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Tolérance zéro
Serait-il question, une fois de plus, d?arracher les mauvaises herbes ? Oui, répond sans ambiguïté le leader de l?Alliance sociale, celui qui incarne l?alternance. Franchissant un pas important, il a annoncé, mardi à Chemin-Grenier que, s?il accède au poste de Premier ministre, son régime se livrera à une chasse aux sorcières.
?Jai de (le laisser-aller) ine fini, pou ena regleman de kont, mo lalist inn prêt?, a-t-il prévenu. Ces propos ne ressemblent guère à un slogan de campagne que l?on oublie, une fois parvenu aux commandes. Ils annoncent sévèrement l?ouverture réelle de la chasse aux sorcières en cas de changement de régime. Ceux qui pensaient qu?avec la sophistication de notre démocratie, les pratiques de victimisation avaient disparu se trompent. Maurice partage, à cet égard, quelques caractéristiques avec certaines démocraties naissantes en Afrique.
La lutte pour le pouvoir n?est pas qu?un affrontement entre deux visions opposées de la société. L?acharnement des combattants procède parfois d?un sentiment de revanche. Le pouvoir se réduit, pour ceux-là, à un instrument servant à punir les citoyens qui occupent néanmoins des postes à responsabilités mais qui appartiennent à une famille politique adverse.
La menace de victimisation, comme celle brandie par le leader de l?opposition, effraie. Elle décourage certains à s?engager dans la politique active. Si nous avons été déçus de la qualité des candidats présentés par les deux blocs, c?est avant tout parce que beaucoup de gens valables refusent l?investiture. Ils redoutent le sort qui leur est réservé si leur camp perd les élections. Pas de contrats, pas de jobs, représailles contre la famille, mise au placard pendant des années? toute la gamme du spectre de la victimisation y est !
La même peur pousse de nombreuses personnes à donner des réponses du type ?Je ne sais pas? ou ?Je ne réponds pas? quand ils sont interrogés par les sondeurs. Elles prennent leurs distances de la politique. Ceux qui craignent des représailles arrêtent de s?exprimer ou même de penser.
Si les travaillistes avaient menacé de sanction ceux qui sont mêlés à des affaires troubles mais qui ont pu être tolérés par le régime sortant, leur démarche aurait été vertueuse. Mais leur menace ne s?adresse qu?à ceux qui ont ?mars lor nou lekor?. C?est-à-dire aux adversaires politiques.
Puisque tout paraît possible, on peut se demander si, outre la liste de ceux qui seront punis, il y a également une liste de personnes qui seront récompensées. Certains agents s?attendent à une gratification pour avoir participé, à des degrés divers, à la campagne. Ces partisans qui s?agitent beaucoup ne le font pas par conviction mais parce qu?ils savent qu?il y a, à la clé, des postes dans les ambassades ou dans les organismes parapublics.
D?ailleurs, l?opportunisme n?est pas un comportement qui est encouragé dans un camp seulement. La fameuse déclaration de Paul Bérenger, à l?effet qu?il avait voulu que le poste d?ambassadeur à Paris revienne à un habitant de Plaine-Verte doit être rangée dans la catégorie des dérapages politiciens. Quand un poste à responsabilités, engageant l?avenir du pays, est attribué selon des critères électoralistes, les normes de bonne gouvernance sont violées.
C?est faire un grand tort à la politique que d?introduire dans la campagne la menace du bâton ou l?attrait de la carotte.
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