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La perspective historique
par Thierry CHATEAU
Dans sa quête du pouvoir, l?Alliance sociale nous entraîne dans une descente vertigineuse vers notre passé refoulé. Un exercice qui prend des allures de descente aux enfers, tant il nous oblige à revivre des épisodes douloureux de l?histoire politique, économique et sociale, d?une île qui n?a pas encore atteint sa maturité.
A chaque fois que les orateurs de l?Alliance sociale parlent de l?esclavage, de l?engagisme, du combat contre l?oligarchie, de la lutte pour l?indépendance, des bagarres raciales de 1968, de la mainmise d?une minorité ethnique sur l?économie, les cheveux de milliers de Mauriciens se dressent sur leurs têtes. Un frisson parcourt les échines. Des têtes se redressent. Des mains applaudissent. A tort ou à raison, ce discours ne laisse pas indifférent. Il émeut, soulève les passions, déchaîne les foules, divise les Mauriciens entre ceux qui approuvent et ceux qui dénoncent. Preuve s?il en fallait que les blessures de l?Histoire restent désespérément ouvertes.
Que faut-il faire ? En parler ou se taire ? On ne dira jamais assez que l?exploitation à des fins politiques de tensions ethniques, raciales ou d?épisodes malheureux n?a rien de bon. Mais un fait demeure, brutal, implacable. Si nous n?avons pas le courage de parler de ce qui nous divise et nous heurte, l?avenir ne nous appartient pas.
Certes, en période électorale, il semble inapproprié, voire dangereux, de se flageller ou de se glorifier, selon la position dans laquelle on se trouve. Mais, l?homme (politique) est ainsi fait, qu?il trouve toujours le moyen d?ouvrir grand sa gueule aux moments les plus sensibles. C?est ce qui fait avancer le débat, dit-on. C?est probablement vrai, puisque c?est de la douleur que naissent les grandes choses.
Les révolutions se gagnent rarement avec des fleurs. A Maurice elle n?a jamais eu lieu. C?est probablement pour cette raison que, depuis plusieurs décennies, on est installé dans une guerre larvée, de tranchée. Aussi, il n?est peut-être pas si mal que nous ayons à faire face, en cette campagne électorale 2005, à nous-mêmes.
Regardons les choses en face. Oui, le pouvoir économique est entre les mains de happy few et, à ce jour, personne n?a rien pu faire contre. Oui, la population mauricienne a été parcellisée en communautés, castes, groupes, de façon complètement arbitraire, avec pour seule logique celle de diviser pour régner. Oui, la lutte pour l?émancipation de cette population a été âpre, a été arbitrée de façon souvent inhumaine. Oui, l?indépendance a été obtenue mais en laissant un arrière-goût, probablement de même nature que celui qui fut ressenti par les esclaves, après l?Abolition.
Si nous acceptons ces faits historiques, nous les assimilons comme un héritage et non comme un tribut à payer ou une revanche à prendre, nous nous attelons à la tache, nous prenons notre destin entre nos mains, alors seulement le poids de l?histoire disparaîtra. Changeons notre regard sur l?Histoire. Le débat politique s?en trouvera modifié, illuminé d?un éclairage nouveau.
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