Publicité

Le président doit-il être élu au suffrage universel ?

17 juillet 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Oui

Razack Peeroo

Avocat et ancien Attorney General</B>

<B>Pourquoi le président doit-il être élu au suffrage universel ? </B>

Si on s?en tient au principe que l?île Maurice est un État démocratique comme le stipule notre Constitution, il coule de source que le président et le vice-président auraient dû être élus au suffrage universel comme c?est le cas pour l?élection des députés. Tel n?est pas le cas. Le président est élu par la formation politique qui commande la majorité à l?Assemblée.

<B>Peut-on pour autant dire que le système actuel n?est pas démocratique ? </B>

Peut-on qualifier de démocratie un mode de scrutin qui exclut la participation active et directe du peuple ? Le mode actuel de l?élection du président ne peut pas être considéré comme étant fondamentalement démocratique. Sa fonction fait partie du système de gouvernement que nous avons adopté. Il présuppose que c?est le peuple qui devrait, en toutes circonstances, exercer la souveraineté de l?État. Le mode de scrutin actuel ne tient pas compte de ce facteur fondamental de notre démocratie.

<B>Un président élu par une majorité à l?Assemblée n?est-il pas capable de se placer au-dessus de la mêlée ? </B>

Quel que soit le degré de son impartialité et de son honnêteté, un tel président sera toujours perçu comme l?émanation de la formation politique qui l?a élu. Le poids de la perception sera difficile à éliminer. Il est donc difficile de prévoir de beaux jours pour la cohabitation entre un Premier ministre et un tel président.

<B>Que faites-vous alors du mandat du président qui n?est pas encore arrivé à terme ? </B>

Le retrait volontaire pourrait être un geste de bienséance auquel un président devrait avoir recours lorsqu?il est en face d?une nouvelle majorité qui ne l?a pas élu. Cela pour le bon fonctionnement des institutions.

<B>Y a-t-il une autre alternative ? </B>

Le choix d?un candidat qui n?appartient à aucune formation politique et dont la réputation fait l?unanimité pourrait être une solution. L?élection du président pourrait avoir lieu en même temps que celle des députés.

<B>Non

Veda Baloomoody

Avocat et ancien Parlementaire</B>

<B>Pourquoi le président ne devrait-il pas être élu au suffrage universel ? </B>

Notre système de gouvernement, calqué sur le modèle westminstérien, place les leviers du pouvoir exécutif entre les mains du Premier ministre. Le rôle principal de notre président est d?être le gardien de la Constitution. Il n?est pas concerné par les prises de décision liées à un programme électoral. La question d?élire le président au suffrage universel ne se pose pas.

<B>Le système actuel ne risque-t-il pas de déboucher sur un conflit ? </B>

La fonction du président est définie dans la Constitution. Il n?est pas élu aux termes d?un programme comme c?est le cas pour le gouvernement. Il ne devrait pas y avoir de conflits si le président exerce les pouvoirs dans les paramètres établis. Par contre, les risques de conflit sont plus réels dans un système de gouvernement où le président est élu au suffrage universel. Le problème surgira à l?arrivée au pouvoir d?un nouveau gouvernement.

<B>Que se passe-t-il si un nouveau Premier ministre, pour des raisons personnelles et politiques, refuse de travailler avec un président élu par la majorité sortante ? </B>

Le président et le Premier ministre sont des postes prévus dans notre Constitution. Ceux qui occupent ces fonctions, doivent placer l?intérêt des institutions avant leurs sentiments.

<B>Que peut-on apporter au système actuel pour qu?il ne soit pas alourdi par des conflits d?ordre personnel ? </B>

On ne doit pas changer un système par peur de l?influence que des conflits personnels pourraient avoir sur son fonctionnement. Si les titulaires agissent dans le cadre défini par la Constitution, il n?y a pas de raison qu?il y ait blocage.

<B>N?est-il pas légitime pour une nouvelle majorité d?exercer son droit d?installer à la tête de l?État un homme issu de son rang ? </B>

Un président doit être perçu comme un homme indépendant de la politique partisane et du gouvernement. On ne place pas « nou dimoune » à la présidence, mais quelqu?un qui est le garant de tous les droits constitutionnels.

Publicité