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Conservons les gains

7 juillet 2005, 00:00

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Le suffrage populaire a fait confiance à une équipe qui a promis le changement. Celle-ci s?apprête à traduire en actes ses engagements. Le nouveau Premier ministre préside dès demain son premier Conseil des ministres. Cette réunion marquera l?amorce des orientations susceptibles de changer le cours de l?histoire. Il faut espérer que dans leur élan de repartir de zéro, les gouvernants ne remettent pas en cause toutes les réformes du passé, y compris celles qui représentent des avancées considérables.

Le changement ne se fait pas à reculons. On n?entre pas dans l?avenir en s?évertuant à effacer tout ce qui a été accompli. Sur au moins deux dossiers, le nouveau régime devrait éviter d?agir avec empressement et appliquer des mesures qu?il a annoncées dans le feu d?une campagne électorale. Il s?agit de l?abolition du ?ranking? au CPE et du principe de ciblage pour les pensions.

La réforme du CPE a abouti après plusieurs décennies d?effort et après des tentatives avortées de plusieurs gouvernements. Nous nous sommes finalement débarrassés de l?odieuse compétition qui condamnait les gosses aux travaux forcés à un âge trop tendre. Pour y parvenir, il a fallu offrir des places suffisantes en ?Form 1? dans des collèges de niveau égal. Du coup, les établissements ?royaux? avaient trouvé une autre vocation et étaient devenus des ?Form V1 colleges?. Cette conversion est aujourd?hui menacée.

De même la suppression de la pension universelle était rendue nécessaire par le besoin de rendre durable l?Etat-providence. Le pays ne peut pas ?ad vitam aeternam? assurer à tous les retraités indistinctement une pension. L?évolution démographique et les progrès de la médecine ont aggravé la donne. La charge financière de la pension de vieillesse au budget de l?État représente environ 2 % du produit intérieur brut. Ce n?est pas soutenable. La décision d?exclure de la liste des bénéficiaires de la pension d?État les individus disposant déjà d?un revenu de plus de Rs 20 000 n?était pas déraisonnable. Elle touche quelque 4 000 retraités sur presque 125 000. Il a fallu une certaine audace politique pour faire accepter la mesure car elle brise un tabou. Il faut, non pas l?abolir, mais étendre le principe de l?aide ciblée à d?autres domaines de protection sociale.

Sans disposer de toutes les données et études officielles sur la question, les travaillistes ont pris des engagements sur la réforme des ?Form V1 colleges? et la pension universelle. Ces thèmes symboliques ont aidé à mobiliser leurs partisans. Maintenant que le PTr a une responsabilité plus importante, il peut transcender ses intérêts partisans et revoir la question ?à tête reposée?. Cela ne constitue guère un reniement des engagements pré-électoraux. Ce sont tout simplement des corrections aux mesures annoncées précipitamment. Cela ne les empêche pas de respecter l?essence de leur programme.

Si les gouvernants tiennent à évoluer dans un contexte qui n?est pas tendu, ils devraient se garder de régler des comptes avec leurs adversaires. La démocratie donne, bien sûr, à la majorité politique le droit de décider des grandes orientations de la société mais l?alternance n?a jamais signifié une obligation de faire disparaître tous les progrès attribués au camp adverse. De toute façon, il est plus facile d?effacer des noms sur une liste de notables que d?effacer des chapitres de l?histoire d?un pays.

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