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Coïncidence des mandats

15 juillet 2005, 00:00

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Anerood Jugnauth est à nouveau au centre du débat politique. Le conflit qui l?oppose au Premier ministre a encore évolué et l?on se dirige tout droit vers une impasse. Navin Ramgoolam ne s?est pas rendu au Réduit hier alors qu?une vieille tradition veut que le chef de l?Etat s?entretienne chaque jeudi avec le chef du gouvernement.

Le Premier ministre se retrouve dans l?obligation constitutionnelle de communiquer au président des informations concernant ?the general conduct of the government? mais ne fait pas confiance à ce dernier. Il le considère trop proche de l?opposition ou, tout au moins, susceptible de l?être à l?avenir. Navin Ramgoolam estime, en effet, que son challenger aux prochaines élections sera Pravind Jugnauth. Il refuse donc de transmettre à Anerood Jugnauth des informations sensibles sur les délibérations du cabinet. Pour sa part, le président détient un mandat de cinq ans et n?est pas disposé à abandonner son poste avant cette échéance. Même si sa position est affaiblie par la participation de son épouse à la campagne électorale.

Une situation pourrie en résulte et elle pourrait perdurer pendant longtemps encore. Le Premier ministre va transmettre un minimum d?informations uniquement pour la forme à la State House et refusera tout face à face avec le chef de l?Etat. Celui-ci se retranchera dans sa résidence privée à La Caverne ou s?imposera un exil au Réduit.

Le Premier ministre n?ira pas jusqu?au bout de sa logique parce qu?il ne peut pas révoquer Anerood Juganuth. Celui-ci se verra, de son côté, dans l?impossibilité d?assurer pleinement son devoir de gardien des valeurs républicaines car il sera privé d?interaction avec l?exécutif et de tribune officielle pour s?exprimer sur les problèmes nationaux.

Les rapports tendus entre les deux hommes sont la conséquence d?une situation somme toute prévisible. Dans notre système, le président est le nominé du Premier ministre dont le choix est tout simplement entériné par le Parlement. C?est une nomination généralement basée sur des considérations politiques. Or, en cas d?alternance, le président reste à son poste tandis que le pouvoir politique change de main. C?est la faille inhérente au système.

A chaque fois que le président et le Premier ministre appartiendront à des familles politiques différentes, il y aura des ratés dans le fonctionnement du système. Un président est un homme qui possède une autorité morale et peut exercer une influence discrète sur les affaires de l?Etat. Pour qu?il soit efficace, il doit exister une entente entre lui et le Premier ministre afin que les deux puissent aborder sereinement n?importe quel sujet, y compris les questions politiques les plus délicates. Clairement, ce n?est pas possible quand le Premier ministre considère que son interlocuteur est un adversaire politique par personne interposée.

Etant donné le marasme institutionnel qui naît de la confusion politique actuelle, il faut que les deux blocs posent avec honnêteté le problème et discutent de la possibilité de réviser la Constitution. Le mandat présidentiel ne devrait pas débuter au milieu d?une législature. La coïncidence des durées des mandats législatif et présidentiel peut prévenir le dysfonctionnement des institutions. C?est une question de calendrier. Si le Premier ministre inaugure son mandat en même temps que le président, il n?y aura plus de risque de voir se profiler un nouveau conflit institutionnel.

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