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Inaccessible identité?

30 juin 2005, 00:00

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par Pauline ETIENNE

La campagne électorale touche à sa fin mais ce sont toujours les mêmes rengaines? les mêmes discours sectaires qui ont le don d?exaspérer plus d?un. Les leaders des deux principaux blocs ont beau ?prôner l?unité nationale?, leurs discours respirent le communalisme.

?L?union fait la force?, a rappelé le leader de l?opposition lors de réunions organisées par le Muslim Reception Committee et le Human Service Trust. Cette phrase semble venir d?un rassembleur, de quelqu?un qui veut faire de Maurice, non seulement une nation arc-en-ciel, mais aussi une nation où les couleurs se mélangent, où la différence ne serait que richesse et non plus division.

Toutefois, il suffit d'une petite phrase assassine pour que nos espoirs tombent à l?eau. Selon Navin Ramgoolam, l?unité de la nation mauricienne ne peut se faire que par l?unité entre hindous et musulmans. D?où vient cette idée abêtissante qu?il faut passer par l?union de telle ou telle communauté pour construire la nation ? L?unité hindoue-musulmane paraît être un passage obligé pour atteindre cette inaccessible identité.

Le discours du Premier ministre ne laisse guère plus d?espoir. Lui qui ne rate aucune occasion pour critiquer vivement son adversaire politique qui n?arrêterait pas de diviser pour régner, on l?aurait (naïvement) cru capable de penser autrement. Au lieu de cela, on a vu un Paul Bérenger choisissant un type de discours en fonction de son audience. Ainsi, à la rue St.-Denis à Port-Louis, il a eu ?un message pour ses frères musulmans?. En cas de victoire, ces derniers auraient droit à un grand centre culturel islamique. Il ne manque pas de rappeler les actions du gouvernement pour ?ses frères musulmans? (il semble y tenir !) et, en prime, il leur offre Oomar Uteem comme ministre.

Quelle chance pour eux d?avoir un jeune homme somme toute dynamique comme ministre. Il semble d?ailleurs qu?ils seront les seuls à pouvoir juger de sa compétence étant donné qu'il ne serait pas le ministre de tous, mais bien un ?cadeau? à ses ?frères musulmans?.

Il me semble que Maurice s?est laissée prendre dans le cercle vicieux. Il ne faut pas se leurrer ! La mentalité du ?je serai mieux défendu par quelqu?un de ma communauté? existe bel et bien. Si cela n?était d?ailleurs pas présenté comme un des critères principaux (pour le choix d?un candidat), cela aurait été acceptable. Faut-il pour cela nier l?existence d?une identité mauricienne ?

Là où ce petit jeu devient dangereux, c?est quand les politiciens cèdent au chantage. Au lieu de prêcher par l?exemple avec un discours vraiment rassembleur, ils cèdent aux lobbies. Comment peut-on espérer un changement de mentalité si les politiciens eux-mêmes nient l?identité mauricienne par peur de perdre des voix ?

Dans ce contexte, les deux seuls partis qui méritent d?être salués sont Lalit et Rezistans ek Alternativ. En refusant ? peu importe la méthode utilisée ? de mentionner leur communauté sur leur fiche de candidature aux élections, ils ont fait avancer le débat. Le jugement Balancy sur l?affaire de Rezistans ek Alternativ laisse la place à un peu d?espoir pour que disparaisse un jour le système des best losers. Mais c'est aussi un signe que le meilleur moyen de faire avancer le débat est de passer par les institutions appropriées. Les mentalités ne changent pas du jour au lendemain. La voie constitutionnelle est la voie la plus propice pour faire bouger les choses.

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