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Réformer la réforme sucre

7 juillet 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Akilesh ROOPUN

Le sucre mauricien vit des moments très graves. Sa survie même est menacée avec la réforme du régime sucrier européen. La sugar diplomacy est mise à rude épreuve. Il ne nous reste que très peu de temps pour convaincre nos partenaires européens que le projet de réforme proposé (une baisse de 39 % des prix payés aux producteurs, étalée sur quatre ans) mènera au déclin définitif de l?industrie sucrière.

Il revient au nouveau gouvernement de jouer cette carte de la dernière chance. Les travaillistes avaient obtenu le Protocole sucre, il y a trente ans. Trouver une solution aux menaces du moment représente un enjeu beaucoup plus crucial aujourd?hui. L?Europe, elle-même, doit revoir sa politique sucrière le plus rapidement possible suite au verdict défavorable de l?Organisation mondiale du commerce (OMC).

Mais les spécialistes du dossier gardent espoir. Jusqu?ici les actions de lobbying n?ont pas eu le succès escompté parce que le projet de réforme était entre les mains des techniciens. Ces derniers n?ont pas toujours la latitude nécessaire pour apprécier les points de vue des diplomates et des politiques et les inclure dans leur plan.

Le dossier est maintenant entre les mains des responsables politiques : le plan de réforme du régime sucrier doit être approuvé par le Conseil des ministres de l?Union européenne (UE) en novembre. Les diplomates mauriciens ont ainsi une meilleure marge de man?uvre pour influencer le cours des événements à Bruxelles.

En sus d?un assouplissement de la réduction des prix d?achat de sucre et de la durée de celle-ci, Maurice et les ACP recherchent également l?aide financière de l?UE pour faire face aux efforts d?ajustement. C?est seulement dans ces conditions que la restructuration au niveau local pourrait avoir un effet positif sur la compétitivité de l?industrie.

Les enveloppes d?aide promises par les Européens sont jugées insuffisantes. Les producteurs locaux en veulent plus et demandent aussi que les fonds soient déboursés en amont pour financer la modernisation des usines et des activités dans les champs. Le plan de retraite volontaire (VRS) est un composant important de cette restructuration. Mais le chantier de réforme reste largement incomplet.

Il est grand temps de se poser des questions sur l?état d?esprit des sucriers par rapport à la réforme. Alors que l?industrie passe par de profonds changements , de gros producteurs conservent des réflexes d?un autre temps. Les privilèges et facilités accordés aux membres de la direction des sociétés sucrières n?ont jamais été remis en question.

Les frais généraux des usines (grossis par les privilèges et facilités)ne semblent pas être très concernés par la réforme. Pourtant, ils représentent un fardeau important sur la compétitivité du secteur. L?activité sucrière doit avant tout dégager une structure de coûts compétitive. Réduire les effectifs manuels ne suffit pas. Il faut aussi s?attaquer à l?ensemble des sources d?inefficience et des postes non productifs.

Le nouveau gouvernement doit mener la bataille sur deux fronts. D?abord, au niveau diplomatique à Bruxelles et dans les capitales européennes. Ensuite, engager la restructuration sur une voie différente. Le Volontary retirement scheme (VRS) dans sa forme actuelle a contribué à un appauvrissement des zones rurales sans pour autant sortir le secteur sucre de l?impasse.

L?architecte du VRS, Pravind Jugnauth, a déjà payé cher son option de réforme. Son successeur en est déjà averti.

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