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Mauvais film !

29 juin 2005, 00:00

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<B>Par Nazim ESOOF</B>

La campagne touche à sa fin. Comme dans tout mauvais film, on n?attend que le happy-end qui évidemment ne fera que des happy-few. Cette campagne aura consacré le ?business électoral?. Certains auront cher payé pour s?assurer que le spectacle abrutisse davantage les électeurs. Les partis ont hérité des sommes énormes pour réaliser leurs mauvais feuilletons. Quand même des succès indiscutables au box-office de la médiocrité, ces feuilletons ont brillé par le déficit d?imagination d?un scénario au découpage haché. Parce que chaque protagoniste avait cru son ?story-board? définitif, on n?avait pas fait prévision des impondérables.

Ainsi dès le départ, on a été bernés par un faux rythme. Relativement calme, le début du film met en scène des personnages qui cherchent leur rythme. C?est une mauvaise entrée en matière. Seuls les inconditionnels et les irréductibles fans exultent devant des héros fatigués avant même d?avoir livré bataille. Les autres ont branché leur magnéto ou leurs antennes paraboliques pour fuir le prosaïsme de la scène électorale. N?allez pas toutefois croire que les plus avisés avaient été blasés. Bien au contraire, ils sont parmi ceux qui s?excitent le plus des mésaventures et péripéties de nos enfants gâtés. Avant même qu?on n?ait saisi l?intrigue principale, ils avaient déjà commencé à pronostiquer sur la fin du film. Quelque part, ils ont un intérêt. Assez souvent, cela se limite à un égo blessé qui a provoqué le passage d?un camp à un autre? pour prendre le pari que la suite allait leur réserver d?agréables surprises.

Entre-temps, le film en cours piétinait dans des longueurs fort peu captivantes. Cela ressemblait même à un pâle remake. Pourtant, au fil des séquences, l?excitation gagnait en intensité dans la salle. Quelques énergumènes, fanatiques de tel ou tel personnage, se mettaient à lancer des pistaches et des canettes de bière les uns sur les autres. On pensait que cela faisait partie du folklore et qu?il n?y avait rien de grave à tout cela. Quelque peu perturbé, on tente quand même de suivre l?intrigue en se disant que le jeu d?interprétation des principaux acteurs allait ramener le public à l?essentiel.

Or, voilà que les acteurs se lancent dans une surenchère d?invectives. Ils arrivent même à oublier leurs personnages et proclament qu?il leur suffit d?être à l?écran pour mériter l?oscar suprême. Afin de se donner une consistance, certains affirment même qu?ils sont des envoyés de Dieu venus combattre le mal. Le public perd un peu de son discernement. Pendant des heures, il est balancé de genre en genre, passant du mélodrame au psychodrame avant de se retrouver devant un spectacle épique.

Nos principaux personnages sont plus herculéens que jamais. Ils font bouger des montagnes et basculent avec une grande facilité dans un jeu primaire et sectaire. Dans la salle, la tension monte. Certains ont rangé les boulettes de papier et ont sorti leur cutter. On entend les sirènes des ambulances. Ce n?est pas dans le film mais à l?extérieur de la salle. La suite, on la connaît.

Petite pause.

On reprend la projection. Le film approche du dénouement. Le suspense serait à son comble. Cela étonne quand même le spectateur avisé. Il sait qu?en général les remakes ne réservent pas de surprises. Mais enfin, de 1983 en passant par 1987, 1991, 1995 et 2000, à chaque version du film, on lui annonçait un dénouement serré. Aujourd?hui, en 2005, le refrain est le même. Enfin le rideau tombe. Tout cela valait-il vraiment la peine ?

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