Publicité
Le choix d?un État
Consolidation de l?État providence, disait on. Mais les choses ont définitivement em-prunté une voie plus radicale. D?une société de monoculture à une société post-industrielle, l?Île Maurice a évolué dans le temps. Mais elle n?a pas toujours vécu avec son temps. Ce décalage est patent aujourd?hui.
Histoire d?une période électorale, on a beaucoup parlé d?un État plein de considération pour l?ensemble de ses citoyens. Ce qui dans l?absolu relève d?une logique immuable. Mais dans les faits, les choses se sont toujours passées autrement. Il a fallu, dans un premier temps, un Welfare State qui témoigne d?un sens généralisé et inconditionnel de la solidarité. Mais la modernisation graduelle de la société a révélé les dysfonctionnements et le non-sens d?un tel système. Ailleurs, à travers le monde, on l?a réadapté. Sauf à Maurice bien sûr. Il ne s?agit pas ici de préciser seulement les menaces de l?assistanat. Il faudrait aussi connaître les raisons pour lesquelles la société mauricienne fonctionne d?une manière aussi archaïque.
Les syndicalistes ne veulent en aucune façon entendre parler de réajustements à apporter au modèle de l?État providence qui est le nôtre. Le sentiment de révolte qui les a animés à l?introduction d?un système de pension ciblé est une indication claire d?un refus de toute inflexion au modèle existant. Par contre, la réintroduction de la pension universelle est saluée comme la preuve de l?existence d?un État solidaire.
Du côté du nouveau pouvoir également, il y a eu un discours fort en faveur de l?État solidaire. Cela a d?ailleurs été l?un des principaux arguments électoraux de l?ancienne opposition. Il a ainsi généré une attente qui risque de devenir excessive, voire incontrôlable. Il reste que face aux réalités et aux con-traintes de la gestion quotidienne, les choses pourraient bien se passer différemment. Il y a déjà des indications en ce sens avec une parole du pouvoir qui se veut ferme et sans compromis, et une intention politique d?une solidarité large. Il faudra rapidement concilier les deux, et cela risque de causer bien des déceptions.
Au-delà de ces considérations politiques, il demeure qu?une révision du modèle existant d?État providence doit, tout au moins, faire l?objet d?un débat rationnel. Il importe aux parties concernées de faire abstraction des idées reçues et des convictions idéologiques pour confronter l?État social à l?État économique, sans que l?un ou l?autre ne laisse des plumes. C?est une nouvelle adéquation à chercher dans ce rapport entre les deux.
Des pistes méritent d?être explorées. Le nouveau pouvoir a, lui, choisi de revenir en arrière. Dans un contexte mondial qui remet en question les politiques sociales traditionnelles, il serait intéressant de voir si ce pouvoir peut continuer dans la même logique. Si tel est le cas, il démontrera sa capacité à innover parce qu?en face, on n?imagine pas une politique différente à cause des rigidités du libéralisme économique. Mais si la politique sociale ne répond qu?à des objectifs électoralistes et populistes, on n?ira pas bien loin dans la réflexion.
C?est aujourd?hui l?un des enjeux majeurs auxquels l?État mauricien aura à faire face. Déjà, durant la campagne, il a été beaucoup question de l?engagement que les aspirants candidats devaient prendre en faveur d?une action qui témoigne de leur souci de proximité. Quoiqu?on puisse interroger la pertinence de ce raisonnement, il ressort que le thème de la proximité a été largement exploité durant la campagne.
Cependant à présent, les discours d?intention ne comptent plus. L?État tuteur et l?État régulateur n?ont pas toujours cohabité efficacement. Sans doute, il faudra attendre avant de se prononcer parce que la lutte s?annonce palpitante entre les rugosités économiques et l?imagination au pouvoir.
Publicité
Publicité
Les plus récents