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Le temps des lobbies

26 juin 2005, 00:00

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L?industrie sucrière mauricienne s?attendait au pire. Elle l?a eu. En effet, le prix du sucre va chuter de 39 % en deux ans. À moins que les élus européens n?en décident autrement. Maurice n?a donc plus qu?à les convaincre, mais ce n?est pas simple.

Derrière ce plan, présenté mercredi, il y a une urgence : l?UE doit entériner la réforme de son régime sucrier d?ici novembre. Cette production est considérée comme la plus protégée et la moins compétitive de l?agriculture européenne. En bouclant ainsi cette réforme, elle accumulera des bons points pour la 6e conférence ministérielle de l?OMC, le 13 décembre. Une réunion qui sera consacrée à boucler le round sur le développement, démarré à Doha, il y a deux ans.

La réforme vise à assurer la survie de l?industrie sucrière européenne. Il lui faut améliorer son efficience. Car l?entrée du sucre PMA, exporté par les pays en développement à la faveur de l?initiative Lamy, risque de la mettre hors circuit.

C?est dans ce contexte que les membres des lobbies du Sud évolueront. La proposition de réforme est décriée tant par les betteraviers européens et le raffineur britannique Tate and Lyle, que par le bloc de pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), tous, fournisseurs privilégiés de l?UE. Tous estiment que la réduction du prix est trop drastique, trop rapide. Le groupe ACP demande une baisse de prix étalée sur huit ans, à partir de 2008. Il insiste sur des mesures d?accompagnement, qui seraient prises dès cette année.

Le raffineur crie à la discrimination à l?égard du sucre blanc. Il entend réclamer un redressement et invite ses fournisseurs à évaluer l?impact de cette réforme sur ses raffineries. « Nous sommes très inquiets de la réduction disproportionnée des marges pour le raffinage du sucre. Nous allons nous battre pour améliorer le deal qui nous est offert », déclarait, jeudi, Iain Ferguson, Chief Executive de Tate and Lyle.

Un vent de dissension

Les lobbys pourraient profiter du vent de dissension qui souffle sur l?UE avec le refus des Français et des Hollandais d?une Europe constitutionnellement unie, ainsi que la réticence de l?Angleterre à approuver le prochain budget communautaire et son insistance pour une réforme de la politique agricole commune. L?Angleterre en fait même une condition pour renoncer au remboursement d?une partie de sa cotisation à cette caisse. Pour couronner le tout, le Premier ministre britannique Tony Blair, accède à la présidence de l?UE en appelant à plus de libéralisme.

La mauvaise nouvelle, c?est que l?Angleterre, allié traditionnel des pays ACP, semble approuver le plan de réforme. Ce qui a motivé l?organisation d?une vaste consultation avec les partenaires anglais. La bonne nouvelle, c?est que la France n?approuve pas entièrement le plan Fischer-Boel. « Des améliorations sur les mesures concrètes s?imposent, notamment pour les départements d?Outre-Mer ainsi que sur le volet externe pour emporter l?adhésion de la France », a réagi le ministère français de l?Agriculture et de la Pêche. Le 18 juillet, le plan sera examiné une première fois par le conseil des ministres de l?UE.

La proposition

Le prix du sucre baissera une première fois le 1er juillet 2006, puis une deuxième fois un an après. Les betteraviers, qui resteront en production, percevront une compensation à concurrence de 60 % de tout manque à gagner résultant de la réforme. Les ACP, envers lesquels l?UE a un engagement moral, aussi bien que contractuel, feront doublement les frais de cette réforme. Ils gagneront nettement moins de revenus et devront affronter la compétition venant des pays les moins avancés. Ces derniers exportent 1,3 million de tonnes de sucre sur le marché communautaire sous le Protocole sucre qui leur garantit l?accès et un prix trois fois supérieur au cours mondial. Avec la réforme, l?accès préférentiel reste, mais il ne vaudra plus grand-chose avec la baisse conséquente de prix et l?entrée des compétiteurs. La Commission propose d?accompagner ses anciens fournisseurs privilégiés dans leurs efforts pour être plus compétitifs. Elle propose d?y consacrer 40 millions d?euros (Rs 1,44 milliard) durant la prochaine année financière. Elle s?engage à débloquer des moyens plus conséquents d?ici la fin de cette phase d?aide qui durera jusqu?à 2009.

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