Publicité
Arabian nights
Dans ses rêves les plus fous, Sonia Matthews, née Forget, n?aurait jamais imaginé qu?elle aurait un jour pratiqué la danse du ventre. Et encore moins qu?elle l?aurait enseignée. En effet, même si elle possède la fibre artistique ? sa mère Elisabeth est mezzo-soprano ? Sonia décide, après avoir terminé ses études secondaires, d?aller étudier à l?université de Montpellier, en France, en vue de décrocher une licence en psychologie. Sentant qu?elle a eu les outils pour comprendre le comportement d?autrui, elle rentre au pays.
Elle se laisse embrigader par une firme d?experts-comptables en tant que consultante en ressources humaines. Sa rencontre, trois ans plus tard, avec un expert britannique en ressources humaines est déterminante pour leur avenir. Le courant passe si bien entre eux qu?ils s?installent pendant trois ans en Afrique du Sud où son compagnon est sollicité pour un contrat.
Si Sonia trouve aussi de l?embauche ? elle est le bras droit du directeur exécutif d?une compagnie de traitement des eaux ? elle s?ennuie à mourir. En cherchant un moyen de se détendre sainement, elle atterrit dans un club de golf où des activités sont organisées pour des femmes du troisième âge.
«La femmevalorisée»</B>
Elle est stupéfaite par une démonstration de danse du ventre par Shalimar, la do-yenne de la danse du ventre en Afrique du Sud et fondatrice de la Belly Dancing Association of South Africa.
«Cette femme avait beau être d?un certain âge et de stature imposante, ses mouvements étaient envoûtants. C?est une dose de féminité que j?ai pris en plein visage ce jour-là. J?ai réalisé que la danse du ventre fait renaître la femme qui est enfouie sous la culture saucisse. Je veux dire que nous évoluons dans une société où tout est devenu uniforme, banal, insipide et incolore alors que chaque femme possède un potentiel de féminité inexploité. La danse du ventre dévoile justement ce potentiel féminin et valorise la femme avec ses couleurs, ses paillettes et les émotions qu?elle procure».
Séduite, Sonia prend alors des cours avec Shalimar, maîtrisant en six mois les mouvements de base que sont les ondulations des hanches en forme de huit, mais aussi à la verticale, les vibrations du ventre, ses ondulations de bas en haut et vice-versa, les frémissements du diaphragme.
Elle apprend aussi la partie théorique. Cette danse puise ses origines de la Mésopotamie en l?an 1000 avant Jésus Christ. Elle a ensuite gagné le Nord et le Sud de l?Afrique avant de se répandre à l?est jusqu?en Inde. On l?appelle aussi la danse de l?enfantement car elle se pratiquait autrefois par des femmes devant une de leurs semblables qui allait accoucher. Les mouvements facilitaient la délivrance.
«L?acceptation totale de soi»</B>
Sonia qui trouvait que ses mouvements manquaient de grâce, fait mouvoir ses bras comme un cobra ou comme des vagues, tout en synchronisant les mouvements de son ventre.
Au bout d?un an et demi, Shalimar l?éprouve en lui faisant exécuter une danse en solo devant 400 personnes.
Sonia qui s?est «libérée de ses complexes» passe la rampe facilement. Elle recommence peu de temps après avec la même aisance. Si bien que son enseignante déclare qu?elle est fin prête à enseigner.
Sonia regagne Maurice avec son compagnon dans l?idée de se marier et de n?y rester qu?un an. Ne voulant de ce fait pas s?engager auprès d?un employeur pour un laps de temps si court, elle décide d?enseigner la danse du ventre. Le Fitness centre équilibre lui propose d?y donner des cours. Sa première leçon attire une quarantaine de femmes de 25 à 50 ans et Sonia en est la première étonnée. De ce groupe, seules les mordues restent.
Celles qui ne font pas long feu sont «plus fanatiques d?aérobic et de musculation» ou «veulent des résultats rapides».
En sus des mouvements de base, Sonia inculque à ses élèves la danse avec les voiles, avec les zills qui sont des minis cymbales arabes portés au bout des doigts, avec la canne et les tambourins. Ces dernières sont aussi initiées aux neuf temps de la musique arabe dont le beledi, le maksum, le malfuf et le chifti telly.
Sonia est également sollicitée pour délivrer des cours identiques dans un institut de danse à Ph?nix. Croyant qu?elle va repartir, elle décide de monter un spectacle et fait ses élèves se produire devant leurs parents et amis au théâtre Serge Constantin. L?expérience est des plus concluantes.
«La scène est une thérapie car elle contraint à sortir de sa coquille pour aller au bout de ses limites». Aujourd?hui, dit-elle, ses élèves en sont à perfectionner leur style personnel, à lui faire découvrir des musiques arabes ignorées d?elle et à enjoliver leurs costumes.
Sa plus grande satisfaction est de noter leurs progrès. «Le plus gratifiant est de voir leur développement. Entre la femme qui en est à son premier cours et celle qu?on voit en action six mois plus tard, c?est la transformation. Le plus grand résultat de la danse du ventre est l?acceptation totale de soi». N?importe quelle femme peut pratiquer la danse du ventre.
Même celle qui est enceinte, de la première semaine à huit mois de grossesse. «Pour les femmes en voie de famille, les mouvements sont lents et doux mais ils permettent de raffermir les muscles du bassin et faciliteront l?expulsion du bébé. C?est comme un massage doux des organes internes».
Des antécédents de danse ne sont pas nécessaires. Il ne faut pas être grassouillette non plus pour la danser. «Dans les pays arabes, les danseuses rondes sont populaires mais aux États-Unis, celles qui la pratiquent sont minces et toniques. De toutes les façons, chacune a le corps qu?elle a. Comment la femme est faite physiquement n?est pas important, car la tenue cache les jambes, mettant en valeur les formes du buste. Le corsage brodé de paillettes et de strass et le maquillage magnifient davantage la femme». Ses seules contre-indications sont les problèmes graves à la colonne vertébrale.
La danse du ventre est souvent confondue avec la danse érotique. Cela vient du fait que les danseuses érotiques commerciales ont imité les danseuses arabes. «D?où sa mauvaise compréhension et les tabous qui en découlent».
Sonia va bientôt démarrer un cours pour débutantes. Celles qui pensent que c?est un cours cher se trompent : un cours d?un mois, à raison d?une séance hebdomadaire, coûte Rs 600. Avis à toutes celles qui veulent laisser parler leur féminité?
Les inscriptions peuvent se faire par téléphone au 203-9009 jusqu?au 13 juillet.
Publicité
Publicité
Les plus récents