis qui recouvre le changement que promet la majorité de l?Alliance sociale. Il importe désormais de savoir de quoi sera fait ce changement. Depuis son installation, le gouvernement de Navin Ramgoolam a surtout essayé de traduire dans les faits les plus importantes promesses de justice sociale telles qu?elles ont été énoncées lors de la récente campagne électorale. Certes, les résultats ne sont toujours pas perceptibles mais les 100 jours proposés comme échéance pour réaliser radicalement un changement de la vie des Mauriciens ne sont pas encore écoulés.
A ce titre, on attend toujours de savoir comment la majorité de l?Alliance sociale entend gouverner. Pas de grandes indications à ce chapitre. Avec le discours-programme toutefois, une autre étape est franchie et met le gouvernement sur la ligne de départ. Dans les intentions et les projets énoncés, il ne peut y avoir que du bon. Surtout lorsqu?on annonce une politique sociale ambitieuse et inconditionnelle. Lorsqu?on formule des projets qui devraient permettre une intégration dans le ?mainstream? économique des plus démunis de la société. Lorsqu?on entend donner plein sens à l?économie solidaire.
Désormais, après avoir fait preuve d?une énorme envie de remporter les élections, l?Alliance sociale est appelée à faire preuve de la même détermination à réussir en tant que gouvernement. Il n?y a pas mille recettes pour cela. L?option travail étant la première et la plus importante. Dans le fond, hormis la volonté solidaire, le projet d?un référendum pour la réforme électorale et celui d?une commission constitutionnelle sur le mode de désignation du président de la République augurent des initiatives qui vont dans le sens d?un approfondissement de l?espace démocratique. C?est dans les structures qu?on parvient à réussir une révolution des mentalités. Et ça, c?est un objectif nécessaire pour garantir le processus de modernisation du pays.
Pour atteindre ses objectifs, le gouvernement dispose d?une bonne marge de man?uvre au Parlement. Rien n?indique une éventuelle instabilité politique. Les partenaires de l?Alliance sociale sont liés par leur antagonisme à l?égard du gouvernement sortant. L?épine que constitue, selon eux, le président de la République ne peut pas briser leur élan. Certes, la pilule a dû être amère à avaler hier. Voir un adversaire politique, Sir Anerood Jugnauth, assumer, voire revendiquer, leurs propositions n?est pas facile à digérer. Maintenant il faut espérer que l?arrière-goût laissé par cette pilule ne va pas casser l?envie du gouvernement de remplir ses promesses.
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