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Escalade du conflit entre SAJ et Navin Ramgoolam
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Escalade du conflit entre SAJ et Navin Ramgoolam
C?est devenu une évidence. Le Premier ministre Navin Ramgoolam ne souhaite plus voir Sir Anerood Jugnauth dans le fauteuil de président de la République.
Preuve s?il en fallait, hier soir lors du cocktail du 14 juillet, organisé par l?ambassade de France, les deux hommes se sont soigneusement évités. Sauf lorsqu?il a fallu porter un toast. A ce moment-là, ils ont tenté de sauver la face en trinquant, en échangeant une poignée de main et en esquissant des sourires. Mais le froid est rapidement revenu. Les deux chefs du pays se sont postés aux deux extrémités de la salle pour le restant de la fête. Celle-ci se tenait au Lycée des Mascareignes, à Moka.
Durant la majeure partie de la soirée, Sir Anerood Jugnauth était entouré de son épouse, de Paul Bérenger et de l?ancien président Karl Offmann. Tandis que Navin Ramgoolam avait à ses côtés plusieurs de ses ministres.
Durant la journée d?hier, une nouvelle étape dans le conflit larvé opposant les deux hommes a été franchie. Navin Ramgoolam était attendu, en sa capacité de Premier ministre, pour l?habituel tête-à-tête avec le président, comme le veut la tradition qui remonte à l?époque des gouverneurs généraux à Maurice. Or, il a choisi de ne pas se rendre au Réduit.
En ce qui concerne les dossiers qui seront soulevés au Conseil des ministres, il ressort qu?à ce matin, ils n?ont jamais atteint la State House. Ils doivent normalement être envoyés à tous les membres du cabinet et au président les mercredis après-midi.
D?ailleurs, tout indique que jusqu?ici le président n?a pas été informé des affaires de l?Etat par le Premier ministre. Du moins, de la manière dont le veulent les conventions.
<B>Chef d?Etat isolé</B>
Pourtant, la Constitution stipule, à l?article 65, que ? le Premier ministre tiendra obligatoirement le président informé convenablement sur la conduite générale du gouvernement et fournira toutes les informations en relation avec le gouvernement de Maurice que le président peut demander concernant des informations spécifiques ?.
Les spécialistes s?accordent à dire qu?il y a une certaine latitude dans l?interprétation de la loi. ?La Constitution stipule néanmoins nulle part de quelle manière ni à quel rythme le Premier ministre doit tenir le président informé?, souligne un homme de loi. Mais il doit impérativement le tenir informé. ?Il n?y a en effet pas de procédure d?information spécifique?, confirme Razack Peeroo, ancien ministre de la Justice.
?L?attitude du Premier ministre est une réaction à l?attitude du couple présidentiel durant la campagne. Cela fait que le Premier ministre n?a pas confiance dans le président. C?est ce qu?on appelle une crise institutionnelle?, ajoute-t-il.
Pour l?heure, Navin Ramgoolam continue à isoler le chef de l?Etat. Non seulement la communication entre Navin Ramgoolam et Sir Anerood Jugnauth est rompue, mais certaines actions du Premier ministre, dont la révocation de Christian Ithier, conseiller du président, lundi, contribuent à renforcer la thèse de l?isolement. L?Alliance sociale aurait déjà identifié son candidat à la présidence en la personne de Sir Satcam Boolell, laisse-t-on entendre dans les hautes sphères travaillistes.
Etant donné que Sir Anerood Jugnauth ne donne aucun signe de vouloir démissionner ? c?est d?ailleurs ce qu?il aurait laissé entendre à des proches ? Navin Ramgoolam est-il prêt à enclencher une procédure de destitution ?
Techniquement, cela est peu probable. En effet, selon l?article 30 (1) de la Constitution, le président peut être démis de ses fonctions s?il viole la Constitution ou s?il commet toute autre faute grave. Ce qui ne semble pas être le cas pour l?instant. La gravité d?une faute est sujette à l?interprétation de la Cour suprême. Et, de toute façon, pour pouvoir utiliser cette voie, il faut une majorité de deux tiers à l?Assemblée nationale (47 députés). A ce jour, le gouvernement détient seulement 44 sièges.
Un président de la République peut également être révoqué s?il est incapable de remplir ses fonctions, au cas où il serait physiquement ou mentalement inapte.
Autre point qui peut être invoqué pour destituer un président : l?article 46 (2) de la Constitution. D?après lui, l?exécutif peut présenter une motion pour démettre le président de ses fonctions si ce dernier refuse de donner son assentiment à un projet de loi. Le gouvernement n?aurait besoin que d?une simple majorité ? 36 voix ? qu?il détient. Mais pour l?instant, il ne peut en être question, étant donné qu?aucune loi n?est présentée.
Le sommet de l?Etat est donc affecté par une crise politique. Dans quinze jours, le 29 juillet, le président est attendu pour la lecture du discours-programme du gouvernement à l?Assemblée nationale. Sera-t-il au rendez-vous ? Rien n?est sûr !
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