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Discours Manichéens

29 juin 2005, 00:00

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Les balises temporelles sont importantes dans un discours. C?est ce qui permet à un locuteur de dresser un espace-temps à travers lequel il tente de guider son vis-à-vis. Dans les émissions politiques télévisées jusqu?ici, les deux principaux blocs n?ont cessé de mettre l?accent sur deux périodes. L?une concerne 1995 à 2000 et l?autre de 2000 à 2005. Pour les intervenants de l?alliance gouvernementale, la période sombre est celle qui s?étale de 1995 à 2000 et, pour ceux de l?alliance de l?opposition, elle couvre 2000 à 2005.

Interventions en deux temps de Paul Bérenger hier soir à la télévision. ?Les cinq années à venir? est la locution qui revient le plus souvent dans son discours. Pas d?attaque contre Navin Ramgoolam. Aucune mention non plus de l?Alliance sociale. Il choisit de mettre l?accent sur les défis à relever et c?est moins en candidat qu?en Premier ministre sortant qu?il intervient. Ces ?cinq prochaines années?, martèle-t-il, seront ?cruciales et décisives?. Pour faire face à ces défis, il faut évidemment, répète-t-il, une ?équipe disciplinée et appliquée?. Cette équipe, souligne-t-il, a déjà fait ses preuves. Et l?occasion lui est ainsi offerte d?énumérer les réalisations de son gouvernement qui a pourtant, assure-t-il, hérité en 2000 d?un ?pays à genoux?.

A ce stade de son intervention, il définit ce pays dont a hérité, selon lui, l?alliance MSM-MMM en 2000. A deux reprises, il utilisera l?expression d?un ?pays à genoux? pour décrire la situation en 2000. C?est alors qu?intervient le ?nou hardworker? de l?alliance gouvernementale qui a rempli son engagement en ?redressant le pays?. Comme aux meetings, Paul Bérenger n?hésite pas, à ce chapitre, à affirmer que l?Alliance MSM-MMM présente un ?bilan formidable?. Le leader du MMM demande à être jugé sur pièces parce que c?est l?équipe qui a présenté ce bilan qui sollicite à nouveau la confiance de l?électorat pour réaliser deux projets qu?il identifie distinctement: ?la cyberîle et l?île hors taxes?. L?aventure discursive peut prendre fin sur un solennel : ?Mo kont lor zot.? Les téléspectateurs auront été quadrillés par une parole de Paul Bérenger qui a tenté de les engager dans un contrat à deux.

C?est Rama Valayden qui enchaîne pour l?Alliance sociale. Si le corps de son intervention change de celui de la précédente, par contre le leader du Mouvement républicain a deux formules qu?il tend à utiliser. Il a ouvert hier une nouvelle fois son intervention avec ?permet moi poz ou enn kesion?. C?est une technique de langage connue lorsque son interlocuteur ne peut prendre la parole. On pose alors une question dont la réponse sera donnée par celui qui interroge. La réponse de Rama Valayden lui permet de dresser un tableau qu?il veut catastrophique de Maurice. Une île minée, selon lui, par les ?braquages, le viol, la fraude, les attaques, les crimes??

C?est l?homme de loi, défenseur des plus démunis, qui prend la parole. Le cadre est posé et les conditions réunies pour peindre un tableau manichéen. ?Ceux qui ont les moyens peuvent éviter la prison alors que c?est le contraire pour ceux qui n?en ont pas?, explique Rama Valayden. Il peut ainsi insister sur le fait que c?est l?Alliance sociale qui pourrait faire changer les choses.

Pour son intervention Rihun Hawoldar mettra, lui, l?accent sur les échecs du gouvernement dans le secteur de la santé. Plutôt bonne prestation au niveau de la forme du candidat de l?Alliance sociale.

A ce stade, c?est le choix des intervenants qui peut susciter des questions du côté de l?Alliance sociale. Celui de faire passer à deux reprises Rama Valayden et Sylvio Michel répond à une logique qui pourrait bien échapper aux téléspectateurs-électeurs.

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