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Ouvrez les guillemets !
Qui est Fahrad A.K. Sulliman Khoyratty ? Chargé de cours d?abord, en littérature et en cinéma, par choix, parce qu?il aime partager et apprendre des autres. Il est aussi écrivain anglophone qui aime réinventer le monde ? en espagnol. Né d?une mère prof de littérature et d?un père « philosophe », il a appris très tôt à développer sa fibre littéraire.
Aujourd?hui, il fait partie des auteurs du très select club du Southern African Pen Collection, une communauté d?auteurs de plus d?une centaine de pays qui se veut au-delà des clivages culturels et géo-politique. Club qui compte en son sein, un certain Amin Malouf et un certain John Maxwell Coetzee, prix Nobel de littérature en 2003 et seul détenteur à deux reprises, du Booker Prize, l?une des récompenses les plus prestigieuses du monde littéraire, décerné aux écrivains anglophones du Commonwealth.
Fahrad Khoyratty a tout du gentleman. D?une courtoisie et surtout d?une ponctualité très « british.» Explication. Le rendez-vous était prévu pour 20h30. A 20h30 tapantes, il est là ! Souriant, calme, posé. C?est une habitude développée à Cambridge, prestigieuse université d?Angleterre, explique-t-il.
A dix-sept ans, il s?envole pour Cambridge. Lauréat de l?Alliance française et boursier de l?Etat, il veut se faire avocat. Mais sur place, il constate que « le droit avait peu à faire avec la justice. » Il retourne sa veste et entame des études de lettres, de cinéma et de philosophie. Si Cambridge ne parvient pas à l?éblouir plus que cela, en raison d? « un certain détachement par rapport aux choses, » même s?il s?y passait toujours quelque chose d?intéressant, comme le passage de Salman Rushdie ou la trentaine de bibliothèques qui habillent le campus universitaire. Il découvre émerveillé, les manuscrits de Newton, même son pommier où il a découvert les lois de la gravité. Fahrad Khoyratty écrit, comme il respire. « J?ai toujours écrit, Cambridge ou pas Cambridge ! J?écris quand j?ai terminé tout le reste. »
Cette récompense ne le transporte pas davantage. Son détachement certes, mais surtout parce que pour lui, l?écriture relève de l?ordre du privé, voire de l?intimité. Pour lui, la littérature n?est pas un échappatoire à la vie, elle est une manière d?appréhender le monde. « A quoi bon vivre, si on passe à côté de l?essentiel ? On va ensuite se plaindre que la vie est vide, parce qu?on a perdu notre capacité à nous émerveiller, à comprendre, parce que comprendre la réalité, c?est comprendre le dessous des choses,» explique-t-il.
Réinvention
Chez lui, tout est curiosité et tout est pédagogie. Il brasse tous les courants, s?interroge, prend position. Le plus grand mal qu?on ait fait à la littérature, c?est de l?associer à ce qui est archaïque. Shakespeare, Dickens, c?est bien mais le XXème siècle est vibrant. Il a su réinventer la littérature. C?est comme le cinéma qui réinvente la littérature, puisque le cinéma est un texte visuel.
Cet auteur qui aime profondément la solitude, parce qu?elle permet une relation intime avec soi-même, qui vit seul, est un adepte du respect. Pas de la discipline. Surtout pas avec ses étudiants. «J?enseigne parce que j?aime parler. J?ai la langue bien pendue. J?aime enseigner, pas dans le sens hiérarchique du terme, mais plutôt pour partager, pour apprendre les uns des autres. »
Compass, la nouvelle primée, propose plusieurs niveaux de lecture et diverses interprétations. L?humour, nous assure l?auteur, y tient une place de choix. John Coetzee, président du jury de ce concours note dans la préface du «L?auteur nous tient en haleine avec son sens de l?humour et sa trame bourrée de clins d??il.» Une remarque qui semble donner entière satisfaction à l?auteur, car sa nouvelle contient « beaucoup de caricatures et d?exagérations, parce que le rire, c?est le propre de l?homme. »
Compass raconte l?histoire d?un petit fils qui s?envole pour l?Europe. Avant de partir, son grand-père lui demande de ne pas rentrer au pays avec une Européenne. De là, l?auteur propose un voyage à travers le temps pour décrypter les pérégrinations du petit fils narrateur. Récit autobiographique ? Peut-être pas, mais « la littérature réinvente la fiction. » Cet homme qui se découvre des habilités pour l?écriture à l?âge de onze ans, a depuis, nourrit son rapport aux lettres. Si lui ne sera pas éternellement présent, en revanche, ses écrits resteront. C?est la raison pour laquelle il ne s?arrêtera jamais d?écrire. Ecrire pour tout réinventer et écrire pour la postérité.
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