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El Niño 2026
Vers un record climatique aux répercussions mondiales
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El Niño 2026
Vers un record climatique aux répercussions mondiales
Cette photo prise le 11 août montre la silhouette d'un villageois tentant d'éteindre un incendie de forêt à Palangkaraya, dans le centre de l'Indonésie. @ AFP
Le phénomène El Niño observé cette année pourrait atteindre une intensité inédite, avec le risque de dérégler le climat sur plusieurs continents et de propulser 2027 au rang d'année la plus chaude jamais mesurée. Ce mécanisme naturel et temporaire, amplifié par le réchauffement d'origine humaine, offrirait un avant-goût des conditions thermiques que la planète connaîtra régulièrement à la fin de la prochaine décennie, d'après les spécialistes interrogés.
Un mécanisme océanique aux effets planétaires
El Niño correspond à un réchauffement naturel des eaux de surface dans le centre et l'est du Pacifique équatorial. Il se déclenche lorsque les alizés, qui maintiennent habituellement les eaux chaudes à l'ouest de l'océan, s'affaiblissent temporairement, laissant ces eaux remonter et migrer vers l'est. Une fois ce réchauffement installé durablement, il intensifie l'activité orageuse dans la région, ce qui, selon Emily Becker, climatologue à l'université de Miami, a des répercussions sur toute l'atmosphère terrestre. Le phénomène redistribue alors chaleur et humidité, asséchant certaines zones tandis qu'il en arrose d'autres plus abondamment.
Ses conséquences se manifestent déjà : l'Indonésie traverse une sécheresse prolongée qui a nourri des incendies ayant ravagé des centaines de milliers d'hectares. Michelle L'Heureux, du centre de prévision climatique de la NOAA, prévient que des épisodes El Niño plus puissants entraîneront davantage de ce type de dégâts, tout en rappelant que ces effets ne sont jamais certains à l'avance.
Une intensité qui pourrait dépasser 2015
Selon le tableau de bord Climate Brink, qui exploite les données de la NOAA, la température de surface dans la zone de référence Niño 3.4 dépasse déjà de 2,6 °C la moyenne des 30 dernières années. Les projections évoquent un pic possible de 3,9 °C en novembre, un niveau supérieur à l'anomalie de 3°C enregistrée lors de l'épisode record de 2015.
Les climatologues Zeke Hausfather et Andrew Dessler estiment que ce phénomène pourrait faire grimper la température moyenne mondiale de 0,3 °C en 2027. Pour Andrew Dessler, professeur à l'université A&M du Texas, il s'agit d'un aperçu du futur, un niveau de réchauffement qui, sans El Niño, ne serait normalement atteint qu'en 2037 – même si l'essentiel de cette hausse restera concentré dans le Pacifique équatorial.
Mike McPhaden, du Laboratoire environnemental marin du Pacifique de la NOAA, avance une estimation comparable : il n'est pas inconcevable que 2027 se situe 1,7 °C au-dessus des niveaux préindustriels. Pour mesurer le phénomène, la NOAA a par ailleurs adopté en février un nouvel indicateur, le Relative Oceanic Nino Index (RONI), jugé plus fiable par l'agence. Sur cette base, celle-ci estime à 69 % la probabilité que l'épisode actuel soit le plus intense depuis le début des mesures en 1950.
Le rôle du changement climatique
Les experts s'accordent sur un point : le réchauffement climatique amplifie les effets d'El Niño, une atmosphère plus chaude retenant davantage d'humidité et donc de pluies extrêmes, tout en aggravant les sécheresses existantes. Un consensus scientifique fait en revanche encore défaut sur la question de savoir si le réchauffement renforce directement El Niño lui-même, bien que des indices en ce sens émergent. Mike McPhaden avance que des mers tropicales plus chaudes rendraient les vents alimentant El Niño plus sensibles, accélérant sa formation par convection — une hypothèse qu'il étaye par l'étude d'archives climatiques remontant au XIXe siècle, suggérant une hausse d'environ 10 % de l'amplitude du phénomène en un siècle.
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