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La fracture sociale

2 juillet 2005, 00:00

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Entre frustration et satisfaction, le c?ur de l?électeur balance. Après deux mois de campagne, l?heure est venue de choisir. 1er mai, 1er juillet. Les choses ont-elles évolué ? Probablement. Ceux qui avaient du retard ont repris quelques mètres carrés, alors que les autres, qui avaient des longueurs d?avance, cravachent ferme, dans la dernière ligne droite. Qui va l?emporter ?

Entre «bizin changement» et «progre bizin kontinie», la population est en présence de deux options. Des choix économiques et sociaux, deux positionnements similaires et opposés. Similaires, dans le fond, parce qu?ils ne visent qu?à poursuivre la politique de développement socio-économique énoncée depuis plusieurs années, avec une dose plus ou moins importante de social ou d?économique. Opposés, dans la forme, avec deux styles, deux langages, deux visions. Ou deux visées. Deux cibles. Et au milieu, une cassure.

Dans les chaumières, les ghettos, les taudis, la misère rampe, la pauvreté s?intensifie, le sentiment d?injustice ronge. Et ce ne sont pas les téléphones portables, maigres consolations du pauvre, qui enverront des sms contraires à ceux qui veulent bien tendre l?oreille. Le désir, le besoin, la rage de changement se sont installés. La grogne est profonde dans cette île Maurice-là.

De l?autre côté, l?île Maurice du progrès. Celle qui a pu et su tirer parti et capitaliser sur la prospérité d?une économie ouverte et une société de consommation prolifique. Une société en marche, où tout est possible, où les défis les plus grands ne font plus peur, puisque la notion d?effort et de travail a été assimilée.

Dans les meetings, du 1er mai au 1er juillet, ces deux messages sont passés. Dans les coulisses, aux réunions nocturnes, les politiciens y ont même ajouté une dose de piment sec, comme s?il fallait corser un plat déjà bien épicé. Ces messages sont tellement bien passés que, désormais, le pays est coupé en deux.

Voter pour le progrès ou voter pour le changement ? La question n?est plus de savoir quelle communauté, quelle caste votera pour l?un ou pour l?autre, mais quelle est l?étendue de la fracture qui divise les deux groupes. Ou plutôt, lequel des deux groupes est le plus important, les satisfaits ou les frustrés? Les politiciens eux-mêmes ne semblent plus tellement sûrs, à voir l?insistance avec laquelle ils réclament une majorité forte, un vot blok?

Le groupe des frustrés s?arrête là où celui des satisfaits commence. Ce rapport de force fera les élections dimanche...

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