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Une BD 100 % couleur locale
● <B>Vous êtes de retour chez Vent d?Ouest avec ?Maison Rouge?, le premier tome d?une série intitulée ?Fantômes Blancs? que vous signez avec Li-An. Comment est né ce projet ? </B>
Li-An et moi, on a commencé à travailler sur cet album quand j?ai terminé le scénario du deuxième tome de La grippe coloniale. Pour moi, c?était une manière de passer à autre chose, de tourner la page. Et puis, avec Jean-Michel, on avait depuis longtemps le projet de faire quelque chose ensemble. Ça fait quinze ans qu?on y pense! Plusieurs tentatives ont avorté. Mais on avait envie de faire quelque chose de différent. Moins fresque, moins historique... Quelque chose qui soit plus centré sur un personnage.
Jean-Michel, lui aussi, avait besoin de faire autre chose après les sept tomes qu?il a dessinés sur Le Cycle du Tschaï chez Delcourt. Il voulait sortir du très grand public et de la science-fiction. Et puis ça l?intéressait de rejoindre la collection Equinoxe chez Vent d?Ouest qui est une collection de prestige qui s?intéresse aux auteurs et à des choses plus graphiques. C?est un peu un label de qualité consacré à la nouvelle BD comme on parle de la nouvelle chanson française.
● <B>Comment vous est venue l?idée du scénario de ?Fantômes blancs? ? </B>
On a longtemps hésité. Je savais que je voulais encore faire des choses sur la Réunion. Et puis j?ai visité le domaine de Maison Rouge avec Thierry Tchakalov à Saint-Louis (de la Réunion) et j?ai trouvé ce lieu incroyable. Ça m?a donné envie de faire une histoire dans la couleur du Grand Meaulnes. Quelque chose qui relève de l?onirisme et de l?ennui que peut générer l?inactivité dans un grand domaine abandonné sur fond de changement de siècle. Il y a longtemps, j?avais vu une pièce de Vollard qui s?appelait Torouze. C?était l?histoire d?un aristo qui revenait à la Réunion avec une auto rouge dans ses bagages...
L?argument ressemble un peu à ça. Là, j?ai voulu confronter deux époques, faire ressortir une mythologie du passé, mais aussi parler de pirates, évoquer la splendeur déchue en sachant que l?enjeu, pour François, le héros, c?est de réussir à totalement s?émanciper du rapport ancien.
Dans Maison Rouge, on assiste, à travers quelques personnages, au basculement d?une société dans un siècle nouveau. C?est la fin du système des grandes habitations tandis que des personnages comme le fils Patel sont le symbole de la Réunion à venir. D?un côté, il y a cet élan vers l?avenir et de l?autre, une vieille Réunion mystifiée qui se manifeste une dernière fois avec son bestiaire.
● <B>Comme l?indique le titre de la série, il est beaucoup question de fantômes dans ?Maison Rouge?. </B>
Comme dans le premier acte de La machine infernale de Cocteau, je voulais un fantôme un peu drôle qui dise les choses sans les dire. Dans Maison Rouge, il y a donc le fantôme du pirate, mais aussi ceux d?une propriété qui s?est constituée sur l?esclavage et plus largement tous ceux de l?île.
● <B>Ces fantômes vous per-mettent de mettre l?histoire ancienne en perspective mais ça ne vous empêche pas d?évoquer le modernisme à travers le rêve du fils Patel qui veut construire la première machine volante de l?histoire de l?aviation... </B>
Je trouvais ça rigolo qu?on puisse inventer l?aviation à la Réunion en même temps que les frères Wright aux Etats-Unis !
● <B>On croise également un cabri qui parle. On n?est pas loin de Fred et de ?Philémon?... </B>
Mais François est le seul à l?entendre. Peut-être est-il dépressif parce qu?il est loin de sa copine. Il tourne en rond, à la bordure de la folie.
● <B>En même temps, c?est un des personnages qui a le plus les pieds sur terre... </B>
Il est rationnel, c?est vrai, mais il est aussi fantasque. En fait, il passe avec facilité d?un monde à l?autre. Il y a des ellipses hardies, mais il n?y a pas forcément de raison de passer d?un monde à l?autre.
● <B>Comment vous y prenez-vous pour élaborer un scénario ? </B>
Les inspirations peuvent être très différentes. Pour La grippe coloniale, j?avais amassé beaucoup de documentation historique. Là, je me suis inspiré de l?atmosphère du lieu sans rendre compte de son histoire. Après, j?écris mon synopsis, je procède à un découpage et je tape mon scénario avec un story-board gribouillé. Je scannais ces ignobles bouts de brouillons illisibles et je les envoyais à Li-An qui est installé à Orléans.
On a eu des phases d?allers et retours par séquences de quatre à cinq pages et puis on validait ensemble. Ça a bien fonctionné. Il faut dire qu?on se connaît bien. C?est pour ça que j?aime travailler avec des gens avec qui je suis copain.
● <B>Pour ceux qui ont découvert Li-An avec ?Le cycle de Tschaï?, ils seront peut-être étonnés par la métamorphose de son trait. </B>
Je crois que ça l?a ressourcé. Il a décidé de dessiner autrement. Dans Tschaï, il y a un mode de narration très serré avec énormément de cases. Je ne voulais pas de ça. Je voulais des choses beaucoup plus lisibles avec peu de cases par page, un gaufrier illustré simplement, pas du tape-à-l??il. Ça a aéré son dessin et il était plus à l?aise. Ça lui a permis de se concentrer sur le trait et le dessin.
<B>Vincent PION</B>
Le Quotidien de la Réunion
PORTRAITS DE BÉDÉISTES
<B>Appollodorus </B>
■ Olivier Appollodorus est né en 1969. Il grandit en Afrique du Nord et à la Réunion où il fonde, en 1986, ?Le cri du Margouillat?. Après des études à Paris, il devient professeur de lettres au lycée Lislet-Geoffroy. Au début des années 1990, il scénarise trois tomes des ?Aventures de Louis Ferdinand Qunicampoix?. Il signe par la suite deux albums aux éditions réunionnaises du Centre du Monde (?Cases en tôle? et ?Dans les Hauts?) avant de se retrouver chez Vent d?Ouest dans la collection Equinoxe avec ?La grippe Coloniale?, dont le deuxième tome est à paraÎtre.
<B>Li-An </B>
■ Jean Michel Li-An est né en 1965 dans le Meurthe. Sa route passera par la suite à Madagascar, l?Allemagne et enfin la Réunion où il co-fonde ?Le cri du Margouillat?. Après un Capes de mathématiques, il part s?installer en métropole où il signe notamment ?Planète lointaine?, un album de 196 pages chez Delcourt, puis une adaptation en huit tomes du ?Cycle du Tschaï? de Jack Vance, dont deux tomes sont encore à paraître.
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