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Couleurs en liesse

3 juillet 2005, 00:00

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À la tombée de la nuit, les clameurs se sont tues. À l?électeur de jouer. Il a aujourd?hui le loisir de décider de quoi sera fait le mandat de la prochaine législature. À moins de 24 heures de l?ouverture des bureaux de vote, l?optimisme était de mise dans les deux camps. « Nou pe gagne avek plisyer longer davans », clame le Premier ministre et leader de l?alliance MSM-MMM à son dernier point de presse sur la campagne électorale au Domaine Les Pailles. Une demi-heure plus tôt, et à quelques kilomètres de là, à l?hôtel Labourdonnais, son vis-à-vis, Navin Ramgoolam, qui dirige l?Alliance sociale, affirmait la même chose. « Nou pe al vers enn gran viktwar. »

C?est dire combien l?arrivée risque d?être dans un mouchoir. Les deux chefs ont déjà leurs petites idées en tête. D?abord en ce qui concerne la réglementation de la campagne électorale. « À lavenir, bizin reglemant litilizasyon plastik, finansma parti politik ek kampagn », explique Paul Bérenger. En face, le leader de l?Alliance sociale songe « à revoir la façon dont s?organise la campagne pour la rendre plus moderne ». Navin Ramgoolam annonce également son intention de « réorienter la politique et l?économie ».

En plus de la nécessité d?apporter des retouches à l?organisation de la campagne, tout le monde semble d?accord sur le besoin de bien se comporter durant les deux jours qui viennent. Les deux camps lancent des appels au calme, au respect de l?adversaire et du verdict des urnes.

C?est aussi l?heure de décerner les félicitations. Le Premier ministre salue la façon dont la police s?est acquittée de sa tâche. L?opposition félicite la Commission électorale. Tous deux s?auto-congratulent et affirment avoir réuni la meilleure foule à leurs meetings de dimanche dernier.

Les avis divergent sur le comportement des troupes. La majorité sortante rend les activistes adverses responsables des frictions notées dans les circonscriptions n° 5, 9 et 11. Et l?Alliance sociale dénonce ce qu?elle qualifie de « vagues de violence occasionnées aux n° 7, 9, 11, 14, 15, 16 et 18 par des éléments venus d?ailleurs », dans le but d?intimider les siens.

Souvent, les agents se rejettent mutuellement les torts. Comme à Rivière-des-Anguilles, où chaque camp rend l?autre responsable d?un incident survenu aux petites heures du matin. Une maison a été partiellement endommagée et une carcasse de voiture incendiée. La police a eu fort à faire pour calmer les esprits. Des dépositions ont été consignées par des membres des deux bords. On ne déplore cependant aucun blessé.

La semaine, qui a été particulièrement bruyante à cause du dernier forcing des uns et des autres, s?est achevée dans un tintamarre de klaxons et de défilés, notamment dans les Plaines-Wilhems.

Fidèles à la tradition, les deux leaders étaient dans leur circonscription respective, Paul Bérenger à Stanley-Rose-Hill et Navin Ramgoolam à Pamplemousses-Triolet. Tous deux ont participé à des défilés impressionnants.

Au n° 19, debout dans un 4x4, les trois candidats de l?alliance gouvernementale ? Jayen Cuttaree, Fazila Jeewa-Daureeawoo et Paul Bérenger ? ont sillonné les artères principales de la ville. Plus de 300 véhicules ont participé à cette joyeuse pagaille qui a causé un embouteillage monstre dans le centre-ville. La police a été vite dépassée.

Le centre de Rose-Hill était tout de mauve vêtu : on aurait cru les élections déjà terminées. Paul Bérenger cachait difficilement sa satisfaction devant les trottoirs de la route Royale, bondés de personnes ? dont de nombreuses jeunes femmes ? scandant son nom et des « trois-zéro, piso ». Mêmes les marchands de glace affichaient sans complexe leurs couleurs.

À Triolet-Pamplemousses, même scène : Navin Ramgoolam, Satish Faugoo et Devanand Ritoo ont participé à un grand défilé sur les routes de la circonscription. À leur passage, jeunes, femmes, en tee-shirts rouges avec inscrit dessus le nom du leader, agitaient des fanions en criant « Navin Navin, troi piso chanzemen ! » C?était la liesse dans les deux camps en attendant le jour J.

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