Publicité

“Neverland’’

1 juillet 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Cela faisait longtemps qu’on n’avait pas vu un film comme celui-là. “Inspiré de faits réels”, dit le générique au début. Neverland, film de Marc Forster, raconte ce qu’on pourrait appeler la genèse de Peter Pan, né à Londres en 1903 sous la plume de James Matthew Barrie (Johnny Depp). L’histoire est inspirée de faits réels comme l’étaient ces films des années 1950. C’est-à-dire qu’elle est plus ou moins romancée, que le film vise à émouvoir son public par tous les moyens et qu’il y parvient.

Cela dit, on peut comprendre et accepter ce parti pris, vu le sujet. La naissance du garçon qui avait refusé de grandir passe par la rencontre entre J M. Barrie et une veuve, Sylvia Llewelyn Davies

(Kate Winslet) (qui dans les faits réels, n’était pas encore veuve) et ses quatre fils Jack (Joe Prospero), George (Nick Roud), Peter (Freddie Highmore) et Michael (Luke Spill). Par un bel après-midi, dans un parc londonien, J M. Barrie se prend d’affection pour cette veuve et ses quatre garçons, passant la plus grande partie chez eux et se mêlant aux jeux des enfants au point de délaisser son épouse. C’est le genre d’histoire qui, de nos jours, aurait pu être porteuse de sous-entendus plutôt sordides.

D’ailleurs, il y a eu du vivant même de J M. Barrie, des allégations de pédophilie en référence à l’histoire de son amitié avec la famille Llewelyn Davies. Allusions qui à ce jour sont demeurées sans preuve ni fondement. Donc, on peut accepter que Neverland (par le biais d’un scénario adapté d’une pièce d’Allan Knee, The Man Who Was Peter Pan) se limite à nous raconter l’histoire d’une amitié aussi profonde qu’empreinte d’innocence. Ceci tout en nous relayant le message de Peter Pan : garder son âme d’enfant et sa capacité d’émerveillement n’empêche pas de devenir adulte.

De temps à autre, le film s’échappe de la réalité pour passer à un imaginaire en carton-pâte, comme pour nous dire que le plus authentique des décors ne saurait remplacer celui élaboré par l’imagination. Mais, Neverland est avant tout un film de personnages et, donc, d’acteurs.

D’abord, Johnny Depp qui étonne toujours dans chacun de ses films. Son personnage de grand garçon (son numéro dans la scène du dîner est digne de Charlie Chaplin dans La Ruée vers L’Or) et de romantique lunaire tombé sous le charme d’une famille semble lui avoir été taillé sur mesure.

L’essentiel du film se passe dans les échanges non pas entre lui et Kate Winslet, mais entre lui et le très jeune Freddie Highmore dans un rôle d’enfant devenu adulte suite au décès de son père et tournant obstinément le dos à l’univers fantasque du dramaturge. Comme ce film à l’ancienne a des accents de mélodrame, l’élément tragique est apporté par Kate Winslet, qui habite bien son personnage de mère d’autant plus attachante qu’elle souffre d’une maladie pulmonaire incurable et qu’elle meurt à la fin.

Le rôle d’affreuse revient à Julie Christie jouant la grand-mère des enfants, bourgeoise acariâtre et arrogante, mais elle aussi parvient à surprendre et émouvoir à la fin. Signalons aussi la présence de Dustin Hoffman en directeur de théâtre.

Des êtres blessés, l’amitié sans conditions, la mort, etc., Neverland est un film qui joue sur l’émotion par tous les moyens mais il s’agit de moyens rigoureusement honnêtes. C’est en cela que le film est si réussi.

Publicité